HEXANA au cœur du renouveau nucléaire européen


Dans un contexte de quête de souveraineté énergétique et de neutralité carbone, HEXANA s’impose comme un acteur pionnier du nucléaire de quatrième génération. La « start-up » développe des petits réacteurs modulaires à neutrons rapides, associant production d’électricité, chaleur industrielle et stockage innovant. Paul Gauthé et Nicolas Zweibaum (X07) expliquent les défis relevés, l’ambition européenne et leur vision d’un secteur nucléaire transformé pour une industrie décarbonée.
HEXANA développe des réacteurs nucléaires modulaires à neutrons rapides de quatrième génération. Quels principaux défis technologiques et industriels avez-vous dû relever pour rendre cette technologie crédible et compétitive dans la course à la décarbonation des secteurs industriels lourds ?
Paul GAUTHÉ : Vous insistez sur la « crédibilité » : pour HEXANA, c’est plus qu’un fil conducteur puisqu’on l’a retenu comme une valeur de l’entreprise. Notre démarche vise le développement de réacteurs réellement opérationnels, adaptés aux besoins de l’industrie européenne pour la décarbonation, plutôt que des technologies encore trop exploratoires comme la fusion ou certains réacteurs à fission. Ainsi, HEXANA a choisi les réacteurs à neutrons rapides refroidis au sodium, technologie de quatrième génération la plus mature, offrant températures élevées, recyclage des matières et services complémentaires, alors qu’aucun acteur ne propose aujourd’hui ce type d’offre.
Le projet nécessite d’avancer simultanément sur le réacteur et le cycle du combustible, c’est-à-dire produire et recycler la matière nucléaire, dans un contexte où les infrastructures européennes restent rares. Un autre défi majeur consiste à obtenir les autorisations réglementaires et garantir la sûreté, la sécurité, l’acceptabilité publique et la gestion des risques environnementaux. Cela implique de mobiliser des compétences variées, dépassant le seul cadre technologique. Dans ce sens, HEXANA opère déjà comme une PME avec des enjeux institutionnels et industriels. Enfin, notre technologie repose sur des solutions et des matériaux déjà qualifiés, évitant ainsi les risques et délais liés à l’innovation profonde, contrairement à de nombreux autres projets.
Nicolas ZWEIBAUM : Nous nous appuyons sur une technologie qui bénéficie de l’héritage de l’expérience française et européenne en matière de réacteurs. J’entends par là que ces réacteurs ont déjà été conçus, construits et exploités, certains étant aujourd’hui en cours de démantèlement. Nous ne sommes donc pas dans la science-fiction ou dans l’élaboration d’un réacteur hypothétique du futur ; il s’agit de technologies éprouvées, que nous mettons au service de nouveaux usages, avec une approche renouvelée. Cela nous semble être un point fondamental.
Votre solution s’inscrit dans une perspective de souveraineté et de résilience énergétique pour l’Europe. Quelles avancées attendez-vous pour intégrer vos réacteurs modulaires dans la stratégie européenne de neutralité carbone et d’indépendance par rapport aux énergies fossiles ?
P. G. : Sur le plan technologique, l’Europe s’appuie sur des concepts nucléaires éprouvés, et le secteur connaît aujourd’hui un renouveau marqué. Avec le Net Zero Industry Act (2024), le nucléaire est officiellement reconnu comme une technologie stratégique dans la lutte pour la neutralité carbone. Plusieurs pays européens revoient leurs orientations, prolongent leurs centrales existantes et relancent de nouveaux projets dans une dynamique relativement favorable. HEXANA propose une approche qui va au-delà de l’électricité, en ciblant la chaleur industrielle pour la réindustrialisation, car 73 % des émissions industrielles concernent la chaleur.
Dans le contexte actuel, où la nécessité de retrouver une véritable indépendance énergétique s’impose pour s’affranchir d’approvisionnements en gaz ou autres combustibles fossiles – notamment en provenance de pays peu fiables –, le nucléaire se révèle être une solution pertinente qui va au-delà du seul défi climatique. Notre démarche a pour objectif de renforcer la souveraineté industrielle européenne, avec une chaîne d’approvisionnement locale, pour garantir la résilience et la flexibilité des filières stratégiques.
HEXANA propose une approche intégrée combinant production électrique, chaleur industrielle et stockage thermique. En quoi cette flexibilité et la valorisation des combustibles usés constituent-elles des ruptures pour une décarbonation soutenable et pilotée ?
P.G. : Le recyclage des matières permet de réduire la dépendance aux importations d’uranium et offre une solution crédible pour les exploitants. Aujourd’hui, les combustibles usés sont peu valorisés et sont souvent destinés à finir dans les lieux de stockage. Fermer le cycle du combustible apporte une autonomie stratégique, une meilleure acceptabilité et une réduction des coûts d’entreposage et de stockage qui sont autant d’atouts politiques et industriels. C’est un argument fort pour les industriels, attentifs à la fiabilité et à la pérennité énergétique européenne. La situation actuelle – indisponibilité du gaz russe, volatilité des prix – montre l’importance de technologies garantissant la maîtrise de la chaîne de valeur et l’indépendance, au bénéfice d’une vision industrielle à long terme.
N.Z. : Actuellement, les réacteurs d’EDF ajustent leur production pour suivre la demande, mais cette flexibilité a un coût économique car ces installations, coûteuses à construire, sont optimisées pour fonctionner à pleine puissance. Or, l’essor des renouvelables variables accentue la fluctuation à la baisse de la production. Face à ces enjeux, HEXANA propose un modèle « on-off », associant des réacteurs fonctionnant à 100 % avec des systèmes de stockage thermique. Cela permet d’ajuster l’offre énergétique sur des périodes de plusieurs heures, garantissant une flexibilité inédite pour accompagner l’évolution du mix électrique. Cette innovation repose sur des réacteurs de quatrième génération, seuls capables d’atteindre les températures nécessaires au couplage avec des sels fondus, contrairement aux réacteurs à eau pressurisée actuellement exploités. Cette approche rend possible une offre énergétique pilotable, adaptée à la décarbonation et à la croissance des usages électriques.
HEXANA affiche une forte dynamique d’innovation et de partenariat, notamment avec des acteurs internationaux. Quelles sont les clés pour accélérer la maturation industrielle et l’accessibilité de la quatrième génération nucléaire en France comme à l’international ?
P.G. : Les grands projets nucléaires reposent historiquement sur la coopération internationale, y compris en France où la plupart des réacteurs ont été développés via des partenariats (États-Unis, Europe). Les ressources françaises seules ne suffiraient pas. L’enjeu est de construire une chaîne d’approvisionnement européenne, tant pour le savoir-faire que l’industrialisation. HEXANA s’inscrit dans cette logique collaborative et vise un déploiement à l’échelle européenne, condition essentielle pour passer à la maturité industrielle. Un défi demeure dans la diversité des réglementations nationales. Ainsi, l’harmonisation européenne, en particulier sur le nucléaire, est déterminante pour accélérer la commercialisation et rivaliser avec des marchés unifiés comme les États-Unis. La France seule ne pourra porter ce changement de dimension et l’avenir de la filière passe par cette ambition européenne.
N.Z. : L’acceptabilité sociale progresse, surtout chez les jeunes générations, motivées par le potentiel de décarbonation globale du nucléaire. Si la production d’électricité est déjà largement bas carbone en France, il reste à décarboner d’autres usages comme les transports de longue distance et l’industrie lourde, qui requièrent une chaleur à haute température souvent d’origine fossile. La solution HEXANA, axée sur la production de chaleur bas carbone, peut ainsi répondre à la décarbonation de secteurs énergivores au-delà du seul réseau électrique.
Quelle vision portez-vous pour la filière nucléaire française et européenne à l’horizon 2030, notamment dans le dialogue avec les secteurs aériens, du maritime et les décideurs publics ?
N.Z. : HEXANA a été fondée sur un équilibre entre expertise technique et approche technico-économique, avec une forte orientation vers les besoins concrets des industriels. Nous avons noué des partenariats, notamment dans la production de carburants de synthèse pour accompagner la décarbonation du transport aérien et maritime qui incarnent des secteurs stratégiques dans notre vision 2030.
P.G. : L’avenir du nucléaire en France et en Europe exige humilité et lucidité, rien n’est acquis et il faut impérativement relancer la filière autour de projets industriels matures, comme les EPR. Cette relance passe par le renouvellement du parc existant et un retour massif des pays qui avaient commencé à tourner le dos au nucléaire, pour assurer une souveraineté énergétique et réduire la dépendance aux grandes puissances. La réussite du programme EPR2 sera déterminante, conditionnant la crédibilité et l’avenir du secteur, ainsi que des projets innovants tels qu’HEXANA.
N.Z. : La filière bénéficie d’un regain d’intérêt, notamment auprès des jeunes générations. Il est indispensable d’entretenir et d’amplifier cette dynamique, en coordonnant nos efforts avec l’ensemble des acteurs industriels et académiques, car le succès dépend d’une mobilisation collective à l’échelle européenne.




