Guillaume Dupont (X00), cofondateur d’Exapto : « Nous repoussons les limites du vivant pour ouvrir de nouvelles voies métaboliques »
Pour commencer, qui es-tu aujourd’hui ?
Je suis Guillaume Dupont, polytechnicien de la promo X2000, cofondateur et CEO d’Exapto, start-up développant des biotechnologies dédiées à la bioproduction de produits chimiques industriels.
Passionné de chimie tout au long de mes études, j’ai eu la chance d’intégrer Stanford en dernière année pour un master en génie chimique. J’y ai découvert l’écosystème start-up de la Silicon Valley, un univers d’une intensité rare qui m’a profondément marqué et donné envie d’évoluer à l’intersection des technologies de rupture et de l’entrepreneuriat.

© Quentin Reytinas
De retour en France, j’ai fait un choix stratégique : rejoindre le capital-risque pour m’immerger au cœur de l’innovation, d’abord au Crédit Agricole Private Equity (actuellement Omnes Capital), puis en cofondant CapHorn Invest en 2011. J’ai passé près de vingt ans à accompagner plus d’une cinquantaine d’aventures entrepreneuriales (Novaled, Ledger, entre autres) dans leurs phases d’hypercroissance, sur des enjeux de management, ainsi que de finance et même de cession.
Avec ma forte expertise d’accompagnement des acteurs de l’innovation et l’expérience d’avoir créé et géré ma propre entreprise, j’ai eu envie de combiner mon intérêt de toujours pour les chimies vertes avec le lancement d’une deeptech qui répond aux enjeux d’aujourd’hui. Je suis donc retourné à mes premières amours : la chimie, mais cette fois en la combinant avec les biotechnologies. C’est ainsi qu’est née Exapto en 2024, aux côtés de Philippe Marlière, pionnier de la biologie de synthèse pour reprogrammer le vivant, et de Xavier Manière, qui fait le pont entre excellence scientifique et exigences industrielles.
Exapto signifie en latin « je m’adapte ». Notre start-up répond, en effet, à de très forts enjeux de développement durable en catalysant la bascule de la chimie vers une chimie verte, souveraine et compétitive.
Votre techno en une punchline ?
Exapto développe des technologies de rupture pour la bioproduction en utilisant des ressources renouvelables telles que le sucre, des coproduits agricoles, des dérivés de CO₂ pour fabriquer des produits chimiques essentiels.
Pourquoi ce projet ?
Nous participons à la bascule de la chimie pétrochimique vers la chimie verte, souveraine tout en restant compétitive. C’est une véritable révolution industrielle à l’échelle internationale avec la Chine, les États-Unis et l’Europe qui a toute sa place. Ces dernières années, l’évolution technologique et la maturation industrielle dans ce secteur clé ont été très importantes.
Avec mon regard d’investisseur et mon expertise sur le sujet, j’y ai détecté des opportunités de marché extrêmement prometteuses dans un contexte de forte attente en termes de chaîne d’approvisionnement et de résilience.
Notre excellence scientifique repose sur un partenariat fort avec le laboratoire BIOC de l’École polytechnique (biologie structurale de la cellule), porté par l’engagement d’Emmanuelle Schmitt, directrice du laboratoire, et d’Yves Mechulam (X80), directeur de recherche CNRS. En y associant les universités technologiques de Copenhague et de Berlin, nous menons des recherches conjointes de premier plan pour développer des briques technologiques différenciantes qui n’existent pas dans la nature, grâce à notre plateforme IA et biologie de synthèse baptisées Augmented Nature. Ces briques technologiques (nos biocomposants), sont conçues pour répondre précisément aux besoins des industriels.
Nous reprogrammons des bactéries pour produire des molécules chimiques essentielles de manière inédite et efficace ; en utilisant le vivant, nous avons la capacité à développer et à apporter des transformations chimiques, des routes que la nature ne sait pas qu’elle sait faire.
Les marchés d’application internationaux par essence sont colossaux car la chimie est partout ! Nous nous concentrons, à ce stade, sur les polymères de performance, les ingrédients pour l’industrie pharmaceutique (API) et la nutrition. Nous proposons d’intégrer notre technologie à des processus existants ou à de nouvelles chaînes de bioproduction.

Quelques chiffres qu’il te semble pertinent de mettre en avant ?
5 400 milliards d’euros, c’est le marché de la chimie. (source : Rapport [Facts & Figures] du Cefic)
Plus de 115 milliards de dollars représentent la part existante de bioproduction, en forte croissance. (source : Étude mondiale Green Chemicals Market publiée par Fatpos Global)
Exapto est une équipe d’une dizaine d’experts, majoritairement en recherche et développement.
Nos trois marchés cibles prioritaires : les polymères de performance, les API pharmaceutiques et la nutrition.
L’X, une brique de ton aventure ?
Une partie de notre équipe est basée à l’École polytechnique au sein de l’incubateur deeptech X-UP, un écosystème d’excellence à rayonnement international qui nous place à la pointe de la biologie et de la chimie, tout en nous offrant une forte synergie avec des acteurs majeurs de l’innovation et de la recherche.
J’ai eu l’opportunité de recroiser Samir Zard, qui était mon professeur de chimie pendant mon cycle ingénieur. Actuellement directeur de recherche au CNRS et professeur de chimie organique à l’École, ce chercheur d’exception, notamment récompensé par la médaille d’argent du CNRS pour ses travaux révolutionnaires en chimie radicalaire, qui ont permis de créer plus de 40 nouvelles réactions et transformé la fabrication industrielle des polymères. Il a joué un rôle fondamental dans mon rapport à la chimie. Le retrouver dans ce contexte avait quelque chose de parfaitement juste. Il a été déterminant dans la trajectoire de mon parcours scientifique et a scellé de manière décisive mon engagement dans la chimie.
Au-delà d’un socle pluridisciplinaire d’excellence qui m’a notamment permis d’apprendre à apprendre, l’École polytechnique m’a forgé un esprit de corps indéfectible : un réseau durable qui s’est traduit concrètement pour moi par l’investissement financier de polytechniciens dans notre start-up et une source continue d’enrichissements mutuels.
Un souvenir marquant à l’échelle de tout ton parcours qui, avec le recul, a peut-être joué un rôle dans ton aventure avec Exapto ?
Ce type de projet est avant tout une histoire de rencontres, parfois inattendues. La plus déterminante a été celle de Philippe Marlière. C’est un des pionniers de la biologie de synthèse : il possède plus de 100 brevets à son nom, il a déjà monté et vendu deux entreprises et fait une IPO, c’est un vrai génie. C’est lui qui est à la genèse de l’approche scientifique d’Exapto.
Plus récemment, l’arrivée d’Armin Kubis, notre responsable de laboratoire, expert en ingénierie métabolique, qui a déménagé de Berlin pour nous rejoindre, a structuré le laboratoire, cœur technologique de l’équipe.
Où va Exapto ?
Notre ambition est de devenir un acteur technologique de référence mondiale en biologie de synthèse – pas un producteur de molécules avec des usines, mais une plateforme de propriété intellectuelle globale (comme ARM dans les semi-conducteurs).
Nous repoussons les limites du vivant pour ouvrir de nouvelles voies métaboliques, reprogrammer des bactéries et vraiment changer l’équation économique et les possibilités de la bioproduction.
Nous nous déploierons vite à l’international en Europe, aux États-Unis, et en Asie, où nous avons déjà des conversations actives. Pour soutenir cette trajectoire, nous renforçons nos équipes avec des profils différents : business, intelligence artificielle et microbiologistes.
Un message pour les alumni ?
La démarche entrepreneuriale, qu’elle aboutisse ou non, est toujours valorisante, passionnante et profondément formatrice. Cultivez votre réseau, entourez-vous de profils complémentaires et nourrissez votre curiosité : ce sont les ingrédients les plus constants de toutes les trajectoires que j’ai vues réussir.
Et n’ayez pas peur de revenir à vos premières convictions, parfois c’est là que se trouvent les meilleures opportunités.
Suivez Exapto : www.exapto.tech


