Gioachino Rossini : « L’Italienne à Alger »
C’est le premier chef-d’œuvre de Rossini dans le domaine de l’opera buffa (1813), avant Le Barbier de Séville, Cenerentola et tant d’autres. Moins connu que d’autres opéras de Rossini, tout ce qui a fait le succès du compositeur est pourtant là, bel canto et airs brillants, humour permanent, fameux crescendos et accelerandos, ensembles hilarants et situations rocambolesques.
L’œuvre mélange des situations loufoques, avec un rythme effréné (dont un quintette célèbre), un besoin de virtuosité vocale et d’exubérance rythmique, et des moments de tendresse ou de lyrisme. L’orchestration est pleine de couleurs orientalisantes, l’orchestre utilise des percussions dites « turques » (triangle, cymbales, grosse caisse) pour évoquer un Orient fantasmé, dans la ligne des opéras « à la turque » du XVIIIe siècle. Rossini a réduit les récitatifs, qui sont ici accompagnés par un pianoforte.

La production de 2018 au festival de Salzbourg est idéale pour découvrir ou conserver cet opéra. La direction dynamique et brillante de l’ensemble Matheus, sous la direction de Spinosi, fait qu’on est musicalement captivé du début à la fin. La direction est très vive, énergique, pleine de fantaisie, d’humour, de rebond, très adaptée à cet opéra. Et c’est le cas dès l’ouverture très enlevée, qui donne immédiatement le ton comique et exotique, « trop gaie, c’est un grand défaut » écrivait Stendhal, biographe de Rossini. L’ouverture est illustrée sur scène par le rêve de liberté d’Elvira, dans un désert touareg stéréotypé, ce qui nous met dans l’esprit immédiatement de cette production transposée à Alger dans un univers contemporain, avec caricatures, références humoristiques à la culture locale et costumes qui reflètent un style urbain actuel (avec linge qui sèche sur les balcons, tous flanqués de paraboles TV).
On décrit ici uniquement le tout début de l’histoire rocambolesque, pour que vous jugiez de la crédibilité du scénario : Mustafa, bey d’Alger, se lasse de sa femme Elvira et ordonne à son serviteur de lui trouver une Italienne pour la remplacer. En parallèle Lindoro, esclave italien du bey, est amoureux d’Isabella, une Italienne restée au pays, qui, accompagnée de Taddeo (qui se fait passer pour son oncle), part à la recherche de Lindoro. Leur navire fait naufrage sur les côtes d’Alger. Isabella est capturée pour être offerte à Mustafa. Nous ne sommes là qu’au tout début du premier acte…
Cet opéra nécessite plusieurs grands chanteurs, qui ont de nombreux airs chacun. C’est idéal ce soir-là à Salzbourg, où la grande Cecilia Bartoli, avec abattage, jeu dramatique prenant, timbre envoûtant et voix chaude, incarne une Isabella forte et indépendante, mêlant humour (et œillades) et bel canto. Et la basse Ildar Abdrazakov, très connu dans Rossini (l’air de la Calomnie du Barbier de Séville, Moïse…) apporte une dimension burlesque à Mustafa qu’il a chanté aussi au Met de New York et à Vienne.
En 1817, Stendhal raconte que l’opéra était joué simultanément en Italie à Vérone, à Venise, à Vicence, à Trévise et à Brescia. Ce qui est certain, c’est que, dans des conditions comme celles de cette production de Salzbourg, l’opéra mériterait d’être joué bien plus souvent de nos jours.
Cecilia Bartoli, Festival de Salzbourg, Ensemble Matheus, dir. Jean-Christophe Spinosi
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