Swiss Life Gestion Privée : une gestion de fortune tournée vers la diversification

Dans un environnement marqué par des incertitudes économiques, monétaires et géopolitiques croissantes, Serge Pizem, directeur général de Swiss Life Gestion Privée, revient sur les axes stratégiques de son groupe : diversification géographique, sélection rigoureuse des thématiques d’investissement et intégration raisonnée des critères de durabilité.
Monsieur Pizem, comment la conjoncture actuelle — entre ralentissement de l’emploi américain, politique monétaire accommodante et volatilité des devises — influence-t-elle vos choix stratégiques en matière de gestion de fortune ?
Nous cherchons à nous diversifier par rapport à la forte pondération des indices américains dans les indices mondiaux, qui est de plus de 70 %. On réduit ainsi l’exposition au dollar US qui est dans un trend baissier selon nous. Nous surpondérons l’Asie et gardons une bonne exposition à la zone euro. D’autre part, nous avons identifié des thèmes porteurs à long terme qui devraient être capables de résister à un éventuel ralentissement économique. Il s’agit de la défense et de la cybersécurité. À ce titre, nous avons lancé au mois de juillet un fonds mondial sur ces deux thèmes à haute visibilité (SLGP Cyber Défense).
Du côté obligataire, nous favorisons le crédit par rapport aux obligations souveraines avec une duration plus courte car le portage est intéressant. Pour ce faire, nous gérons un fonds de crédit classé 5 étoiles Morningstar, premier de sa catégorie en 2023 et 2024 et qui se maintient parmi les 3 premiers en 2025 (SLGP Income Euro Selection).
Vous évoquez souvent la nécessité de diversifier les portefeuilles géographiquement. Quels sont aujourd’hui, selon vous, les marchés les plus porteurs pour les investisseurs européens ?
Les marchés émergents et l’Asie en particulier nous paraissent intéressants compte tenu de leur valorisation et du dollar faible. Il subsiste également des segments du marché US et européen qui demeurent attractifs.
La force ou la faiblesse du dollar joue un rôle central dans la performance des portefeuilles. Comment gérez-vous ce risque de change dans une logique de long terme ?
Normalement le dollar US offre une diversification et une protection relative car c’est une devise réputée de « flight to quality ». C’est-à-dire qu’historiquement, en période de baisse des marchés mondiaux, le dollar a eu tendance à s’apprécier car il était considéré comme une valeur refuge. Il nous semble cependant que depuis la réélection de D. Trump, ce statut de valeur refuge est en train de changer, car les politiques de son gouvernement visent à affaiblir le dollar. De plus, avec les risques d’extraterritorialité de la loi américaine, de plus en plus de pays et de banques centrales visent à modérer leur exposition au dollar et à la dette américaine.
“Il n’y a pas de durabilité sans rentabilité : chaque investissement passe au crible des enjeux ESG, mais la performance demeure notre priorité pour garantir la résilience des patrimoines dans un monde plus incertain.”
Dans un environnement où les grandes valeurs technologiques dominent les indices, comment évitez-vous la concentration excessive tout en restant exposé à la croissance du secteur ?
C’est un véritable défi car il y a une énorme concentration sur les fameuses « 7 magnifiques ».
Nous écrêtons nos positions sur ces titres et nous faisons un effort particulier pour sélectionner des valeurs moins en vue mais qui profitent aussi de cet engouement autour de l’IA. Avec notre équipe de sélection de fonds externes, nous choisissons aussi des gérants spécialisés sur la technologie et qui ont des équipes stables et un « track-record » solide.
Quelles classes d’actifs vous paraissent aujourd’hui les plus résilientes face à l’incertitude économique : actions, obligations, private equity, immobilier ou actifs alternatifs ?
Les actions chinoises sont attractives car elles sont sous-détenues. Il faut néanmoins éviter les grandes sociétés gouvernementales et être très sélectifs sur celles ayant des activités dans des secteurs surveillés par le Parti communiste. On trouve d’ailleurs un certain nombre de sociétés faiblement valorisées, très bien gérées et qui passent sous le radar du parti.
Sur le « Private Equity », nous sommes plutôt prudents et nous préférons les grands acteurs et les fonds secondaires car on constate des problèmes de valorisations dans certains fonds qui nous paraissent excessives face à celle des marchés cotés. Une remise à niveau n’est donc pas à écarter et les fonds de secondaires pourraient en profiter. L’immobilier est à voir au cas par cas mais nous préférons des « Clubs Deals » où nous avons une parfaite connaissance de l’actif sous-jacent et du projet.
Face à une valorisation des marchés actions assez riches aux États-Unis, du niveau de levier (emprunt sur marge) des investisseurs particuliers américains, du niveau de dette des gouvernements et des politiques accommodantes des banques centrales, nous pensons que la gestion alternative ou « Total Return » offre un risque rendement intéressant tout en étant peu corrélée aux marchés.
Vous mentionnez l’importance de conserver des poches de liquidité. Quelle est votre philosophie de gestion face à un éventuel retournement brutal des marchés ?
Le pire scénario serait celui d’une fuite en avant, avec une banque centrale américaine à la main du président qui ignorerait les signes précurseurs d’un retour de l’inflation. On verrait alors les taux longs monter malgré le bilan de la FED qui grossirait. Les valeurs de croissance subiraient alors un contrecoup comme en 2022.
L’or devrait dans ce cas jouer pleinement son rôle de valeur refuge et anti-inflation. Les mines d’or offrent un levier important car leur coût de production oscille entre 1200 et 1500 USD, alors que le prix du métal précieux est désormais autour de 4000 USD. Une simple stabilisation du prix de l’or dans la durée à ces niveaux offrirait des cash flows importants à ces sociétés.
“Nous cherchons à nous diversifier par rapport à la forte pondération des indices américains, en surpondérant l’Asie et la zone euro tout en identifiant des thèmes porteurs comme la défense et la cybersécurité.”
La diversification géographique est au cœur de votre approche. Comment concilier cette ouverture mondiale avec les enjeux de durabilité et de souveraineté économique croissants ?
Il n’y a pas de durabilité sans rentabilité, nous intégrons cette analyse pour chaque société. On notera que l’administration Trump fait marche arrière sur ce sujet, ce qui est susceptible d’influencer d’autres pays.
Sur la souveraineté économique, nous sommes dans un système mondial à trois grands blocs avec une Europe qui apparaît comme n’ayant pas avoir compris les enjeux auxquels elle fait face. Notre rôle principal reste de fournir une performance satisfaisante pour nos clients avec les contraintes qu’ils nous donnent et nous nous attachons à maximiser cette performance.
En quoi la gestion de fortune, historiquement tournée vers les particuliers, peut-elle aussi devenir un levier de résilience pour les entreprises familiales et patrimoniales ?
La gestion de fortune pour les chefs d’entreprise implique une connaissance pointue du contexte familial et patrimonial. Nous offrons avec notre actionnaire Swiss Life Banque privée (qui détient 100 % de Swiss Life Gestion Privée), des services complets d’ingénierie patrimoniale, d’opérations de haut de bilan, de fiscalité et de transmission.
Comment intégrez-vous la dimension ESG dans vos stratégies, non pas comme une contrainte, mais comme un véritable moteur de performance et de pérennité ?
La dimension ESG est intégrée au niveau de chaque investissement dans un processus « bottom-up ». Nous veillons à intégrer ces sujets dans l’analyse du risque que pourrait constituer une faiblesse marquée sur un de ces facteurs.
Si vous deviez identifier une « grande bascule » dans les stratégies d’investissement pour les cinq prochaines années, laquelle retiendriez-vous : le retour du risque, la montée de l’intelligence artificielle dans la gestion, ou la redéfinition des zones de croissance mondiale ?
Je dirais le retour du risque. Nous sortons d’une période d’ouverture du commerce mondial vers une période plus restrictive et avec trois grands blocs qui s’affrontent de manière beaucoup plus ferme. Le tout se déroule sur fond d’endettement record des gouvernements des pays développés et des banques centrales qui ont moins de marges de manœuvre. L’influence des réseaux sociaux et leur manipulation, rendue plus efficace par l’intelligence artificielle, sera aussi un facteur de volatilité avec une instabilité politique plus grande.


