Georges Bizet : Noé
Cet opéra quasi inconnu est bien composé par Bizet, bien que commencé par son beau-père Fromental Halévy (le compositeur de La Juive, à l’air célèbre « Rachel, quand du Seigneur… », et aussi l’oncle de Ludovic Halévy, le librettiste de Carmen et de La Belle Hélène). Noé avait été joué pour la première fois, en version de concert (et incomplète), en Allemagne en 1881, quinze ans après la mort de Bizet, et plus jamais rejoué depuis lors.
La production que l’on peut voir dans de très bonnes conditions ici est le fruit d’une initiative courageuse menée en 2004 par Pierre Jourdan à Compiègne avec Emmanuel Calef (X98), c’est la première fois que la partition était jouée intégralement et la première fois que l’opéra était monté en version scénique. Depuis plus de dix ans, le Théâtre impérial de Compiègne avait rouvert ses portes (inachevé sous Napoléon III, il fut achevé et ouvert au public en 1991) et le regretté metteur en scène Pierre Jourdan montait chaque année une œuvre méconnue du répertoire français.
Après des œuvres rares mais parfois jouées occasionnellement (Henry VIII de Saint-Saëns, chef‑d’œuvre, Une Éducation manquée de Chabrier, impayable, –Dinorah de Meyerbeer, Gustave III ou le Bal masqué et Le Domino noir d’Auber, etc.), Pierre Jourdan monte Noé et, comme toujours, la mise en scène de Pierre Jourdan et les costumes de -Compiègne sont explicites, donc simples et faciles d’accès. Le film débute d’ailleurs par un hommage bien justifié à Pierre Jourdan, architecte de cette recréation mais aussi de la renaissance du Théâtre impérial de Compiègne et de nombreux chefs-d’œuvre rares de l’opéra français.
Mais il faut aussi saluer le travail de restauration d’Altea Media, avec une image rénovée et un très bon son, qui donne une seconde jeunesse bluffante et incontestable à ce spectacle par rapport aux DVD d’origine à l’image vieillie et au son frustrant. Bravo !
L’histoire biblique des chagrins causés à Noé (chanté par la figure patriarcale de Jean-Philippe Courtis, superbe) par les problèmes de couple de ses fils et leur rivalité, se terminant en apothéose par le déluge, a donné prétexte à Bizet pour construire une œuvre monumentale. Et la musique de Bizet est bien là, avec ses mélodies marquées et prenantes, et surtout son orchestration qui maintient constamment l’attention, y compris lors des récitatifs et des scènes entre les airs. On retrouve le style d’Ivan IV, de –Djamileh, autres œuvres méconnues de Bizet, et des thèmes des Pêcheurs de perles.
À la direction musicale, on trouve notre camarade Emmanuel Calef (X98), qui a choisi sa carrière pendant l’École. Il a suivi ses études musicales au Conservatoire de Paris en parallèle avec l’X puis Télécom Paris, et est aujourd’hui un chef d’orchestre reconnu et surchargé (voir l’article du dossier « Les X et la musique » dans La Jaune et la Rouge n° 806, juin-juillet 2025, page 48). À peine sorti de l’école d’application, Emmanuel est le directeur musical en 2004 de ce véritable événement culturel qu’est la (re-)création de Noé.
Jean-Philippe Courtis, Anne-Sophie Schmidt, Mathias Vidal, Philippe Do
Ensemble vocal Cori Spezzati, Orchestre Français Albéric Magnard, Dir. Emmanuel Calef (X98)
Un opéra sur Altea Media ou YouTube (par exemple sur Google : « Bizet Noé altea » ou directement sur www.youtube.com/alteamedia)





