Samuel Perez (X14) à gauche et Jonathan Levy.

Galam Robotics : automatiser les opérations des entrepôts

Dossier : Trajectoires | Magazine N°813 Mars 2026
Par Sarah LE NET (X10)


En 2018, Samuel Perez (X14) a cofondé Galam Robotics, qui produit de la robotique logistique et a développé Buffer-One. Ce système automatise la consolidation des commandes, leur stockage temporaire et le séquencement des flux.

Quelle est l’activité de Galam Robotics ? Dans quelles industries travaillez-vous ?

Nous travaillons dans la robotique logistique, plus parti­culièrement sur la robotique modulaire, un nouveau type de robots. Notre activité se concentre sur le buffer logistique. Littéralement « zone tampon », le buffer logistique désigne un stock intermédiaire positionné au plus près des lignes de production ou des quais logistiques. Il s’agit de déplacer les stocks tampons entre différentes activités à haut débit, comme préparer les commandes de livraison chez Carrefour et Leclerc en attente des camions. Ce sont de petits stocks qui tournent vite et qui étaient jusqu’alors peu automatisés en raison du coût très élevé des solutions robotisées traditionnelles dans ce cas d’usage.

Comment vous est venue l’idée ?

On pourrait dire que notre parcours entrepreneurial a démarré dans le mauvais sens. Nous ne sommes pas partis du besoin, mais d’une idée technologique qui me passionnait : développer un concept assez nouveau de robotique modulaire. Classiquement, on fabrique des robots avec une forme fixée, pour un seul usage. Lorsqu’on commence à fabriquer des blocs de robot indépendants et simples, on peut créer des agencements spécifiques et réagencer selon l’évolution de l’usage. Quand j’étais jeune j’avais été très impressionné par Terminator 2 et T-1000, le robot policier qui peut changer de forme. C’est une autre manière d’appréhender les robots : de la pâte à modeler robotique. C’est donc avec l’idée de modeler un robot et une flotte que nous avons cherché les applications industrielles de la robotique modulaire. C’était le début d’une nouvelle technologie.

Fin 2018, en sortant de master, j’ai rencontré Jonathan Levy, mon associé, qui, lui, vient de l’industrie. En janvier 2019, on créait Galam Robotics : une application industrielle de la robotique modulaire où des blocs de robot déplacent les objets dans de nombreuses configurations. Après de nombreux essais et customer interviews nous en sommes arrivés à l’idée du buffer. D’abord dans la bagagerie d’hôtel, où les clients n’ont pas voulu investir. Ensuite dans les magasins de chaussures, où les prototypes ont mieux fonctionné. Puis une autre verticale nous est apparue : l’automatisation du click and collect au BHV. Nous avons encore amélioré le prototype et l’usage, et nous avons signé récemment avec Leclerc et Carrefour pour faire du buffer drive. Ce fut un cheminement lent pour arriver à comprendre la vraie valeur ajoutée de ce type de robots et c’est pour cela que nous avons moins peur de la concurrence.

Quel est ton parcours ?

Un parcours assez court : la prépa, Polytechnique (X14), et ce projet de robot cellulaire depuis mes 16 ans. Je voulais développer cela rapidement, c’était déjà mon objectif en entrant à Polytechnique. À l’X j’ai été surpris, car il n’y avait quasiment rien, à l’époque, dans la conception de robots. Comment raccrocher le parcours classique de l’X avec la robotique ? Je suis allé voir quelques projets à l’ENSTA, puis j’ai fait ma 4e année à Berkeley avec Bruno Martinaud (le fameux Master Entrepreneuriat en partenariat avec l’X). À la suite de ma 4e année, j’ai créé Galam Robotics.

J’ai mis peu de temps à rencontrer mon associé Jonathan. Lui, il a un très beau parcours. Il vient des Mines de Paris, puis de trois ans dans le conseil chez Cap Gemini Consulting et sept ans chez Acrelec, en tant que directeur industriel PME. Il cherchait un nouveau défi et à entreprendre. Je l’ai rencontré par le biais de l’ancienne directrice de l’accélérateur de Polytechnique, après avoir rencontré beaucoup d’autres candidats. J’avais peu d’expérience dans le milieu professionnel et plus dans la technologie. On s’est bien trouvé. Je suis désormais le responsable technologique de l’entreprise.

Quel est le cheminement technologique de ces robots ?

L’idée commence par un robot modulaire 3D : tous les modules sont identiques et peuvent se déplacer dans les trois directions de l’espace. Nous avons bien sûr conçu et amélioré les algorithmes qui leur permettent de se déplacer. Développer ce déplacement tridimensionnel nous a pris beaucoup de temps. C’est le premier robot, au BHV. La solution que nous avions développée présentait beaucoup de limites de performance : la charge utile était limitée et la démultiplication des actionneurs verticaux entraînait un coût trop important par rapport à ce que nos clients étaient prêts à payer. Nous avons dû sortir de la verticalité des blocs modulaires et ajouter des verticalités externes (séparation des degrés de liberté), ce qui a considérablement diminué le coût de la technologie, tout en maintenant une grande versatilité et un débit similaire.

Une autre amélioration : alors que, à la première étape de notre développement, nous demandions au client de placer directement les produits dans notre robot, manuellement, il nous a paru nécessaire de développer des systèmes d’injection et d’éjection automatiques. Par la suite, pour répondre aux besoins de la grande distribution, nous avons eu besoin d’empiler les bacs avant et après ce système. Il n’y avait pas de solution suffisamment avantageuse sur le marché pour cette fonctionnalité d’empilage, alors nous avons relevé le défi et conçu notre propre solution. C’est notre processus habituel : nous développons un concept, puis il y a de nouvelles demandes et nous « redesignons » ; c’est une amélioration sans fin.

Faire autant de conception en interne est assez peu usuel pour une entreprise robotique, particulièrement pour une start-up avec peu de personnel et de moyens : c’est pourtant cela qui nous a permis de nous distinguer dans notre environnement concurrentiel en termes aussi bien de performances que de coûts.

Quel est le fonctionnement du software de vos appareils ?

Un robot modulaire, c’est d’abord des blocs de robot qui ont chacun une petite intelligence locale. Et, lorsqu’on branche les blocs les uns sur les autres, on peut les faire discuter ensemble. La particularité d’un tel système est que le nombre de blocs intelligents qui communiquent entre eux peut être très important : on parle de centaines, voire de milliers de blocs. Nous avons créé un protocole de communication spécial pour gérer ce genre de communication, unique dans le monde de la robotique.

Quels sont vos concurrents ?

Les grands roboticiens sont plus ou moins en concurrence avec nous. Mais nous nous adressons à un secteur qui jusqu’à présent était peu concerné. Les flottes de robots comme Exotec, AutoStore ou Ocado, ainsi que les solutions plus traditionnelles telles que les shuttles Dematic (infrastructure à rail, fixe), sont dans la même situation. Par ailleurs, nous faisons un peu moins de transtockage. La robotique, en général, est un milieu très actif, bouillonnant même. Et nous avons dû faire notre place dans ce milieu : mettre en confiance des clients, convaincre que notre tech est bien adaptée et être compétitifs vis-à-vis des prix de vente des entreprises à plusieurs millions de salariés.

“Avoir plein de robots simples qui vont vite.”

Plus nous avançons, moins nous avons peur des nouveaux venus, car nous savons que le travail a été long et fastidieux pour arriver à ce stade. Le buffer, c’est tout ce que l’on n’aime pas habituellement en robotique logistique : un stockage qui est limité mais qui tourne tout le temps et rapidement dans les « drive », par exemple. Mais chez nous le coût de l’unité robotisée est bien moindre que celui du marché. Cela permet d’avoir plein de robots simples qui vont vite. En cas de volumes de stockage plus importants, le ratio stock/flux est moins fort et nous sommes alors moins compétitifs que les solutions traditionnelles.

Galam Robotics :
automatiser les opérations 
des entrepôts

Quelles sont les conséquences de l’automatisation des entrepôts comme changement sociétal ?

À mon sens, l’automatisation de la logistique va s’inscrire dans un schéma plus global de robotisation de l’industrie : il y a d’abord eu le règne de la machine spéciale de production, des machines de haute complexité mais fabriquées en peu d’exemplaires et avec un faible besoin de complexité informatique. À présent, nous avons les moyens technologiques pour gérer les besoins de la logistique, qui sont inversés : la technicité des robots est faible, il s’agit juste de déplacer des produits d’un point A à un point B, mais la problématique est le volume et la diversité des produits à gérer.

Nous sommes dans cette seconde révolution robotique et nous avançons progressivement vers l’unité de production ultime, l’usine 100 % automatisée. C’est déjà en train d’arriver dans certains pays comme la Chine. Le changement sociétal qui surviendra sera la fin de l’industrie comme pourvoyeur de travail de masse avec peu de qualification, la fin des temps modernes de Chaplin. Pour le meilleur ?

Du point de vue de la transition énergétique, quel serait l’impact (positif ou négatif) de votre technologie ?

Nous faisons gagner en productivité toutes les opérations des entrepôts et in fine des livreurs, par un meilleur arrangement de leurs tournées de livraison, donc en somme moins de pollution par colis ou bac envoyé.

Voyez-vous arriver le GenAI et l’agentic dans la construction de vos softwares pour les robots ?

Non. Ces nouveaux outils vont être très utiles dans des robots qui se déplacent dans un espace continu avec beaucoup de degrés de liberté et des mouvements très détaillés, comme pour la chirurgie par exemple. D’un point de vue mathématique, nos robots ont une approche discrète, celle du jeu du taquin géant qui fait la taille d’un entrepôt. C’est de la combinatoire et de la théorie des graphes (résolution de puzzle). L’IA moderne est plutôt sur des approches continues qui ne sont pas adaptées à nos types de problème. Cela nous permettrait peut-être d’améliorer des algorithmes, mais ce serait de l’optimisation à la marge avec moins de 5 à 10 % d’amélioration pour le niveau de complexité à ce jour. Le ROI est peut-être plus intéressant avec l’intelligence humaine qu’avec l’intelligence artificielle. 


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