La French Tech Saint-Étienne Lyon : un écosystème au service des start-up   

Dossier : Vie des entreprises | Magazine N°810 Décembre 2025
Par Lucie TEXIER

Créée il y a dix ans, la French Tech Saint-Étienne Lyon fait partie des 17 capitales labellisées par l’État. Elle fédère plus de 750 membres, dont 650 start-up, dans un territoire marqué par la complémentarité entre deux métropoles. Lucie Texier, sa déléguée générale, détaille les missions de l’association et la dynamique d’un écosystème qui conjugue industrie, numérique et santé.

Quand et comment est née la French Tech Saint-Étienne Lyon ?

La French Tech Saint-Étienne Lyon est née en 2015 et a fêté ses dix ans cette année. Au départ, il existait deux capitales distinctes, Lyon et Saint-Étienne, qui ont fusionné en 2019 pour donner naissance à une seule entité. C’est une volonté nationale : chaque capitale doit incarner le label French Tech sur son territoire et fédérer tous les acteurs de l’innovation. Depuis, nous avons construit un collectif qui représente aujourd’hui un maillage large et diversifié.

Quelle est sa place dans le réseau national French Tech ?

Nous faisons partie des 17 capitales French Tech françaises. Dans notre région, Auvergne Rhône-Alpes, il existe deux capitales : nous et la French Tech Alpes, qui couvre l’arc alpin. Chaque capitale est le relais du label sur son territoire et agit comme un prolongement des services de l’État auprès des start-up. C’est à la fois une reconnaissance et une responsabilité : nous devons être l’interface locale d’un dispositif national.

Comment est organisée la gouvernance de l’association ?

Nous fonctionnons avec une gouvernance mixte et paritaire. Elle reflète la diversité de l’écosystème : start-up du numérique, de l’industrie, de la santé, mais aussi structures d’accompagnement, établissements d’enseignement supérieur, banques et grands groupes industriels. L’équipe salariée compte sept personnes. Cette organisation garantit que toutes les voix sont représentées et que nous restons connectés à la réalité des entrepreneurs.

Quels sont vos axes d’action prioritaires ?

Ils sont au nombre de trois. D’abord, incarner le label French Tech et orienter les entrepreneurs, comme un guichet unique vers les bons experts, financeurs et programmes. Ensuite, déployer des outils et des dispositifs pour faciliter la vie des start-up, qu’il s’agisse de trouver un financement ou d’accéder à un marché. Enfin, animer la communauté par des groupes de travail et près de quarante événements par an. Notre rôle est de créer les conditions d’un développement fluide pour tout l’écosystème.

Quels sont les atouts spécifiques de Lyon et de Saint-Étienne, et en quoi sont-ils complémentaires ?

Les deux villes se complètent parfaitement. Saint-Étienne s’appuie sur un héritage industriel fort, avec des compétences reconnues dans la métallurgie, la photonique, le design et les dispositifs médicaux. C’est là qu’est née par exemple Keranova, une start-up qui développe un robot de chirurgie ophtalmologique issu de recherches locales. Lyon, de son côté, concentre davantage de start-up dans le numérique, les services, en lien avec son histoire bancaire et assurantielle, la santé et la green tech. Ensemble, ces deux métropoles, distantes d’à peine soixante kilomètres, forment un territoire unique et attractif lorsqu’on se place à l’échelle nationale ou européenne.


“ Les métropoles de Lyon et Saint-Étienne, aussi complémentaires que proches, forment ensemble un territoire unique et attractif à l’échelle nationale et européenne. ” 

Existe-t-il une concurrence entre ces deux pôles ?

Non, ce serait une erreur d’analyser la dynamique à l’échelle de la ville. Les start-up sont tournées vers l’international et les investisseurs étrangers ne se demandent pas si une société est basée à Lyon ou à Saint-Étienne. Pour eux, c’est l’ensemble de la région Auvergne Rhône-Alpes qui compte, et même la France dans son ensemble. D’ailleurs, notre région est la deuxième plus attractive après l’Île-de-France pour les levées de fonds. L’important est de travailler ensemble à la visibilité collective et d’offrir aux entrepreneurs un environnement favorable.

Comment accompagnez-vous concrètement les start-up stéphanoises dans l’accès au financement ?

Nous organisons chaque année des temps forts. « Meet Your VC », qui se tient à Saint-Étienne, met en relation les start-up en recherche de capitaux avec des fonds et des business angels. Nous proposons aussi une matinale sur le financement de la croissance. Au-delà, l’ensemble de nos programmes est accessible à toutes les start-up, qu’elles soient lyonnaises ou stéphanoises. Les fonds d’investissement, eux, opèrent largement à l’échelle régionale, nationale et parfois internationale, notamment pour les projets les plus ambitieux.

Quelles passerelles existent entre incubateurs et pôles d’innovation des deux villes ?

La fusion des capitales en 2019 a renforcé les synergies. Les incubateurs accueillent des entrepreneurs des deux territoires. À Lyon, beaucoup sont liés à des grandes écoles ou à des groupes, comme H7 ou Hub612. À Saint-Étienne, l’accompagnement repose sur des dispositifs métropolitains efficaces dès la phase d’amorçage. Les clusters régionaux, à commencer par Digital League pour le numérique, assurent également une mise en réseau sur toute la région. L’écosystème est donc traversé de passerelles permanentes.

Comment valorisez-vous les expertises d’un territoire auprès de l’autre ?

Nous avons des adhérents présents sur les deux métropoles, ce qui fluidifie les échanges. Une société stéphanoise spécialisée en design comme Stash peut ainsi proposer son savoir-faire aux start-up lyonnaises en quête de compétences en UX. Inversement, un cabinet d’expertise comptable implanté à la fois à Lyon et à Saint-Étienne accompagne les entrepreneurs, quel que soit leur lieu d’implantation. Notre rôle est de donner accès à la totalité du réseau, sans cloisonnement.

Quels projets emblématiques illustrent cette complémentarité ?

On peut citer Keranova à Saint-Étienne, MyLight 150 dans le photovoltaïque à Lyon, ou encore Netri, une start-up de medtech implantée dans la métropole lyonnaise. Ces réussites sont le fruit de collaborations entre laboratoires, centres de recherche et collectivités. Elles montrent comment, d’un côté comme de l’autre, l’écosystème favorise l’émergence de champions capables de rayonner au-delà de la région.  

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