Schubert

Franz Schubert ; QuatuoR n° 14 « La Jeune Fille et la Mort »

Dossier : Arts, lettres et sciences | Magazine N°813 Mars 2026
Par Marc DARMON (X83)

Quel DVD passionnant ! L’œuvre, l’interprétation, la réalisation, le documentaire qui l’accompagne, tout est présent pour en faire un pilier d’une DVDthèque classique.

Schubert met tout d’abord en musique le terrible poème de Goethe en 1817, c’est un des Lieder les plus célèbres de Schubert. Mais cette mise en musique à l’âge de vingt ans devient très personnelle en 1824, lorsque Schubert est diagnostiqué de sa maladie mortelle. Schubert utilise alors le thème de la mort de son Lied comme base pour les variations du mouvement lent de son quatorzième quatuor. Voici un extrait du poème de Goethe qui inspira Schubert, tout d’abord de façon prémonitoire en 1817, puis en 1824 :

La Mort :
« Donne-moi ta main, oh ! jeune fille belle à voir,
Car je suis une amie, je ne t’ai jamais affligée.
Prends courage maintenant, et très bientôt
tu reposeras doucement dans mes bras ! »

La Jeune Fille :
« Oh ! laisse-moi ! Je t’en prie, laisse-moi ! Car la vie est douce, elle est plaisante.
Va ! laisse-moi tranquille maintenant ! »

Pour comparer, dans le documentaire bonus, le Lied original est interprété par la soprano Julia Varady, avec curieusement au piano son époux le grand Dietrich Fischer-Dieskau (le baryton de référence de ce Lied, douze versions différentes de lui sont trouvables en disque).

La première exécution du quatuor a eu lieu à titre privé en 1826 et sa première publication en 1831, soit trois ans après la mort prématurée du compositeur. Ce magnifique quatuor, une des œuvres les plus importantes de Schubert qui -composa tant de chefs-d’œuvre, est une œuvre de jeunesse, comme tout ce que Schubert composa puisque la maladie l’emporta à 31 ans, cinq ans plus jeune que Mozart. À l’écoute de ses trois -derniers quatuors, ses trois dernières sonates, ses deux trios, ses deux dernières symphonies, le mélomane peine à imaginer ce que Schubert aurait pu apporter au monde musical s’il avait vécu ne serait-ce que jusqu’à l’âge de quarante ans.

C’est une œuvre majeure, mais l’interprétation de ce DVD est également phénoménale. La carrière internationale du Quatuor Alban Berg démarre de façon fulgurante à Vienne à l’automne 1971 et se poursuivit jusqu’en 2008. En plus de trente-cinq ans, ils ont fait référence, avec de multiples enregistrements dans Beethoven, Schubert, mais aussi Berg, Dvořák et Mozart. Ici, ils allient dans un esprit viennois rigueur classique et vivacité, puissance, mystère et nostalgie. Les violons lumineux tirent les larmes des yeux. 

La réalisation de Bruno Monsaingeon (le réalisateur à qui l’on doit les meilleurs films et documentaires sur Glenn Gould, sur Richter) est inventive, peut-être trop, et toujours prenante.

Le documentaire en bonus (en allemand sous-titré), de Bruno Monsaingeon également, montre le Quatuor Alban Berg donnant une master class au Quatuor Artemis. 

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