François Parcy (88) : Se hisser aux sommets

Dossier : TrajectoiresMagazine N°741
Par Pierre LASZLO

Il a la ténacité du grimpeur. Je lui applique sa caractérisation de Walter Bonatti, qu’il juge le plus grand alpiniste du vingtième siècle : « Pour la pureté de ses lignes en rocher, sa résistance surhumaine et son audace. »

Une enfance campagnarde

Il naquit à Valréas. Sa mère était fleuriste, plus tard régisseuse de restaurant scolaire. Son père était ouvrier spécialisé dans le cartonnage.

« J’habitais en campagne et passais de longs moments au contact de la nature, dans les arbres, sur les bords de la rivière ou à faire pousser quelques légumes. » Autres influences sur l’enfant : en CE1, un enseignant très sévère, mais gratifiant ; en cinquième, la lecture de Bac ou pas bac, que faire après de l’Onisep, et l’objectif d’entrer à l’X car « c’était la meilleure école » ; et la montagne, par un grand-père chamoniard : « J’ai rêvé de montagne en lisant tous les livres de ma bibliothèque de collège sur le sujet : Maurice Herzog, mais surtout Lionel Terray, le Grenoblois. »

Ce sera la biologie… via l’X !

En seconde, la lecture d’un hors-série de Science et Vie, sur la nouvelle botanique, le décide à être chercheur en biologie végétale. Par l’X ! Interne à 15 ans au lycée d’Orange, il entre en terminale C, il aime la physique, mais adore la biologie. Puis, hypotaupe au lycée du Parc, à Lyon, avec Hormière, « un prof d’une exigence incroyable mais admiré de ses élèves ». Puis la taupe P’ : « J’ai raté Supaéro en 3/2, refusé Centrale Lyon car mes notes avaient monté tout au long de la spé et je pensais pouvoir avoir mieux. J’ai fait 5/2, en travaillant à l’internat avec des copains et en séchant une majorité de cours car le Parc donnait les bons profs aux M’. »

Vint alors le service militaire, d’abord Coëtquidan, avec « un ­capitaine mesquin et abominable qui savait faire la cohésion contre lui ». Puis, un classement suffisant pour cette unité d’élite, les ­chasseurs alpins, à Barcelonnette.

Vers les cimes

Durant l’École, sur le plateau, il se lie d’amitié avec Alix Martin, autre passionné d’escalade, qui deviendra son beau-frère. Sa scolarité, marquée par une campagne de kès hyperfolklo, l’est aussi par son tiraillement entre l’astrophysique et la biologie : notre travers national, hiérarchiser, nous englue dans la classification des sciences d’Auguste Comte, qui reste déterminante. François part donc pour un stage en astrophysique à l’Institut Max Planck de Garching. Mais il choisit néanmoins la majeure de biologie. Aux vacances de Pâques, il entre dans le labo de Jérôme Giraudat, un X aussi, très rigoureux, à Gif-sur-Yvette : « J’ai adoré faire des manips sur les ADN, sur les plantes. Une révélation, mon rêve de seconde qui devenait réalité. » Après son doctorat, il part en postdoc (deux ans et quatre mois) au Salk Institute, à San Diego, ce qui se solde par un gros papier : « Full article dans Nature dont j’étais le premier auteur, une consécration, une naissance dans la communauté scientifique. »

 

“Mon rêve de seconde
devenait réalité”

 

La génomique

Il est parmi les tout premiers à travailler sur le génome d’Arabidopsis thaliana, l’un des plus petits parmi les plantes : cinq paires de chromosomes, la séquence complète d’ADN de cette espèce est connue depuis 2001 : 157 millions de paires de base. C’est devenu l’organisme modèle, de par sa petite taille, son cycle de vie rapide de six semaines (de graines à graines), sa résistance et sa capacité à s’autoféconder. Arabidopsis thaliana est altérable par Agrobacterium tumefaciens, assurant l’insertion d’ADN-T dans le génome de la plante qui, s’intégrant aléatoirement, permet l’inactivation de gènes et la création de mutations dirigées.

Consécration médiatique

Retour en France. Autre année de postdoc en Espagne. Puis, création de son propre labo, à Grenoble. En 2013, encore une année à l’étranger à Vancouver, pour s’initier à la bio-informatique. En 2014, une belle histoire publiée dans Science combinant évolution et biologie structurale d’un régulateur. Et une autre percée récente (2017) : « Nous essayons de combiner toutes les techniques pour répondre à des questions biologiques liées au développement de la fleur et à son origine. Une publi sur une plante sans fleur (la gymnosperme Welwitschia mirabilis) m’a donné l’accès aux médias après un communiqué de presse et une dépêche AFP. Je suis passé sur plusieurs radios, j’adore expliquer et partager avec tous les publics. »

 


 

Pour en savoir plus :

« A link between LEAFY and B-gene homologues in Welwitschia mirabilis sheds light on ancestral mechanisms prefiguring floral development », Moyroud (Edwige), Monniaux (Marie), Thévenon (Emmanuel), Dumas (Renaud), Scutt (Charles P.), Frohlich (Michael W.), Parcy (François), in New Phytologist, 24 February 2017, https://doi.org/10.1111/nph.14483

Commentaire

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Dany et Aimé JUILLANrépondre
4 février 2019 à 19 h 08 min

Merci pour ce très bel article sur  » notre François »…

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