François Lempérière (X45) constructeur novateur et engagé

François Lempérière (X45) constructeur novateur et engagé

Dossier : Trajectoires | Magazine N°815 Mai 2026Par Jean-Pierre VIGNY (X55)Par Philippe ROUESSE (X58)Par Bernard LEMPÉRIÈREPar Claude BESSIÈREPar André BROTO (X69)


Décédé le 26 janvier 2026, François Lempérière a consacré 75 ans de sa vie aux grands projets d’aménagement du territoire, d’abord dans l’entrepreneuriat chez GTM, puis par un engagement remarquable avec l’association Hydrocoop. 

Né à Cherbourg en 1926, François Lempérière est le troisième enfant d’une famille de quatre. La guerre l’oblige à quitter la Normandie en 1940 et à poursuivre ses études au lycée d’Auch, où il se découvre une passion pour les mathématiques et la physique, puis au lycée Louis-le-Grand à Paris où sa famille a déménagé en 1942. Après l’X où il est entré 3e et l’École des ponts et chaussées, il travaille pendant 40 ans aux Grands Travaux de Marseille. Parmi ses réalisations, on compte des projets hors normes, tel le barrage de Cabora Bassa sur le Zambèze au Mozambique (barrage-voûte de 160 mètres de haut), ainsi que de nombreuses innovations visant à optimiser la capacité et la sécurité des barrages. Il est notamment l’inventeur du procédé breveté des hausses fusibles Hydroplus (prix de l’Académie des sciences en 1996).

Le souci de l’intérêt général

François recherchait sans relâche des technologies compétitives et efficientes au service de l’intérêt général. Remettant systématiquement les projets en question, il pratiquait la critique constructive et proposait de multiples variantes innovantes. Plusieurs de ses projets, novateurs et en avance sur leur temps, n’ont pas vu le jour, mais le futur a souvent confirmé leur pertinence. Ce fut le cas du projet Euroroute, imaginé en 1985 pour relier la France et l’Angleterre. Dix ans plus tard, la réalisation des ponts de Rion-Antirion et de l’île du Prince-Édouard viendra illustrer la pertinence de sa vision. De même, le « Fehmarn Belt », lien fixe entre le Danemark et l’Allemagne, reprend le concept de tunnels préfabriqués et immergés, conçu dans le cadre d’Euroroute. Le concept de tunnels réservés aux voitures, proposé dès 1987 avec le projet LASER, s’est aussi concrétisé vingt ans plus tard avec le tunnel Duplex A86 entre Rueil-Malmaison et Versailles.

Des actions concrètes pour « sauver le monde »

Après sa retraite, son énergie créatrice s’est exprimée à travers de nombreuses initiatives visant à valoriser les ressources hydrauliques, fluviales ou maritimes. La filiale Hydroplus de Vinci déploie des systèmes d’optimisation des barrages, et l’association Hydrocoop rassemble des experts bénévoles mettant les innovations à disposition des pays en développement. Aujourd’hui, le système des hausses fusibles Hydroplus équipe quatre-vingts barrages dans plus de dix pays et le système des PK Weirs (déversoirs en touches de piano), élaboré en 2003, équipe plus d’une quarantaine de barrages, notamment au Vietnam.

La Commis­sion internationale des grands barrages lui a décerné un « Honorary award » en 2008 et un « Life achievement award » en 2018. Dans le domaine de l’hydraulique, il a popularisé et approfondi le concept des STEP, permettant de stocker l’énergie grâce à des barrages jumeaux en montagne ou sur le littoral, et a développé un projet visant à lutter contre les inondations en accélérant le débit des fleuves. La persévérance dont il a fait preuve jusque dans sa centième année pour concrétiser ses idées novatrices était inspirante pour tous, collègues, amis, famille.

Voyageur infatigable et curieux, il a parcouru presque tous les pays du globe. Avec ses deux enfants, il avait effectué son dernier déplacement en Ardèche, d’où était originaire son épouse, disparue il y a deux ans, après soixante-dix ans de vie commune. Lors de ce séjour, il avait tenu à rencontrer les utilisateurs du barrage de Lussas, premier barrage équipé de hausses fusibles, pour étudier avec eux son adaptation au changement climatique. 

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