Financer la transition écologique : le rôle clé du growth equity. © jozefmicic - Adobe Stock

Financer la transition écologique : le rôle clé du growth equity

Dossier : Private equity | Magazine N°817 Septembre 2026
Par Rémi SAID (X03)
Par Jean-Patrice BELLIER (X06)

La transition écologique requiert des volumes d’investissement sans précédent. Si l’innovation est au rendez-vous notamment en Europe, le développement des solutions reste entravé par un déficit structurel de financement à un stade déterminant du cycle des entreprises. Entre capital-risque et buyout (LBO ou rachat d’entreprise avec effet de levier), le growth equity (capital-développement ou capital de croissance) joue un rôle décisif pour transformer l’innovation climatique en infrastructures et modèles d’affaires durables.

La transition écologique est souvent abordée sous l’angle de l’innovation technologique. Elle est, en réalité, aussi un défi d’allocation du capital. Les trajectoires compatibles avec la neutralité carbone et l’adaptation au changement climatique impliquent une réorientation massive des flux financiers mondiaux. Les estimations convergent : il faudrait mobiliser entre 6 000 et 9 000 milliards de dollars par an d’ici 2030-2050 pour tenir les objectifs de réduction du réchauffement climatique, alors que les flux actuels atteignent environ 2 000 milliards. L’écart est structurel. Pourtant, le capital privé reste insuffisamment mobilisé. Dans le champ de l’atténuation du changement climatique, il représentait selon le GIEC la moitié des financements mondiaux en 2022 (et seulement 8 % pour l’adaptation).

L’Europe, un terreau fertile… mais encore sous-financé au stade clé du growth

Portée par le Green Deal, REPowerEU et les engagements croissants des entreprises privées, l’Europe dispose d’un écosystème particulièrement dynamique. Elle capte 40 à 50 % des investissements mondiaux en capital-risque climate tech, dépose près de 40 % des brevets « verts » et compte des dizaines de milliers d’entreprises innovantes sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Le paradoxe est donc clair : l’innovation est abondante, le cadre réglementaire est structurant, les entrepreneurs sont au rendez-vous. Mais le financement reste fragile. L’Europe sait faire naître des solutions ; elle peine encore à les transformer en standards industriels.

Le missing middle : un goulet d’étranglement du capital

Ce déséquilibre se concentre sur un moment précis du cycle de vie des entreprises : la phase de capital de croissance (growth), entre l’amorçage et le capital mature. C’est à ce stade que les entreprises, après avoir validé leur technologie, doivent financer l’industrialisation ou la mise à l’échelle de leurs solutions, le déploiement commercial et l’internationalisation. Ces étapes sont intensives en capital et comportent un risque d’exécution. Les chiffres illustrent ce missing middle, trou de marché. En 2023, les start-up européennes de climate tech ont levé autant d’argent en phase de growth qu’en phase d’amorçage ou capital-risque, quand cela devrait être 2 à 3 fois davantage. La montée en puissance existe, mais elle est déséquilibrée : le capital tend à court-circuiter l’étage critique du changement d’échelle.

Investir pour changer d’échelle

Le growth constitue l’étage de bascule entre solution validée et déploiement massif. C’est à ce stade que se joue la capacité à transformer une innovation prometteuse en infrastructure économique réelle. Les priorités d’investissement sont désormais bien identifiées : énergie décarbonée, efficacité énergétique des bâtiments, procédés industriels bas carbone, nouveaux matériaux et circularité, mobilité durable, solutions agricoles et gestion des ressources naturelles. Certaines de ces solutions sont proches du logiciel, d’autres industrielles, avec des besoins en capex, des délais longs et des dépendances réglementaires. Répondre au missing middle, c’est créer le continuum de capital qui manque aujourd’hui à l’Europe. Il s’agit moins d’inventer de nouvelles solutions que de donner aux meilleures les moyens de devenir systémiques.

De l’innovation à la transformation réelle

La transition écologique n’échoue ni par manque d’idées, ni par manque de talents. L’Europe innove, brevète, entreprend et régule. Le verrou est ailleurs : dans la conversion de cette puissance en entreprises leaders de leur segment et références mondiales de leur secteur. Entre promesse et déploiement, un maillon reste fragile.

“Pas seulement inventer mieux, mais financer mieux.”

Renforcer le rôle du growth dans le financement de la transition énergétique n’est pas seulement une occasion d’investissement ; c’est une condition macroéconomique de la transition. La bascule ne se jouera pas dans l’invention de nouvelles technologies, mais dans la capacité à faire passer celles qui existent déjà du laboratoire au monde réel. Réussir la transition climatique, ce n’est pas seulement inventer mieux, mais financer mieux. 


Deux exemples du rôle du capital de croissance dans le passage à grande échelle d’entreprises

Ampeco : accélérer l’électrification de véhicules à grande échelle

La société Ampeco développe une plateforme logicielle de gestion de bornes de recharge pour véhicules électriques, cloud-based, interopérable et indépendante des équipements. Présente en Europe, en Amérique du Nord et en Asie du Sud-Est, l’entreprise emploie environ 170 collaborateurs.
Sa technologie permet le déploiement de réseaux de recharge intelligents, intégrant la gestion dynamique de l’énergie et l’équilibrage de charge. En facilitant l’intégration des énergies renouvelables et des compteurs intelligents, Ampeco contribue à l’efficacité des réseaux électriques et à l’accélération de l’électrification. 

Lors de son tour de table de série B de 25 millions de dollars, mené par Revaia, fonds d’investissement en growth equity, l’objectif n’était plus l’innovation, mais le changement d’échelle : structuration de la gouvernance, accélération commerciale auprès des grands opérateurs énergétiques et déploiement international. Un exemple concret du rôle du capital de croissance dans la transformation de solutions climatiques en infrastructures opérationnelles.

Makersite : aider les entreprises industrielles à développer des produits plus abordables, plus sûrs et plus durables

Makersite développe une plateforme logicielle qui permet aux entreprises industrielles de mesurer automatiquement l’empreinte environnementale de leurs produits et de leurs chaînes d’approvisionnement. Sa technologie transforme des données complexes (carbone, matériaux, conformité réglementaire) en indicateurs directement utilisables par les équipes achats, R & D et ingénierie pour réaliser les bons arbitrages entre empreinte CO₂, coûts et risques supply chain. En rendant l’impact mesurable dès la conception, Makersite aide les entreprises à réduire leurs émissions, sécuriser leurs fournisseurs et s’adapter aux nouvelles réglementations. 

Sa série B de 60 millions de dollars menée par Partech Impact, fonds d’investissement growth equity à impact de Partech Partners, vise à accélérer le déploiement international et la croissance, avec des nouveaux produits et des nouvelles géographies. Un exemple de capital de croissance au service d’une industrie plus transparente et plus durable. 

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