Figures argentines, Jean Sibelius

Le tango a dû être inventé par un indécis.
Félix Leclerc, Le calepin d’un flâneur
Il est des œuvres qui font explicitement référence à un territoire, par exemple la Symphonie sur un chant montagnard français de Vincent d’Indy, les Chants d’Auvergne et d’Angoumois de Joseph Canteloube, les Danses hongroises de Brahms. Mais rares sont les compositeurs dont toute la musique porte l’empreinte d’un pays, d’une culture. Bartók, la Hongrie, Albéniz, l’Espagne, Gershwin, le jazz sont de ceux-là. Ainsi de deux albums récents consacrés à la musique argentine et à Jean Sibelius.
Figures argentines
La musique d’Amérique latine : un monde pratiquement ignoré de ce côté de l’Atlantique, où le Brésil se résume à la samba et l’Argentine au tango. En ce qui concerne la musique « savante » de ce continent, les connaissances de l’amateur, même éclairé, se limitent en général au compositeur brésilien Heitor Villa-Lobos. Le Quatuor Voce, auquel se sont joints Jean-Baptiste Henry au bandonéon et Pablo Márquez à la guitare, a entrepris de combler cette lacune en publiant, sous le titre Figures argentines, un recueil d’œuvres de compositeurs argentins contemporains.
Astor Piazzolla a été le premier à lancer une passerelle entre musique populaire et musique dite savante et a donné au tango ses lettres de noblesse. On trouve dans le recueil le célèbre Four for Tango pour quatuor à cordes et le sublime Loving pour quatuor et bandonéon. Mais ce qui fait le prix de cet album est la variété des compositeurs présentés. Alberto Ginastera, tout d’abord, avec son Quatuor n° 1 et sa Sonate pour guitare, son chef-d’œuvre ultime, marqués l’un et l’autre par les références à la musique populaire. Douze autres compositeurs témoignent d’une grande variété d’inspiration, avec une constante : les références à la musique populaire. On découvre ainsi que le tango n’est pas le seul élément du folklore argentin : zamba, chacarera, cueca, baguala ont leurs rythmes propres.
Au total, un continent musical d’une grande richesse, foisonnant et chaleureux, qui mérite la découverte.
2 CD ALPHA
Jean Sibelius
Avec Sibelius, ce ne sont pas des références à la musique populaire qu’il s’agit. Pas de folklore. Il réinvente la structure et la syntaxe musicales selon des lignes qu’il veut typiquement finlandaises. Il manifeste un sentiment nationaliste fort, typiquement finlandais, qui allie « détermination et force d’âme face à l’adversité ». Tout d’abord le Concerto pour violon. Sibelius rêvait, dans sa jeunesse, d’être violoniste virtuose. Il n’y parvint pas et souffrit toute sa vie de cet échec.
Son Concerto pour violon était « destiné à devenir un substitut à une carrière manquée ». Quoi qu’il en soit, ce concerto est une œuvre magistrale qui se classe parmi les grands concertos postromantiques du XXe siècle (il fut créé en 1905 sous la direction de Richard Strauss). Il est interprété par la violoniste suédoise Ava Bahari – belle -virtuosité, son chaud et puissant – avec l’Orchestre symphonique de Göteborg dirigé par Santtu-Matias Rouvali, dans un album qui vient de paraître.
Sur le même CD figure une œuvre où Sibelius exalte le sentiment nationaliste finlandais à travers la légende du Kalevala, Quatre Légendes de Lemminkäinen, suite lyrique d’une belle architecture qui annonce ses symphonies.
1 CD ALPHA





