EXCELYA ORCHESTRE LES ESSAIS CLINIQUES À L’ÉCHELLE EUROPÉENNE

Excelya orchestre les essais cliniques à l’échelle européenne

Dossier : Vie des entreprises, la santé entre dans une nouvelle ère | Magazine N°814 Avril 2026
Par François MOISSON

Ingénieur Arts et Métiers, passé par l’IAE de Paris, François Moisson a cofondé Excelya en 2014 avec Frédéric Paqueville. Dix ans plus tard, l’entreprise s’est imposée comme un acteur du développement clinique. Elle intervient lorsque les essais passent du laboratoire à l’humain, en coordonnant une chaîne de métiers allant de la rédaction de protocoles à l’analyse statistique. Présente dans une quinzaine de pays, avec un hub en Inde et un premier ancrage aux États-Unis, Excelya revendique le droit de devenir une référence européenne du développement clinique. Entretien avec François Moisson, cofondateur & CEO d’Excelya.

Pouvez-vous revenir sur votre parcours et la genèse d’Excelya ?

Je suis ingénieur de formation. Cette formation m’a apporté une méthodologie qui m’aide à structurer des sujets complexes. J’ai ensuite complété ce parcours par un master en administration des entreprises à l’IAE de Paris, avec l’objectif de me mettre en situation de créer une entreprise.

Je viens d’une famille d’entrepreneurs ; j’avais envie de construire une aventure professionnelle où les collaborateurs soient bien et, parce qu’ils le sont, donnent le meilleur. En 2013, avec Frédéric Paqueville, un camarade des Arts et Métiers, nous avons décidé de nous lancer. Excelya est née en 2014, après une étude de marché menée « le soir et les dimanches » et sans réseau établi. Avec le recul, je suis aujourd’hui très heureux de cette décision.

Concrètement, quel est votre métier dans le développement d’un médicament ?

Nous intervenons quand la molécule peut être administrée à l’être humain. Excelya organise le projet de bout en bout ou sur des segments précis. Nous rédigeons le protocole clinique (qui, quand, comment administrer), aidons à sélectionner les centres investigateurs, préparons la documentation et les consentements, suivons la conduite de l’étude, recueillons les données, puis les analysons et les restituons.

Vous parlez de « chef d’orchestre ». Que recouvre cette orchestration ?

Un essai clinique mobilise une dizaine de métiers. Il y a des médecins pour construire le protocole, des équipes de data management pour bâtir la base de données, des statisticiens pour définir les méthodes d’analyse, des rédacteurs médicaux pour produire la documentation demandée par les autorités, des équipes opérationnelles au contact des hôpitaux. La logistique du médicament peut en faire partie, mais elle n’est qu’un élément. Notre rôle est de coordonner l’ensemble afin que l’essai soit conforme, traçable et exploitable, tout en accompagnant les investigateurs dans la durée.

Où se situe votre responsabilité par rapport au laboratoire ?

Le laboratoire reste responsable de la molécule et de la démonstration de son efficacité. Nous, nous portons la qualité de la donnée et la sécurité du patient. Concrètement, nous vérifions la cohérence des observations, la fiabilité des mesures, la complétude des dossiers, et nous suivons les événements déclarés. Le cadre est exigeant, et il doit l’être : la décision finale, qu’elle soit positive ou négative, s’appuie sur cette donnée.

Pourquoi les laboratoires externalisent-ils davantage ces activités ?

Parce que c’est devenu un métier de spécialiste… Il y a trente ans, les équipes internes faisaient plus de choses. Mais la complexité réglementaire, la quantité de données et la tension sur certains profils rendent l’organisation difficile à maintenir en interne. Nous aidons à mutualiser les compétences et intervenons selon plusieurs modes : renfort d’expertise, équipes dédiées ou prise en charge complète, ce que certains clients appellent la « boîte noire ». Nous travaillons ainsi avec de grandes entreprises pharmaceutiques, des laboratoires de taille intermédiaire et des biotechs, en adaptant notre niveau d’intervention à leur maturité et à leurs besoins.

Quels jalons illustrent le développement de l’entreprise ?

Nous avons grandi à partir de la France, puis en Europe. Aujourd’hui, nous comptons près de 800 collaborateurs, bientôt 1 000, répartis dans plus d’une quinzaine de pays. En France, nous sommes à Paris, Bordeaux, Lyon et Montpellier. En Europe, nous avons notamment des équipes en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne, ainsi qu’un hub à Athènes qui rayonne sur l’Europe de l’Est. Nous avons aussi structuré un hub en Inde, et nous avons commencé à nous développer aux États-Unis depuis 2022, sur la côte Est. Parmi les projets marquants, nous avons contribué à plusieurs essais cliniques en France pendant la crise Covid, notamment sur des projets de vaccins.

Vous avez ouvert votre capital à Eurazeo. Quel est l’objectif ?

Nous sommes un partenaire de confiance pour des clients européens depuis une dizaine d’années. L’enjeu est désormais de devenir une référence, ce qui suppose d’accélérer. Cela passe par des investissements technologiques, par une structuration de la croissance externe, et par un accompagnement stratégique. Un investisseur apporte des moyens financiers, mais aussi une expérience et un accès à un écosystème. Eurazeo accompagne des entreprises de taille intermédiaire pour franchir un cap ; notre projet international et notre raison d’être ont compté dans cette décision.

Quelle place prenez-vous sur l’IA et l’automatisation ?

Notre priorité est de mieux structurer la donnée, de mieux l’analyser et de mieux la présenter, afin de répondre aux attentes des autorités et des clients. Nous renforçons un Lab IA, mais l’objectif n’est pas de créer un modèle de langage généraliste. Nous développons plutôt des agents et des outils adaptés à nos processus, en interaction avec nos experts scientifiques (médecins, PhD, statisticiens). L’enjeu est d’aller plus vite sans dégrader la qualité, et de sécuriser les étapes critiques, de la collecte à la restitution.

Au-delà de la pharmacie, quels terrains d’application voyez-vous ?

La pharmacie est notre industrie de prédilection, mais nos compétences sont transposables dès lors qu’il y a un protocole clinique et un enjeu de sécurité. Nous travaillons déjà sur des dispositifs médicaux, notamment implantables, ainsi que sur la nutrition et la cosmétique. Les cadres diffèrent, mais la logique méthodologique est proche. La vigilance, par exemple, change de nom : pharmacovigilance pour le médicament, cosmétovigilance pour la cosmétique, avec des exigences comparables de collecte et de déclaration.

Quelle est votre feuille de route à cinq à dix ans ?

Notre vision est de devenir le leader du développement clinique en Europe, avec la meilleure expérience collaborateur. C’est une double exigence : atteindre le niveau de référence, et le faire avec des équipes épanouies, parce que c’est une condition de la qualité. Notre plan s’articule autour de piliers clairs : renforcer l’expérience interne, élargir notre empreinte commerciale en Europe, passer de 800 à près de 2 000 collaborateurs en cinq ans en améliorant encore la qualité, accélérer sur l’IA et l’automatisation, et intégrer de nouvelles sociétés. Parce que les projets de nos clients sont mondiaux, ce leadership européen s’accompagnera d’activités consolidées en Inde et d’un renforcement progressif aux États-Unis.  

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