Etymologie Private equity

Étymologie : À propos du private equity   

Dossier : Private equity | Magazine N°817 Septembre 2026
Par Pierre AVENAS (X65)

Le titre de ce dossier est un anglicisme caractérisé, qui relève manifestement du langage, pour ne pas dire du jargon, de la finance. Pour autant, les mots private et equity sont visiblement issus du latin, privatus et aequitas, des mots qui ont donc effectué l’aller et retour à travers la Manche, et même à travers l’Atlantique pour le mot equity, par lequel commence cet article.

De l’équité idéaliste à l’equity financière

En passant comme d’habitude du concret à l’abstrait, le latin aequus signifie d’abord « plat, plan » (comme un sol sans irrégularité), puis prend des sens figurés, « facile » (car on progresse aisément sur un sol bien plan), « calme » (comme un caractère sans saute d’humeur), « égal » (ou équivalent), « équitable » (comme un jugement équilibré). D’aequus dérivent en latin aequalis, aequalitas, surtout au sens correspondant à l’égalité mathématique (d’âge, de taille, de forme…), d’où égal, égalité en français, equal, equality en anglais. D’aequus dérive aussi le latin aequitas, essentiellement employé dans un sens moral, tel qu’« esprit de justice » ou « juste proportion », ce qui se retrouve dans le sens du français équité (attesté en 1262), d’où équitable (attesté vers 1512). L’anglais equity est emprunté au français au XIVe siècle et l’anglais equitable au XVIIe siècle, dans les mêmes sens.

Ces mots ont leurs contraires, comme inaequalitas d’où inégalité en français, unequality en anglais. Le contraire d’aequus est iniquus « inégal, injuste » et celui d’aequitas est iniquitas d’où inique, iniquité en français et iniquitous, iniquity en anglais.

En résumé, le mot équité / equity s’emploie dans un sens moral, et il est souvent question aussi d’inégalité, de situations inéquitables, voire du comportement inique de certains acteurs économiques. Les détracteurs du capitalisme diront que l’équité n’est pas le premier souci du monde financier. On peut s’étonner alors de voir ce terme equity faire irruption dans le vocabulaire de la finance. Le dictionnaire d’Oxford situe ce fait en 1904 dans la revue Political Science Quarterly, où l’économiste américain E. S. Mead désigne par le terme equity la valeur réelle des actions d’une compagnie. Ensuite l’usage du mot s’est répandu, equities désignant les actions d’une société, dont la valeur est celle de son capital mais diminuée des dettes contractées, d’où la référence à l’équité, le juste prix.

Le secteur privé

L’adjectif latin privus qualifie d’abord « ce qui est particulier », d’où au sens 1 « ce qui est appartenu en propre par une personne », et finalement aussi au sens 2 « ce à quoi les autres personnes n’ont pas accès ». De privus vient le verbe privare qui prend les deux sens, d’où en français « priver de » correspondant au sens 2 et le participe passé « privé », corres­pondant au sens 1. En anglais, private « privé » au sens 1 vient directement du latin privatus, participe passé de privare, mais « priver de » se dit to deprive of au sens 2, issu d’un bas latin deprivare, dérivé de privare au sens 2. Le private equity se situe donc bien dans le secteur privé, et non boursier d’où le non-coté, autre terme parfois employé.

Épilogue

L’expression private equity, attestée en 1959 selon le dictionnaire Merriam-Webster, s’emploie dans la plupart des pays occidentaux, y compris en France malgré la recom­mandation en faveur du terme capital-investissement, un terme lourd et peu convaincant car c’est presque un pléonasme, sans la référence au privé pourtant essentielle. Pourquoi pas, plus simplement, capital privé ? 

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