Étymologie des cadres

Étymologie : À propos des cadres supérieurs

Dossier : Haute fonction publique | Magazine N°815 Mai 2026
Par Pierre AVENAS (X65)

Le titre du dossier de la Jaune et la Rouge de juin 2022 était déjà La haute fonction publique de l’État, et son Étymologix portait donc sur l’expression fonction publique. Comme le dossier de ce deuxième numéro sur la fonction publique concerne plus précisément la gestion de ses cadres supérieurs, c’est de ce terme, cadre supérieur, qu’il sera question ici.

Le cadre, du concret à l’abstrait  

L’évolution du concret à l’abstrait est un puissant moteur de l’étymologie, utilisé dans la plupart des ÉtymologiX, et il prend ici une forme presque caricaturale. En effet le mot cadre, qui s’écrivait quadre au XIVe siècle, est un emprunt à l’adjectif ou nom italien quadro « carré, cadre, tableau », lui-même du latin quadrus « carré », dérivé du latin quattuor « quatre ». Le cadre, c’est donc d’abord la figure à quatre côtés par excellence que dessine le cadre d’un tableau ou l’encadrement d’une fenêtre, même si ce sont le plus souvent des rectangles. Ensuite, les mots cadre, encadrer, encadrement passent de ce sens très concret à celui plus abstrait de tout espace physique défini, tel qu’un cadre de vie, puis au sens encore plus abstrait d’un domaine intellectuel, un cadre conceptuel, ou encore au sens d’un ensemble humain consacré à un secteur d’activité, de l’armée d’abord, puis de l’entreprise ou de toute activité économique. De là vient la notion de cadre… par exemple de la fonction publique. 

Le chiffre 4 se cache donc concrètement sous le mot cadre L’adjectif supérieur semble plus simple, mais son étymologie mérite un commentaire.

Supérieur, ce n’est pas suprême ni souverain

Tout d’abord, dans l’usage en français, hyper– se place plus haut que super-, alors que l’adverbe ou préfixe latin super est à peu près l’équivalent du grec huper, avec la correspondance classique entre les initiales s– en latin et h– en grec dans le cadre (!) indo-européen. À ce propos, ces termes font écho au sanskrit upári « au-delà », l’allemand über, ober, l’anglais over, etc. 

Ensuite, en latin, de super vient l’adjectif superus « qui est en haut », d’où aussi l’adverbe supra « au-dessus ». Superus prend les formes augmentatives habituelles : le comparatif superior « qui est plus haut » (français, supérieur) et le superlatif supremus « qui est au-dessus de tout » (français, suprême). Et donc le qualificatif supérieur n’est pas le plus élevé. On trouvera par exemple une cour suprême plus haut, ou encore un souverain, mot qui pourtant vient simplement du latin super, par un bas latin *superanus, avec l’évolution habituelle du /p/ en /v/ (cf. par exemple lupa > louve). Ainsi, même si supérieur et souverain sont des doublets, le souverain est au-dessus du cadre supérieur de la fonction publique, surtout si c’est un guide suprême ou un hyper-président !

Enfin, un cas particulier en italien : trois doublets, superiore, sovrano « souverain » et… soprano en musique, terme adopté tel quel, ou à peu près, dans toutes les langues.  

Épilogue

Le statut de cadre n’a pas de définition unique en France, ni d’équivalent clair dans les pays voisins, où le mot correspondant à cadre, comme quadro en italien, cuadro en espagnol, Kader en allemand, s’emploie peu et surtout dans le domaine militaire. Pour le cadre supérieur, les expressions plus ou moins équivalentes sont diverses : senior executive en anglais, dirigente senior en italien, alto ejecutivo en espagnol, leitender Angestellter en allemand. Le consensus européen est meilleur en bel canto qu’en droit social. 

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