Étymologie : À propos des batteries lithium-ion

Voilà un thème en trois mots qui appelle un ÉtymologiX en trois parties distinctes.
La batterie
Le mot batterie dérive du verbe battre, ou batre en ancien français, venant lui-même par le bas latin battere, du latin battuere, d’origine celtique et signifiant « frapper », plus spécialement « frapper à coups répétés ». Ce verbe s’employait à propos de coups échangés dans une bagarre, dans un combat d’escrime et à propos de techniques comme la forge, la frappe des monnaies ou le vannage du blé, des significations qui se retrouvent dans les expressions actuelles, battre le fer (quand il est chaud), battre monnaie, battre le blé, sans parler de battre tambour. Le mot batterie, ou baterie en ancien français, s’est appliqué à ces différents domaines et c’était surtout un terme militaire : une batterie était une pièce d’artillerie, ou de plusieurs mises en parallèle. Depuis les environs du XVe siècle, mettre en batterie signifie réunir des éléments semblables pour obtenir une plus grande efficacité, d’une batterie de tir par exemple. Par analogie le terme batterie s’est appliqué aussi en physique, au XIXe siècle à la réunion (en parallèle ou en série) de condensateurs, de piles ou d’accumulateurs, d’où le nom de batterie électrique.
Le lithium
Le mot lithium rappelle le grec lithos « pierre, minéral », mais on peut s’en étonner car la plupart des métaux sont issus d’un minéral et pourraient se nommer lithium. C’est en effet le cas du lithium, découvert en 1817 dans un silicate d’aluminium et de lithium (LiAlSi4O10), trouvé près de Stockholm et nommé pétalite, du grec petalon « feuille végétale » parce qu’il se clive facilement. Cette découverte est due à un élève du chimiste suédois Berzelius, qui a montré que ce nouveau métal avait des propriétés alcalines analogues à celles du sodium et du potassium, connus depuis longtemps. Or ces deux derniers métaux ont été découverts dans les cendres de végétaux : potassium vient de l’anglais potash, de pot et ash « cendre », et sodium vient de l’arabe soda désignant des plantes côtières comme la soude ou la salicorne, dont les cendres sont alcalines. Berzelius a donc créé le nom lithium pour rappeler que ce nouveau métal avait été « découvert dans le règne minéral, alors que les deux autres l’avaient été dans le règne végétal », les deux autres étant le sodium et le potassium. Le lithium apparaissait comme une exception par son origine minérale parmi les métaux alcalins, eux-mêmes des exceptions par leur origine végétale parmi tous les métaux.
L’ion
Dans un article fondateur de 1834, le physicien Michael Faraday crée en anglais les mots electrolysis, electrolyte avec le grec lusis « dissolution », electrode avec le grec hodos « chemin », anode du grec anodos « chemin montant » avec ana « vers le haut », cathode du grec kathodos « chemin descendant » avec kata « vers le bas ». Il crée ensuite le mot anion à partir du participe présent du verbe grec anienai « monter » pour les électrolytes qui montent vers l’anode et cation à partir du participe présent du verbe katienai « descendre », pour ceux qui descendent vers la cathode, et il ajoute : « Quand j’ai à parler de ces corps ensemble, je les appellerai ions. » Le terme ion correspond au grec ion, participe présent du verbe ienai « aller ».
Épilogue
Le nom de la batterie lithium-ion est donc hybride : du latin vient batterie, où le sens du verbe battre n’apparaît plus, et lithium-ion est dû à deux grands savants du début XIXe siècle, Berzelius et Faraday, qui se sont inspirés du grec !




