Étymologie de la Santé mentale

Étymologie : À propos de la santé mentale

Dossier : Santé mentale | Magazine N°812 Février 2026
Par Pierre AVENAS (X65)

Les termes santé et mental paraissent tout simples. Ils réservent pourtant des surprises, dues pour le premier aux mots qui lui sont apparentés, pour le second aux débats qu’il a suscités.

La santé du corps et de l’esprit

Le mot santé, attesté en 1145, vient du latin sanitas, de même sens, dérivé de l’adjectif sanus « sain », de corps autant que d’esprit, c’est-à-dire ici de faculté intellectuelle : mens sana in corpore sano, écrivait au début du IIe siècle le poète Juvénal dans sa Satire X. Ce sens double de sanus subsiste en italien et espagnol, sano, en français, sain, santé.

Dès le latin cependant, le sens d’insanus, opposé de sanus, s’est restreint au domaine de la santé mentale, d’où insano « insensé » en italien et espagnol, insane « insensé » en anglais où, par une sorte de rétroaction, le contraire d’insane est sane « sain d’esprit » alors que « sain » en général se dit healthy ou sound. D’insanus dérivait aussi en latin insania « déraison », ainsi qu’insanitas « mauvaise santé mentale », emprunté par l’anglais insanity « maladie mentale » puis, suivant une autre sorte de rétroaction, c’est à l’anglais que le français emprunte à la fin du XVIe siècle insanité, d’abord « maladie mentale » et de nos jours synonyme d’« ineptie » ou de « grossièreté ». À l’anglais est emprunté aussi le français insane « déraisonnable, inepte », toutefois peu usité et pourtant adopté parmi les mots nouveaux de la 9e édition du Dictionnaire de l’Académie française.

On constate l’importance particulière accordée à la santé mentale depuis l’Antiquité, et cela nous amène au mot mental.

Le mental

Le latin mens sana se traduit par mente sana en italien et espagnol, mais par esprit sain en français. On retrouve ici le sens double du mot esprit en français (cf. ÉtymologiX de décembre 2025 à propos des sciences cognitives) bien illustré par la distinction entre mens sana « esprit sain » et Spiritus Sanctus « Esprit saint ». En latin, de mens dérive mentio « mention », et l’opposé, demens « insensé », dementia « démence », ainsi que le verbe mentiri « mentir », d’où vient en ancien français mente « mensonge », avec encore une restriction de sens, cette fois à un mauvais usage de l’intelligence.

En bas latin est apparu l’adjectif mentalis, dérivé de mens, mais il a été « blâmé » par saint Augustin, comme le signalent Ernout et Meillet dans leur Dictionnaire étymologique de la langue latine. En effet, dans son traité De Genesi ad litteram (vers 415), une exégèse détaillée mot par mot de la Genèse, saint Augustin estime que mentalis est « un terme dont la nouveauté est trop gênante », un néologisme en quelque sorte auquel il préfère intellectualis. Toutefois, les générations suivantes de théologiens ont tout de même justifié l’emploi de mentalis, comme saint Thomas d’Aquin dans sa Summa theologiae (Somme de théologie) écrite dans les années 1266 à 1273. Le mot est finalement emprunté par les langues modernes, avec des allers et retours entre le français et l’anglais : français mental (d’abord mentel en 1374), emprunté par l’anglais mental (vers 1422), d’où l’anglais mentality (1691) à son tour repris en français, mentalité (1842).

Épilogue

Les frontières entre l’esprit, le mental, l’intellect, la spiritualité, l’âme… soulèvent des débats depuis toujours. S’y ajoute le psychique, du grec psukhê, à l’origine le souffle, l’âme, mais en partie aussi l’intellect selon Aristote dans son traité De l’âme. C’est pourquoi la santé mentale se dit aussi santé psychique et relève de la psychiatrie

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