Eric Brian

Éric Brian (X78) de Condorcet à Alfred Sauvy 

Dossier : Trajectoires | Magazine N°817 Septembre 2026
Par Alexandre MOATTI (X78)

Éric Brian a consacré sa vie professionnelle à l’étude et à l’enseignement des sciences humaines et sociales, et a travaillé comme directeur d’études à l’EHESS jusqu’à son décès le 13 août 2025.

Éric voit le jour à Bourges le 23 juin 1958. Son père, officier de l’armée de l’Air sorti du rang ayant été muté à Toulouse, Éric y fait ses études jusqu’à la prépa du lycée Fermat. Après l’X, il prend le chemin des sciences humaines et sociales – voie assez rare pour un polytechnicien – en passant par un doctorat de troisième cycle en mathématiques préparé au laboratoire de mathématiques appliquées de l’X. Orientation à laquelle il donne un caractère plus historique, avec une thèse en histoire des sciences, sociologie et épistémologie (EHESS, 1990). Celle-ci donne lieu à un ouvrage de référence, La Mesure de l’État. Administrateurs et géomètres au xviiie siècle. Il dirigera par la suite pas moins de 18 thèses, par exemple un travail reconnu (Ronan Le Roux) sur la diffusion de la cybernétique en France de 1948 à 1970.

Un virus contracté très tôt

Il avait attrapé le virus des sciences humaines à l’X, où il animait un cycle de conférences (où l’invité phare fut… Pierre Bourdieu), avec Alain Blum (X78, lui aussi devenu sociologue à l’EHESS – un cas unique dans une même promotion !). Ses figures tutélaires ont été, notamment, les statisticiens, historiens et épistémologues Jean-Claude Perrot, Marc Barbut, Ernest Coumet ou Ludovic Lebart.

La carrière d’Éric avait commencé à l’étranger, comme assistant de recherche au département d’histoire de Columbia University (New York), de 1984 à 1989. Il intègre l’EHESS en 1990 – il sera aussi chercheur associé à l’Ined (Institut national d’études démographiques) de 1995 à 2019. Spécialiste de Condorcet (la statistique, bien sûr ! – on peut retrouver sur Canal-U plusieurs de ses vidéos sur le philosophe-mathé­maticien), il suit la trace de la mathématique sociale, jusqu’à Maurice Halbwachs (1877-1945, ENS 1898), dont il réédite et commente en 2005, aux éditions de l’Ined, avec son épouse Marie Jaisson, sociologue, le magistral Le Point de vue du nombre (coécrit par Halbwachs en 1936 avec Alfred Sauvy, 1898-1990, X1919S).

Un chercheur éclectique

Éric Brian avait un large spectre d’érudition et d’intérêt. Ce qui l’amena à être sollicité pour diriger la prestigieuse Revue de synthèse, voulue par ses fondateurs en 1900 comme un lieu de rencontre interdisciplinaire, entre philosophes et historiens, entre géographes et sociologues. Il la dirige de 1995 à sa mort – ses prédécesseurs étant, entre autres, les historiens Henri Berr (1863-1954, ENS 1881) ou Lucien Febvre (1878-1956, ENS 1899).

Il est régulièrement professeur invité à l’Institut für Philosophie de l’université
de Vienne, de 1997 à 2018, et dans de nombreuses universités étrangères. Il co-
anime, de 2009 à 2025, le séminaire d’histoire des probabilités et de la statistique à l’EHESS.

En 2009, il publie Comment tremble la main invisible. Incertitude et marchés ; à la suite de la crise financière, il s’attache à clarifier le traitement de l’incertitude dans les sciences économiques : elle est au fondement de celles-ci, et non « le bruit ou le résidu que produirait le recours à une méthode technique particulière ». C’est une voie analogue qu’il suit, critiquant les statistiques Covid « affichées ad nauseam », dans son dernier ouvrage, Pour en finir avec l’ivresse de l’abstraction numérique. Chiffres, statistiques, data (Classiques Garnier, 2025).

Éric Brian laisse à ses étudiants et auditeurs ainsi qu’à ses collègues le souvenir d’une grande exigence intellectuelle, assorti à celui d’un vigoureux franc-parler. Un colloque portant sur ses travaux et son héritage aura lieu les 13 et 14 janvier 2027 à l’EHESS à Aubervilliers. Éric et son épouse Marie ont une fille, Florence, auteure d’une thèse en microbiologie, professeure à l’ISVT La Salle, établissement d’enseignement professionnel agricole au Puy (Haute-Loire). 

Poster un commentaire