Equans, bâtisseur de solutions pour une industrie neutre en carbone

Un des leaders mondiaux des énergies et services, Equans mise sur la convergence énergie, digital et industrie pour accélérer la décarbonation et l’adaptation au changement climatique. De la sobriété énergétique à la substitution des HFC, de la formation de ses talents à l’électrification massive des usages, le groupe déploie à grande échelle des solutions mesurables pour bâtir une industrie européenne plus sobre et compétitive.
Quelle est la mission fondamentale d’Equans dans le contexte de la transition énergétique, industrielle et numérique ? Comment l’identité de l’entreprise — née du rapprochement de savoir-faire historiques — soutient-elle cette ambition ?
Equans est le fruit de la fusion des entreprises de conception, construction et maintenance des systèmes énergétiques d’Engie et de Bouygues. La marque Equans a été lancée en juillet 2021. Equans réunit 90 000 collaborateurs et réalise un CA de 19,2 milliards d’euros en 2024.
Equans répond à trois enjeux majeurs au cœur du XXIe siècle :
- La transition énergétique : la décarbonation des énergies et de leurs usages : décarboner et adapter au changement climatique les industries, bâtiments et infrastructures et systèmes de transport, sans compromettre la performance des installations. Nous agissons sur cinq leviers physiques fondamentaux : la sobriété énergétique, l’électrification des usages, la flexibilité via le stockage, l’autoproduction d’énergie décarbonée et, dans certains cas, la captation du CO₂.
- La transition digitale : la digitalisation des systèmes techniques de nos clients, permettant de gagner en productivité et réduire les consommations d’énergie.
- La transition industrielle : nous disposons de compétences nécessaires à la création d’atmosphères contrôlées permettant la mise en service des usines high-tech, dans les domaines de la mécanique de précision, les biotechs, la pharmacie, la micro-électronique ou les fabrications sensibles telles que les batteries.
Notre singularité réside dans notre maîtrise de l’ensemble de la chaîne énergétique et informationnelle, depuis les lois de la thermodynamique jusqu’à l’ingénierie des systèmes d’information. Nous sommes électriciens, frigoristes, mécaniciens, automaticiens, informaticiens ; un collectif d’experts qui conçoivent, opèrent et maintiennent pour l’industrie, la ville et les infrastructures.
Vos métiers couvrent des domaines comme le génie électrique, la climatisation, le froid, la sécurité incendie, les solutions digitales, les télécommunications… Comment ces expertises multi-techniques contribuent-elles concrètement à réduire l’empreinte carbone des sites industriels ?
Nos métiers couvrent tous les flux énergétiques, digitaux et les process d’un site industriel, d’un bâtiment, etc. En froid industriel, nous déployons des technologies à très bas potentiel de réchauffement global (PRG), comme le CO₂ transcritique ou l’ammoniac, combinés à des systèmes de récupération de chaleur.
En CVC, nous installons des solutions de valorisation de chaleur fatale : nous transformons des pertes en énergie utile, jusqu’à chauffer des bâtiments ou alimenter des process voisins. À titre d’exemple nous avons livré le data center du CERN à Genève, et 100 % des bâtiments sont maintenant chauffés par la chaleur des supercalculateurs.
Côté électricité et IT, nous intégrons des systèmes de pilotage énergétique en temps réel, basés sur des boucles de régulation auto-adaptatives, alimentées par des capteurs et des modèles prédictifs. Cette approche permet des réductions de consommation de 20 à 30 %, en agissant sur les points de bascule thermodynamiques.
Mais nous allons plus loin, en stockant l’énergie sous forme électrique avec des batteries thermiques, à basse température dans le sol pour le bâtiment (96 % des bâtiments aux Pays-Bas que nous réalisons disposent d’un système de stockage inter saison) et à haute température dans une batterie thermique appelée « Green Heat module » qui permet de stocker de 200 à 1000 °C.
Vous accompagnez vos clients avec des solutions à haute efficacité énergétique. Pourriez-vous illustrer comment ces innovations se traduisent sur le terrain et participent à la décarbonation des processus industriels ?
Pour chaque projet, nous faisons en phase d’étude un calcul détaillé des gains économiques et énergétiques. Nous classons les projets du plus rentable ou moins rentable en euros et proposons également un classement €/ tCO2 évité. Les retours sur investissement varient de 2-3 ans pour les projets les plus rentables à 15-20 ans. Ce que nous faisons est mesurable et reproductible.
Nous réalisons chaque année des milliers de projets pour l’industrie, les bâtiments et les transports. À titre d’exemple :
Dans de nombreux bâtiments, la mise en place d’un système de régulation détectant la présence de collaborateur, connaissant l’inertie thermique du bâtiment et la météo permet de gagner 20 à 40 % d’énergie, avec des retours sur investissement en quelques mois.
Dans une usine de produits pharmaceutiques en Europe centrale, nous avons conçu un système de refroidissement cryogénique récupérant sa propre chaleur fatale pour alimenter les utilités. Bilan : 75 % de réduction des émissions sur le cycle de vie.
En Suède, sur un site de production de batteries, nous avons installé des pompes à chaleur haute température pour substituer les chaudières à gaz utilisées en production de vapeur pour un client industriel. Le tout avec un retour sur investissement inférieur à 4 ans.
Aux Pays-Bas, nous avons installé plus de 26 000 points de recharge électrique alimentés en électricité d’origine solaire et éolienne. Nous régulons les recharges pour tirer au minimum sur les énergies carbonées, en utilisant l’IA pour prédire les besoins de chargement et lorsque c’est possible soutenir le réseau en Vehicle to Grid. En France, à travers la solution alizé de Bouygues Energies & Services, plus de 30 000 bornes sont installées qui permettent aux collectivités locales d’équiper de manière homogène des territoires y compris des zones parfois oubliées des réseaux conventionnels, aidant les zones rurales et les villes moyennes à passer à l’électrique. C’est fondamental, cela permet en premiers lieux d’équiper les véhicules qui font des tournées.
La dimension numérique de vos services – IT, télécom, solutions digitales – vient soutenir la transition industrielle. De quelle manière l’intégration du digital permet-elle de rendre plus efficace, sobre en carbone, le fonctionnement des infrastructures et des productions industrielles ?
La donnée est aujourd’hui un levier d’actions. Les usines, les installations techniques sont encore mal numérisées. Nous réalisons des jumeaux numériques qui permettent de mettre en place des logiques optimisées, avec des modèles physiques et logiques et parfois quand c’est nécessaire avec de l’IA. Cela consiste par exemple :
- Dans les villes à optimiser l’éclairage en fonction de ce qui se passe dans la rue, ou la gestion des feux pour fluidifier le trafic en fonction de scénario préprogrammés qui s’adaptent suivant les observations
- La mise en place de logique dans les usines, gérant les alimentations en fonction des plans de production
- Et bien sûr le pilotage des températures en fonction de la disponibilité de l’énergie, l’optimisation des consommations en intégrant l’inertie thermique, la météo prévisionnelle, les flux d’occupants, les tarifs horaires de l’électricité. Notre savoir-faire consiste à mettre en place les systèmes de collecte de données avec des capteurs, et une fois les données collectées et nettoyées, à les analyser pour optimiser les équilibres dynamiques avec des gains énergétiques quasi immédiats.
Pouvez-vous évoquer une ou plusieurs réalisations emblématiques où Equans a mis en œuvre des innovations techniques particulièrement pertinentes pour décarboner une installation industrielle ou un bâtiment tertiaire ?
Nous déployons à l’échelle industrielle ce qui était hier expérimental. En Belgique, nous accompagnons des industriels du secteur chimique dans la conversion de leurs chaudières vapeur au gaz vers des chaudières électriques, permettant d’éliminer 100 % des émissions locales de combustion. C’est majeur, nous parlons de haute température pour l’industrie chimique, donc du passage de dizaines de MW gaz en MW électrique.
Aux Pays-Bas, nous avons installé dans plus de 400 bâtiments un système ATES (Aquifer Thermal Energy Storage) : la chaleur estivale est stockée dans des nappes phréatiques pour être restituée en hiver. Résultat : jusqu’à 80 % de réduction des besoins énergétiques de chauffage et arrêt total des climatisations en passant à des systèmes de rafraîchissement l’été.
C’est la preuve qu’il est possible d’industrialiser la sobriété, avec les techniques et l’ingénierie de terrain que nous savons déployer.
Je vais vous donner 2 chiffres : La rénovation énergétique d’un bâtiment permet de réduire sa consommation d’un facteur de 2 à 6 selon son point de départ. La mise en place de stockage intersaison (la France peut le faire sur 60 % de son territoire avec l’ATES) permet un gain encore d’un facteur 1,5 à 2. Donc on peut réduire les énergies consommées de 3 à 12, et en termes de CO₂ émis, c’est divisé par 30 à 50.
Forts de nombreuses agences en France, vous avez développé des académies métiers. Comment ces initiatives contribuent-elles à diffuser efficacement les bonnes pratiques environnementales et à accélérer l’industrialisation bas carbone à l’échelle locale ?
Chaque solution déployée repose sur des milliers de gestes techniques maîtrisés. C’est pourquoi nous avons créé huit académies métiers en Europe et en Amérique du Nord. Ces centres forment nos électriciens, automaticiens, calorifugeurs, installateurs CVC…
Nous sommes vigilants aux bonnes pratiques environnementales, et aussi à la transmission du savoir car c’est le terrain qui fait l’ingénieur.
Et partout où nous opérons, nous créons de l’emploi qualifié, en proximité. Car une transition réussie est territoriale, décentralisée, enracinée dans le tissu industriel local.
Vous mentionnez avoir réduit de 66 % la consommation annuelle d’HFC en France, soit 1,4 Mt CO₂ économisées par an. Pouvez-vous revenir sur les méthodes employées pour atteindre cet impact carbone significatif ?
Les hydrofluorocarbures (HFC, ou F-gases pour les anglophones) sont des halogénoalcanes gazeux de la famille des fluorocarbures (FC). Ces gaz fluorés sont utilisés dans les machines de froid et les pompes à chaleur depuis des années. Ils sont encore utilisables jusqu’au 31 décembre 2029.
Nous avons réduit de 66 % l’utilisation de HFC dans nos interventions en France, qu’il s’agisse de maintenance, de rénovation ou de nouvelles installations. Cette baisse concerne des gaz à très fort potentiel de réchauffement global, utilisés dans la réfrigération et la climatisation. Les pires ont un poids équivalent CO₂ de 20 000.
Soit 1,4 million de tonnes de CO₂ équivalent évitées par an, grâce à la substitution par des fluides naturels, à la récupération de chaleur des installations de froid, et à une détection automatisée des fuites.
Nous avons mis en place en Europe et aux USA, 8 usines de fabrication de pompes à chaleur industrielles de forte puissance utilisant l’ammoniac ou le CO₂ comme gaz d’échange. Certains clients décident de faire le changement de matériel dès maintenant, ils ont raison, dans 2- 3 ans le marché de la demande va dépasser l’offre.
La décarbonation ne se fait pas sans les équipes. Comment s’articule, chez Equans, l’alliance entre exigence technique, sécurité au travail, bien-être des collaborateurs et performance environnementale ?
Notre modèle de management repose sur la décentralisation, donc la confiance et des règles simples. Notre modèle social repose sur le respect, le profond respect pour tous, nos clients et nos collaborateurs. Respecter en premier lieu leur sécurité, leur vie personnelle et leurs choix et chercher à ce qu’ils restent longtemps dans l’entreprise. À ce titre nous investissons énormément dans la formation, et la qualité de vie au travail, en particulier sur l’ergonomie au poste de travail.
Enfin, quels sont, selon vous, les principaux défis à venir pour rendre l’industrie encore plus neutre en carbone ? Qu’ils soient technologiques, réglementaires ou liés à la formation des équipes – Comment Equans se prépare-t-il à y faire face ?
On peut à nouveau, dire « Il faut, il n’y a qu’à… »
Je pense que nous avons toutes les technologies nécessaires pour :
- produire sans émettre du CO₂, en allant plus vite dans le nucléaire, en simplifiant, et en accélérant les énergies renouvelables et le stockage là où c’est utile. Ce qui est important est de raisonner en coût total, production, régulation, transport de l’énergie.
- réduire les consommations, on peut aller beaucoup plus loin en travaillant dans l’ordre des meilleurs retours sur investissement usine par usine, bâtiment par bâtiment
- électrifier les usages, pour produire de la chaleur sans charbon, ni pétrole ni gaz, en déployant massivement le stockage intersaisonnier, en récupérant tuyau par tuyau la chaleur fatale.
Nous devons former des milliers d’ingénieurs capables de comprendre la thermique et l’énergie de leurs systèmes.
Nous le disons avec humilité mais conviction : la transition ne se décrète pas, elle se fait. Entreprise par entreprise. Système par système. Bâtiment par bâtiment.
Chez Equans nous avons la chance d’agir vraiment.





