Dronisos illumine le ciel nocturne avec des essaims de drones

En 2017, Laurent Perchais (X05) a cofondé Dronisos, qui utilise des essaims de drones pour monter des spectacles lumineux. L’entreprise est bien implantée à l’international dorénavant, avec des références prestigieuses tant dans le divertissement que dans l’événementiel.
Quelle est l’activité de Dronisos ? Dans quelles industries travaillez-vous ?
Avec une solution unique permettant de gérer des milliers de drones lumineux en toute simplicité et sécurité, Dronisos fait du ciel le plus grand écran du monde et des drones des pixels animés. Pionnier des spectacles de drones, Dronisos est à l’intersection entre le divertissement (Disney, Universal, Legoland, Puy du Fou…), de l’événementiel (expo universelle, Coupe du monde, Tour de France, sommet de l’ONU…) et de la communication (Peugeot, Coca-Cola, Netflix…). Ancré localement à Bordeaux (France), Dronisos a une dimension internationale avec des spectacles aux quatre coins du monde et une présence à Orlando (USA) et Dubaï (UAE).

Comment vous est venue l’idée ?
Je me suis associé avec un autre entrepreneur qui a cette faculté d’avoir mille idées à la minute, dont justement ce concept de spectacle de drones. De mon côté, je me suis attaché à polir et focaliser les énergies sur cette idée, pour en faire une entreprise. Au départ, il n’existait ni technologie (calcul et orchestration de trajectoire en 3D de N points avec contraintes physiques…), ni réglementation (vol de drones en essaim et de nuit…), ni même métier (régisseur de spectacle de drones, chorégraphie de drones) pour ce type d’activité. Il a fallu tout inventer et tout rendre concret.
Quel est ton parcours ?
Après l’X et HEC, j’ai d’abord travaillé chez Canal+ pour développer la filiale d’événementiel sportif appelée Canal+ Events. J’ai ensuite rejoint Orange pour travailler sur les sujets divertissement (TV, vidéo, musique), que ce soit sur le développement produit ou sur le cadrage de la stratégie et des investissements. En 2017, je suis devenu entrepreneur pour lancer Dronisos, au croisement entre l’événementiel et le divertissement. Tout cela semble bien réfléchi ! En réalité, pas du tout : c’est le résultat d’occasions et de choix de vie familiale.


Quels sont vos concurrents ?
Au niveau mondial, la concurrence est éclectique : des Américains (Nova Sky – détenu par Kimbal Musk), des Chinois (Damoda – qui bat régulièrement des records du monde), des Russes (Lumasky – délocalisé à Dubaï depuis le début de la guerre), des Indiens (Botlab Dynamics, start-up issue de l’université IIT Delhi). Et, dans chaque pays, il y a une concurrence locale qui achète une technologie et déroule des spectacles à la chaîne, à l’instar des pyrotechniciens.
Nous nous démarquons par notre capacité à innover continuellement avec notre équipe Tech, en partant des demandes de nos gros clients : des drones gros porteurs pour le Puy du Fou, des drones avec pyrotechnie embarquée pour Dollywood, des drones intérieurs pour le Futuroscope, des nouveaux drones lumineux marins pour Disneyland Paris. Nous fidélisons ces partenaires qui génèrent de la récurrence dans nos revenus et gagnons en justesse dans la conception produit à partir de besoins réels. En plus de cette French Tech, nous nous démarquons avec notre French Touch, en intégrant le plus possible des créatifs (directeur artistique, sound designer), mais aussi des œuvres universelles (Le Petit Prince) à nos spectacles.

Quelles ont été les étapes clés depuis la création ?
Je pense que ce sont globalement les mêmes que d’autres start-up devenues entreprises : accoucher d’un concept concret, lever des fonds, recruter l’équipe, négocier la réglementation, industrialiser le produit, gérer les crises (y compris la Covid), développer l’international, garder l’envie de travailler ensemble avec la taille (50 personnes) et les cultures différentes (France, US).
“Disneyland Paris nous a considérés dans sa même équipe et non comme un fournisseur.”
Le point de bascule a été quand notre premier gros client (Disneyland Paris) nous a considérés dans sa même équipe et non comme un fournisseur. Il voulait autant que nous que ça soit une réussite, et ce fut le cas grâce à eux, tout autant que grâce à nous. Ce n’est pas un hasard si un des clients de chez Disney nous a rejoints ensuite chez Dronisos.
Est-ce que vous intégrez le GenAI, les agents, dans vos logiciels ?
Nous n’avons pas intégré de GenAI au cœur de notre technologie. Nous l’utilisons comme toute autre entreprise pour optimiser certaines tâches existantes (prévisualisation de shows, gestion documentaire pour autorisation).

Est-ce que vous souhaitez vous étendre dans d’autres domaines ?
La crise sanitaire a fortement ralenti la croissance de Dronisos pendant deux ans, mais a permis d’accoucher d’une nouvelle entreprise sœur dans la sécurité et la défense nommée Icarus Swarms. Deux salles, deux ambiances, mais une même technologie partagée de vols de drones en essaim, en toute simplicité et fiabilité. Ensemble, nous avons décidé de ne pas participer avec Icarus Swarms à des scénarios offensifs (type drones kamikazés), mais uniquement à des cas d’usage défensif (remontée de données terrain via des capteurs, lutte anti-drones).

Les bras articulés et les technologies anti-drones, vous en pensez quoi ? Quid de la sécurité ? J’ai pensé à un drone espion, un drone terroriste au milieu de vos spectacles. Qu’a-t-il pu vous arriver de pire ?
Nous avons déjà fait des spectacles dans des lieux hautement sécurisés (palais du sultan d’Oman, fête nationale émiratie avec la famille royale, commémoration des attentats du 13 novembre avec E. Macron), donc nous avons appris à gérer la haute sécurité et les technologies anti-drones. Mais, après neuf ans, j’ai géré de nombreuses situations compliquées, que ce soit à Riyad pour un Nouvel An, au Bourget pour un sommet européen de ministres ou en Équateur avec un intermédiaire à moitié mafieux. Dans l’événementiel, nous sommes attendus à une heure donnée (pas d’excuse de l’effet démo), visibles de nombreuses personnes (sur place et en ligne), avec un potentiel incident technique qui ne pardonne pas (crash de l’ensemble des centaines de drones). Ça a tendance à mettre un peu de sel dans les relations humaines.


Une anecdote sur le spectacle le plus magique, ou le plus impressionnant, ou le plus difficile techniquement ?
Le plus impressionnant est probablement celui avec 3 000 drones, dont 200 drones avec pyrotechnie réalisé au-dessus du domaine de Saint-Cloud pour l’avant-première mondiale d’Avatar Fire & Ash. Pour moi, le plus marquant est certainement la prestation simple et poétique faite en novembre dernier pour la cérémonie d’hommage aux victimes du 13 novembre. Le plus fun est pour moi le karaoké géant organisé au-dessus du Colisée afin de permettre aux Romains de chanter en chœur avec Laura Pausini pour le lancement de son film documentaire.






