Deux polytechniciens au cœur de la mutation industrielle de Sanofi

Deux polytechniciens au cœur de la mutation industrielle de Sanofi

Dossier : Vie des entreprises, la santé entre dans une nouvelle ère | Magazine N°814 Avril 2026
Par Pierre BLANC (X04)
Par François DEROUX (X07)

François Deroux (X07) et Pierre Blanc (X04) comptent parmi les acteurs clés de la modernisation industrielle menée par Sanofi. Dans un secteur marqué par l’essor des biothérapies et par les enjeux de souveraineté sanitaire, ils expliquent comment l’entreprise adapte ses technologies, ses méthodes et ses compétences pour accélérer l’innovation et répondre aux besoins non satisfaits des patients.

Quels rôles occupez-vous aujourd’hui au sein de Sanofi ?

François Deroux : Je dirige la stratégie industrielle de la chimie, une technologie toujours essentielle même si la biotech et l’ARN messager gagnent en importance. La moitié des médicaments en développement sont encore des petites molécules issues de la chimie. Mon rôle consiste donc à anticiper les besoins, ajuster notre réseau industriel et préparer en interne les savoir-faire clés. C’est un exercice d’équilibre entre vision à long terme et capacité d’adaptation rapide, en lien étroit avec nos équipes techniques et scientifiques.

Pierre Blanc : Je dirige le site de Vitry-sur-Seine, devenu un pôle majeur de bioproduction. Ma mission est de faire converger des métiers très différents, de la recherche à la production en passant par le digital, la finance, les ressources humaines – soit plus de 13 fonctions différentes, pour transformer une innovation en médicament. Une usine fonctionne comme un ensemble cohérent, et mon rôle est de créer un cadre qui permette à chacun de contribuer efficacement. C’est une responsabilité où la technique, le management et le sens du patient se rejoignent.

Comment Sanofi s’adapte-t-il à l’essor de l’ARN messager et des biothérapies ?

François Deroux : Sanofi a choisi de maîtriser simultanément trois plateformes technologiques de pointe en France : petites molécules chimiques, vaccins et ARN messager, et anticorps. Elles couvrent toutes les étapes de développement et production des médicaments et vaccins de demain pour répondre à la diversité des besoins médicaux. Cela suppose des investissements importants, la modernisation des sites et le développement de nouvelles compétences. Cette intégration technologique est un atout décisif pour accélérer l’innovation.

Pierre Blanc : À Vitry-sur-Seine, cette évolution s’est traduite par une transformation en profondeur. Le site, historiquement centré sur la chimie, est devenu un acteur majeur de la bioproduction. Il a fallu pour cela construire de zéro nos bâtiments de production, adapter les laboratoires et notre chaîne logistique, repenser nos processus et recruter/former nos équipes pour créer une expertise biotech. C’était indispensable pour accompagner l’évolution scientifique de Sanofi.

 Site Sanofi de Sisteron.
Site Sanofi de Sisteron.

En quoi cet ancrage industriel contribue-t-il à la souveraineté sanitaire française ?

François Deroux : Plus de 30 % des médicaments produits par Sanofi pour le monde sortent de nos usines françaises. Nous investissons également 2,5 milliards d’euros par an dans la R&D en France. Cet ancrage industriel et scientifique renforce notre autonomie et notre résilience. Il reste toutefois nécessaire de rebâtir certaines filières européennes, notamment dans les matières premières chimiques.

Pierre Blanc : La souveraineté repose aussi sur la capacité des sites à se réinventer. La transition biotech de Vitry-sur-Seine montre qu’il est possible, en France, d’opérer des transformations majeures pour accueillir les technologies les plus avancées. Préserver les compétences et moderniser nos outils est essentiel pour sécuriser la production future.

Quels sont les piliers de la modernisation industrielle de Sanofi ?

François Deroux : Trois priorités guident notre action : standardiser, digitaliser, simplifier. L’IA et la data renforcent l’efficacité de la recherche, accélèrent les phases cliniques et rationalisent les étapes réglementaires. C’est un levier majeur pour accélérer le développement de candidats-médicaments amenés en clinique tout en maintenant un niveau d’exigence très élevé.

Pierre Blanc : En bioproduction, la modernisation passe par le développement de procédés toujours plus robustes et intelligents. Grâce à la data et à l’IA, nous identifions des leviers d’amélioration et de contrôle qui renforcent la maîtrise de nos process. Nous investissons également beaucoup dans la formation et dans l’organisation du travail. Cela contribue à redonner à l’industrie un pouvoir d’attraction que l’on avait parfois sous-estimé.

Quels sont les marqueurs actuels de l’innovation et de la production chez Sanofi ?

François Deroux : Nous produisons plus de cinq milliards de boîtes chaque année et permettons la vaccination de plus de 500 millions de personnes. Les avancées récentes confirment que notre stratégie d’innovation porte ses fruits. L’ambition est de lancer trente nouvelles molécules d’ici 2030, principalement en immunologie.

Pierre Blanc : L’accélération des lancements va de pair avec le rapprochement de la recherche et la production afin de réduire les temps de transitions entre l’un et l’autre et de permettre des avancées majeures sur nos process de fabrication. En biotechnologie, chaque étape est déterminante. Les équipes ont conscience du sens de leur travail, ce qui nourrit leur motivation. Cette fierté partagée est un moteur collectif très puissant.

Comment faites-vous collaborer des métiers aussi différents ?

François Deroux : La transversalité est essentielle. Les métiers scientifiques, industriels ou réglementaires doivent partager leurs contraintes et leurs priorités. La formation polytechnicienne, qui encourage la compréhension des logiques multiples, est un atout précieux dans cet environnement.

Pierre Blanc : Une usine fonctionne bien quand les responsabilités, les objectifs et les règles de travail sont clairs. Mon rôle est de poser ce cadre pour permettre la coopération. C’est un terrain de leadership concret, fondé sur la compréhension de l’ensemble du système industriel.

Quelles compétences sont essentielles pour soutenir la bioproduction en France ?

Pierre Blanc : L’excellence industrielle est au cœur du sujet. Produire à grande échelle, dans un environnement réglementé, exige une maîtrise scientifique solide et une organisation rigoureuse. Trois atouts sont indispensables : expertise scientifique, excellence opérationnelle et ambition technologique. Et il faut redonner aux ingénieurs le goût de l’industrie : ces métiers offrent des carrières modernes, variées et un impact réel sur la souveraineté européenne.

En quoi votre formation à l’École polytechnique vous est-elle utile aujourd’hui ?

François Deroux : L’X développe la curiosité, la rigueur scientifique et l’ouverture à la collaboration entre disciplines. Ces atouts sont essentiels pour évoluer dans un monde professionnel riche et diversifié. Ma quatrième année aux Mines de Paris m’a aussi donné une ouverture industrielle déterminante.

Pierre Blanc : L’agilité intellectuelle acquise à l’X est précieuse dans un secteur où les technologies évoluent très vite. Le modèle de formation, généraliste puis spécialisant, prépare bien à des environnements complexes comme la pharmacie et les biotechnologies.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes polytechniciens attirés par l’industrie pharmaceutique ?

François Deroux : Cultiver la polyvalence et l’envie de travailler à l’interface des disciplines. Les défis de santé actuels sont considérables, et, la pharma permet de contribuer directement à leur résolution. C’est un secteur où la science trouve une application immédiate.

Pierre Blanc : Il faut être curieux, adaptable et ambitieux. Il faut chercher du sens et ne pas hésiter à aller vers des métiers concrets. L’industrie est un lieu où l’impact est visible et où l’on peut contribuer à améliorer la vie des patients.  

https://www.sanofi.fr

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