Parc multi-énergies La Perrière, La Réunion.

Des hydrocarbures aux multi-énergies : la réinvention stratégique de TotalEnergies

Dossier : Vie des entreprises | Magazine N°813 Mars 2026
Par Stéphane MICHEL (X91)

De la réduction de l’empreinte carbone de l’exploration-production à l’essor accéléré des renouvelables, TotalEnergies déploie une stratégie équilibrée et ambitieuse pour répondre aux enjeux du climat et de la durabilité. La branche Gas, Renewables & Power, un des piliers de ce dispositif, incarne la volonté de l’entreprise de construire un pôle électrique tout en continuant à fournir le gaz dont le monde a besoin aujourd’hui. 

En tant que membre du comité exécutif et directeur général de la branche Gas, Renewables & Power, pouvez-vous nous présenter la vision d’avenir de TotalEnergies et sa transition vers une compagnie multi-énergies ?

Le changement d’identité de Total en TotalEnergies, en 2021, incarne notre volonté d’accompagner la transition énergétique en conciliant sécurité d’approvisionnement, accessibilité et durabilité. Cette stratégie, ancrée sur deux piliers, les hydrocarbures et l’électricité, irrigue l’ensemble de nos activités : il ne s’agit pas d’une évolution circonscrite à la seule branche Gas, Renewables & Power mais d’une dynamique collective où chaque entité de la Compagnie se mobilise pour réduire ses émissions et répondre aux enjeux climatiques. 

“ Notre ambition est que l’électricité représente 20 % de notre production d’énergies d’ici 2030, avec 100 à 120 TWh de production électrique à 70 % renouvelables.” 

Pour l’exploration-production, nous concentrons nos efforts sur la baisse drastique des émissions de gaz à effet de serre de nos sites, en visant notamment une réduction de 80 % de nos émissions de méthane en 2030 par rapport à 2020. Nous sommes déjà à moins 65 % à fin 2025. Dans le même temps, nous investissons dans le captage et le stockage géologique du carbone ainsi que dans des solutions de puits de carbone naturels. Dans le raffinage et la pétrochimie, nous travaillons à la reconversion de nos sites pour produire des biocarburants et des polymères à partir de graisses animales, d’huiles de cuisson usagées ou de déchets plastiques, en particulier pour les secteurs difficiles à décarboner comme l’aviation.

Notre secteur Marketing & Services évolue aussi pour accompagner l’essor des mobilités électriques avec, par exemple, le déploiement de 25 000 bornes de recharge en France. Enfin, nous développons de manière volontariste la production, le négoce et la fourniture d’électricité, notamment renouvelable, adossée au stockage par batterie et, lorsque c’est nécessaire, soutenue par des centrales à gaz pour garantir la stabilité de la fourniture d’électricité. D’ici 2030, notre ambition est que l’électricité représente 20 % de notre production d’énergies.

Pouvez-vous développer le rôle du gaz naturel et du GNL dans votre stratégie de transition énergétique ?

Le gaz naturel et le GNL (gaz naturel liquéfié) occupent une place fondamentale dans notre stratégie de transition : leur rôle dans le mix énergétique est d’accompagner le développement de l’électricité en assurant la sécurité et la stabilité des réseaux. En Europe et aux États-Unis, les centrales à gaz sont mobilisées lors des pics de demande ou des périodes d’intermittence des renouvelables. En Asie, le GNL et les centrales à gaz offrent une alternative concrète au charbon pour répondre à la croissance de la demande d’électricité tout en limitant son intensité carbone. 


“ Il vaut mieux privilégier des solutions plus efficaces et disponibles dès aujourd’hui plutôt que d’attendre la technologie parfaite qui mettra du temps à émerger.” 

Bien entendu, les centrales à gaz continuent à émettre du CO₂ mais notre approche se veut pragmatique : il s’agit d’avancer étape par étape, en diminuant progressivement mais sans relâche l’intensité carbone de l’énergie que l’on vend et que nos clients consomment. Dans cette dynamique, je considère qu’il vaut mieux privilégier des solutions plus efficaces et disponibles dès aujourd’hui plutôt que d’attendre la technologie parfaite qui mettra du temps à émerger et s’imposer. 

Enfin, si le nucléaire constitue une autre voie essentielle de production électrique décarbonée, nous faisons confiance aux entreprises spécialisées pour le développer, et préférons mobiliser nos compétences sur les énergies où notre engagement s’avère déterminant.

TotalEnergies se développe aussi sur la chaîne de valeur électrique. Pouvez-vous nous expliquer comment cette stratégie intégrée contribue à votre objectif de décarbonation et quels sont les défis associés à cette approche ?

Notre stratégie intégrée dans l’électricité vise à accompagner nos clients dans leur trajectoire de décarbonation, en leur proposant une énergie aussi faible en carbone que possible et à coût maîtrisé. Le remplacement des fossiles par l’électricité n’a d’impact positif que si cette dernière est décarbonée : c’est pourquoi nous avons investi, depuis plus de sept ans, dans le développement massif des renouvelables et nous avons aujourd’hui plus de 34 GW de capacité brute installée. Notre objectif est d’atteindre 100 à 120 TWh de production d’électricité dès 2030 – soit les trois quarts de la consommation électrique résidentielle française – à 70 % renouvelables. 

Ainsi, nous sommes en mesure dès aujourd’hui de proposer des solutions clés en main de « clean firm power » multi-géographies, qui s’appuient sur notre portefeuille intégré d’actifs renouvelables et flexibles – batteries et centrales électriques à gaz. Cette démarche concerne avant tout des marchés dérégulés, principalement aux États-Unis, en Europe et au Brésil, tandis que, dans certains pays partenaires de longue date, nos actions visent plutôt à accompagner leur propre transition énergétique.

La branche Gas, Renewables & Power va fêter ses dix ans d’existence. Quel est votre bilan à cette étape, et comment cette branche a-t-elle évolué pour répondre aux ambitions de TotalEnergies ?

Après cinq ans à la tête de cette branche qui s’apprête à célébrer sa première décennie, je tire un bilan très positif, à la fois sur la croissance de nos activités et la transformation que nous avons opérée. Le GNL s’est affirmé comme un pilier stratégique : nous sommes aujourd’hui solidement positionnés au troisième rang mondial, avec une part de marché d’environ 10 % et des projets majeurs au Qatar, aux États-Unis, au Mexique et en Malaisie. En Oman, l’usine Marsa LNG, tout électrique et alimentée par un parc solaire, est la preuve que nous pouvons produire du GNL en réduisant considérablement les émissions associées.

Mais au-delà du gaz, notre ambition « Integrated Power » s’incarne concrètement : nous avons déjà atteint 48 TWh de production électrique en 2025, dont plus de 30 TWh issus des renouvelables, neuf millions de clients en Europe, à qui nous fournissons de l’électricité et du gaz, et quelques gigawatts de batteries, tout en structurant notre activité de trading d’électricité. 

Cette croissance s’accompagne de la constitution d’équipes solides et passionnées : la branche regroupe aujourd’hui plus de 9 000 collaborateurs, dont la moitié chez Saft, notre filiale spécialisée dans les batteries. Je suis particulièrement fier d’avoir réussi à attirer et fidéliser ces talents, preuve selon moi, que la vision et l’aventure industrielle que nous proposons sont à la fois convaincantes et passionnantes. Ces savoir-faire nous confèrent un atout précieux et nous permettent de jouer aujourd’hui un rôle moteur dans le développement des énergies de demain.  


https://www.totalenergies.fr/

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