Dernier adieu à l’adjudant-chef Jean-Pierre Mouchel, instructeur d’équitation à l’X

Marwan Lahoud (X83) a assisté le 17 février dernier aux obsèques de l’adjudant-chef Jean-Pierre Mouchel, qui fut l’instructeur d’équitation à l’École polytechnique entre 1982 et 1992. À cette occasion, il a souhaité lui rendre un hommage que nous publions ici.
Cher Jean-Pierre,
C’est avec une immense tristesse et une certaine solennité que je prends la parole aujourd’hui. Je le fais au nom de dix générations de Cyrards (anciens de Saint-Cyr) et de Dolos (anciens de l’École militaire interarmes) et de dix générations d’X (anciens de l’École polytechnique) à qui, entre 1972 et 1982 à Coëtquidan et entre 1982 et 1992 à Palaiseau, tu as inculqué le sens du train et la vertu du soutien de la main intérieure, sans oublier, bien sûr, l’impérieuse nécessité d’ouvrir l’angle coxo-fémoral.
Nous fûmes tes élèves et je dois reconnaître que le premier contact pour une promotion qui arrive fut toujours un peu rude. Est-ce la tenue noire, que tu portes d’ailleurs en ce moment pour ton galop vers l’au-delà, ou est-ce ton niveau d’exigence, pas moins élevé que celui des professeurs de mécanique quantique ou de géométrie différentielle, je ne sais dire.
Mais, très vite, ta générosité et ton dévouement, ta tendance à tout donner au profit de tes élèves, quitte à te frotter à la hiérarchie, quitte à ce que ce soit à ton détriment, font que nous étions fiers et heureux de t’avoir comme maître de manège. Tu étais notre “Corbeau”, comme on disait, et nous faisions bloc à tes côtés.
Je nous vois en délégation constituée chez le général commandant l’École pour demander que tu restes en noir, bien que les Sports équestres militaires aient décidé, à l’époque, de réserver la tunique et les éperons d’or aux écuyers en poste à Saumur, alors même que l’origine de la tenue noire est d’habiller avec du drap foncé les instructeurs d’équitation et de réserver le drap coloré, plus rare et plus prestigieux, à leurs élèves. Le général nous a suivis et a envoyé balader les Sports équestres militaires et le commandement des écoles.
Je te vois aussi te sacrifier en confiant les chevaux de ton piquet à tes élèves pour qu’ils brillent en épreuve. Je te revois en larmes lors de nos victoires au tournoi sportif des grandes écoles militaires, fêté comme il se doit chez P’tit Lapin en la forêt de Brocéliande, et ton regard malicieux et pas peu fier quand tes élèves, avec les chevaux qui t’étaient destinés, remportaient haut la main l’épreuve militaire du Salon du cheval ou les prix Wattel et Gudin de Vallerin sur le Grand Parquet, au nez et à la barbe des professionnels de Fontainebleau et de Saumur.
C’était ta marque de fabrique. Tu préparais les chevaux pour les élèves, puis tu faisais les bons mariages. Netzke Fleurion à Debost, Manitou de Chamfeu à Rostand, Mignonne puis Phénix de Cotte à l’autre Rostand, Idriss à Larue puis à Debray, Microbe et Lunatic Crub au Libanais.
Des générations de cavaliers du Club A à Coëtquidan ont profité de ton travail micrométrique sur Islam, Évian. Java, mise au point par toi, brillait en épreuves internationales avec Faure, futur écuyer en chef
du Cadre noir, et je ne cite que les plus notables.
Bien plus tard, alors que tu avais l’oreille fendue, rendu à la vie civile, tu venais dans mes écuries et mes chevaux de concours bénéficiaient de ton travail précis, doux et éducatif. Je ne sais pas décider qui, de Jean-Pierre à cheval en tenue civile impeccable, chemise, cravate de chasse, veste en tweed, ou de l’adjudant-chef Mouchel en tunique noire, cravache à viroles et éperons d’or, était le plus élégant. Les deux, en tout cas Jean-Pierre et l’adjudant-chef Mouchel, savaient, dans la douceur, transformer un cheval et transcender sa beauté.
Cher Jean-Pierre, à l’heure de ce dernier galop, je pourrais passer des heures sur les bons moments vécus ensemble, tant les souvenirs se bousculent, l’un chassant l’autre. Je voudrais simplement te dire que ta fidélité, ton soutien, ton enthousiasme, ton entrain, ton humour, ton raffinement vont beaucoup nous manquer. Tu vas me manquer terriblement, mon cher Jean-Pierre !
Adieu l’ami !!!






3 Commentaire
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Merci Marwan pour cet article.
L’adjudant chef Mouchel était un personnage hors du commun .
Tu cites des brillants équitants de l’X. Pour les moins brillants, dont je faisais partie, je me souviens de sa phrase: » Extraction, éjection, fin du mouvement avant ! » qui accompagnait et dédramatisait nos chutes.
Magnifique témoignage. Je n’étais qu’un amateur du week-end, mais j’ai moi aussi été impressionné par l’engagement de l’adjudant-chef Mouchel. Même pour nous, qui ne montions que pour que les chevaux restent actifs tous les jours, il se donnait tout entier.
« Le général nous a suivis et a envoyé balader les Sports équestres militaires et le commandement des écoles. ». Hélas, cela n’aura duré qu’un an. A la rentrée 1988, Jean-Pierre a été contraint – il l’a très mal vécu d’ailleurs – de troquer le noir pour la jaspée (la TdF de l’époque). Il s’est « vengé » en se faisant confectionner par le maître-tailleur de Saumur un magnifique manteau trois-quarts, avec col demi-saxe et galons sur les manches ! C’est important d’être beau à cheval.