Décarboner la mobilité à grande échelle

Leader mondial des infrastructures autoroutières et aéroportuaires, VINCI Concessions déploie une stratégie proactive pour accélérer la transition vers une mobilité décarbonée. Du solaire à la recharge électrique, du zéro émission nette des infrastructures à la transformation des usages, son directeur général Nicolas Notebaert (X89) expose une vision résolument tournée vers l’action, l’innovation et l’attractivité des talents, où l’ingénierie se place au cœur du mouvement.
VINCI Concessions a récemment inauguré une centrale solaire à Clérac. Comment cette initiative s’inscrit-elle dans votre stratégie globale de décarbonation des infrastructures de transport ?
Cette démarche repose avant tout sur deux éléments structurants : la disponibilité foncière que nos infrastructures – ferroviaires, autoroutières et aéroportuaires – offrent, et la possibilité d’y coupler une logique de production photovoltaïque. Le long des axes linéaires ou à l’intérieur des zones aéroportuaires, nous avons identifié un potentiel de plus de 2 gigawatts-crête pour le développement du solaire. Ce gisement nous permet non seulement d’alimenter directement nos besoins propres – en termes de climatisation, chauffage, éclairage pour les bâtiments – mais aussi de contribuer concrètement à la transition énergétique du secteur et des territoires, en alimentant notamment les bornes de recharge qui équipent aujourd’hui 100 % de nos aires d’autoroutes.
La centrale de Clérac illustre ainsi une ambition industrielle de grande ampleur tout comme celle de 20 MWc déployée à l’aéroport Lyon-Saint-Exupéry. Au total, ce sont près de 100 mégawatts installés ou en cours d’installation sur notre réseau, avec pour principale contrainte le temps d’obtention des autorisations administratives. Pour structurer cette dynamique, nous avons créé notre filiale SunMind, dédiée aux renouvelables. Notre objectif est clair : mobiliser notre potentiel foncier pour accélérer la décarbonation de nos infrastructures et démontrer la capacité du secteur à agir de façon concrète pour sa transition énergétique et celle des territoires.
Les aéroports d’Édimbourg et de Salvador Bahia ont atteint un nouveau palier dans leurs actions de décarbonation. Pouvez-vous nous expliquer les mesures spécifiques mises en place dans le cadre du programme ACA4+ pour atteindre ces résultats ?
Nous sommes le premier opérateur privé mondial à engager tous nos aéroports dans une progression active de l’accréditation carbone. Convaincus que la mobilité aérienne reste indispensable, nous privilégions l’exemplarité : décarboner nos infrastructures pour entraîner l’ensemble du secteur. Nos aéroports d’Édimbourg et de Salvador de Bahia, récemment certifiés ACA4+, illustrent cette dynamique engagée dans des contextes très différents.
À Édimbourg, nous avons recours aux biocarburants pour les véhicules qui ne peuvent pas être tout de suite convertis à l’électrique. À Salvador de Bahia, la réduction des émissions de CO2 atteint 88 % grâce à deux centrales solaires et à l’utilisation exclusive d’énergies renouvelables. Nous avons également fixé des objectifs clairs : atteindre zéro émission nette pour les aéroports européens, y compris Édimbourg et Londres Gatwick, d’ici 2030, et s’aligner sur l’Accord de Paris pour l’ensemble de notre réseau en 2050. Cette stratégie s’appuie sur des actions concrètes : efficacité énergétique, (éclairages LED, systèmes de chauffage moins carbonés, etc.), production d’énergies renouvelables, électrification des véhicules de service et surtout, une collaboration renforcée avec nos partenaires pour pousser toute la chaîne aéroportuaire vers la décarbonation.
L’acquisition de l’opérateur aéroportuaire OMA au Mexique et des aéroports du Cap-Vert représente une expansion significative. Comment ces acquisitions influencent-elles vos efforts pour promouvoir la mobilité durable dans ces régions ?
Pour chacune de ces régions, nous appliquons notre approche systématique : déploiement de centrales solaires, généralisation de l’éclairage LED, décarbonation progressive de notre flotte de véhicules et achat d’électricité d’origine renouvelable lorsque l’autoproduction ne suffit pas. Notre modèle vise également à susciter une dynamique locale : au Mexique comme au Cap-Vert, nous espérons ainsi influencer l’ensemble de l’écosystème, du secteur touristique aux infrastructures associées.
Améliorer la durabilité de ses aéroports est un levier essentiel pour la compétitivité et l’attractivité du pays. Par ailleurs, nous travaillons activement au développement de liaisons aériennes directes, limitant ainsi le recours aux hubs et réduisant l’impact carbone des trajets – que ce soit au Mexique, en facilitant les connexions intérieures et vers les États-Unis, ou au Cap-Vert avec l’ouverture de vols directs depuis l’Europe. Enfin, notre présence dans ces pays nous permet de jouer un rôle de catalyseur auprès des compagnies aériennes, en diffusant les meilleures pratiques, comme l’usage de carburants d’aviation durables (SAF), pour accélérer la transition du secteur.
VINCI Concessions a récemment inauguré son premier site de recharge électrique en Allemagne. Quels sont vos plans pour développer davantage l’infrastructure de recharge pour véhicules électriques en Europe et au-delà ?
Nous abordons le développement de l’infrastructure de recharge électrique sous deux angles : d’une part, en déployant des bornes sur nos réseaux autoroutiers et, d’autre part, en opérant nous-mêmes des stations lorsque cela se révèle pertinent. En Allemagne, notre expérience des partenariats public-privé nous a permis de remporter trois lots de l’appel d’offres fédéral pour équiper ces infrastructures, grâce à un modèle soutenu par l’État en phase de lancement du marché. Notre priorité est d’assurer la performance et la rentabilité des installations existantes, en garantissant une expérience client optimale.
Parallèlement, nous veillons à ce que nos clients bénéficient partout d’une offre adaptée, sur autoroute ou au sein des parkings d’aéroports. Notre expertise s’étend encore à d’autres pays : des stations sont par exemple déployées à Lisbonne, Londres Gatwick et, au Japon, où l’aéroport d’Osaka héberge le plus grand parking pour véhicules électriques du pays. Nous souhaitons mettre à profit notre leadership dans la mobilité pour accélérer l’électrification des usages, en multipliant l’installation de bornes, et ce, parfois en tant qu’opérateur direct.
Quelles initiatives spécifiques avez-vous mises en place pour accélérer la décarbonation des infrastructures de transport en France ?
Sur le réseau VINCI Autoroutes, long de près de 4500 km nous offrons la plus forte densité de bornes de recharge électrique au monde parmi tous les réseaux en concession, garantissant la sérénité des trajets longue distance en véhicule électrique. Nous anticipons la montée en puissance de l’électromobilité et plaidons pour l’implication des pouvoirs publics afin de renforcer la capacité électrique lors des pics d’usage.
Nous innovons aussi avec la recharge dynamique par induction pour poids lourds, une première expérimentation mondiale est en cours sur l’A10, et multiplions les centrales solaires le long de nos axes. Dans les aéroports, nous visons le zéro émission nette d’ici 2030, à l’image de Toulon-Hyères (dès 2023, le premier en France) et de Lyon-Saint-Exupéry (en 2025) qui ont obtenu la certification internationale ACA 5, niveau le plus exigeant du programme de décarbonation aéroportuaire.
Enfin, pour compenser les émissions résiduelles, nous réalisons des programmes de reforestation locaux avec l’ONF. Notre ambition est de faire de la mobilité décarbonée une référence en France et en Europe, et d’exporter ce modèle à l’international.
En tant que directeur général Concessions de VINCI, quelle est votre vision pour l’avenir de la mobilité décarbonée au sein de votre entreprise, et quels défis anticipez-vous dans la mise en œuvre de cette vision ?
Notre vision est simple et réaliste : il est impératif de maintenir l’accès à la mobilité, tout en la décarbonant au maximum. En tant qu’entreprise de service public, VINCI Concessions doit montrer l’exemple, en décarbonant en priorité ses propres infrastructures et en offrant à ses clients, usagers et partenaires, des solutions concrètes. Nous sommes également engagés en interne, avec des véhicules électriques pour l’ensemble de nos cadres et la quasi-totalité de nos véhicules d’exploitation, selon les disponibilités techniques.
Le principal défi : préserver la mobilité pour tous sans alourdir son coût ou la rendre inaccessible, tout en convainquant nos parties prenantes d’adhérer à cette transformation. Pour y parvenir, nous misons sur l’exemplarité, une politique ambitieuse capable de concilier utilité publique, performance et transition environnementale, ainsi que sur la mobilisation de nouveaux talents. Il me paraît essentiel que les jeunes comprennent l’ampleur de l’enjeu : il faudra à l’avenir, plus que jamais, des ingénieurs et des esprits créatifs pour inventer et mettre en œuvre les solutions qui s’imposent, bien au-delà des postures idéologiques. C’est par la mobilisation de compétences, de travail et d’innovations concrètes que nous entendons être pleinement partie prenante de la solution.




