Portrait de Valérie CORIZZI (85)

De la recherche aux brevets

Dossier : TrajectoiresMagazine N°712
Par Pierre LASZLO

Comment une jeune étudiante découvrit la chimie en prépa, intégra l'X en considérant que les autres matières lui faisait perdre du temps, fit une thèse de doctorat. A ce moment le poste en recherche prévu n'était plus disponible, elle se tourna vers le service brevets, métier dont elle devint un expert reconnu.

Elle se sent bien au Brésil, où elle aime voyager. Sensible à la grande différence des cultures, elle s’y trouve néanmoins chez elle, s’y ressource.

La conscience qu’ont les Brésiliens de vivre dans un lieu privilégié, notamment pour la beauté de ses paysages – « un paradis » selon certains –, résonne avec sa propre joie de vivre, rayonnante.

La joie de vivre

UN EXPERT RECONNU

Valérie Corizzi est expert en brevets auprès de la cour d’appel de Paris, ils sont une demi-douzaine seulement en France.
Depuis deux ans, elle enseigne à l’École des barreaux, deux fois par an.
En 2015, elle devient également médiateur auprès de l’Office mondial de la propriété intellectuelle : « une autre approche, plus humaine, des litiges ».

Parce qu’elle-même bien dans sa peau, elle vous met à l’aise. De son père, entrepreneur en bâtiment, elle tient le goût des relations humaines et des voyages. Elle fit ses études dans un lycée de la banlieue de Nantes, tenu par des Dominicains, du CE1 au bac.

Puis ce fut la prépa à Ginette, dont elle adora l’ambiance, avec de remarquables enseignants comme, en physique- chimie, MM. Beynier et Heertz.

Sa passion pour la chimie se confirma à ce moment.

Le goût de la chimie

Elle fit son service national dans l’artillerie, en Allemagne, après une formation à Draguignan. Le sport pratiqué à l’École fut la gymnastique.

“ Parce qu’elle-même bien dans sa peau, elle vous met à l’aise ”

Quant aux cours qu’elle y suivit, elle estime avoir perdu beaucoup de temps, « étant décidée à poursuivre une carrière dans la chimie et ayant peu de goût pour les mathématiques, j’aurais pu acquérir en trois mois au lieu de trois ans les matières qui m’ont été utiles par la suite ».

Ce fut ensuite une thèse de doctorat en chimie organique, de 1988 à 1991, dans un laboratoire de l’École nationale supérieure de chimie de Paris.

La fibre des brevets

Puis elle devint spécialiste des brevets. « La société Hoechst n’a pas seulement financé ma thèse de doctorat, j’étais engagée pour travailler chez eux. À quinze jours de la soutenance, ils m’ont fait savoir qu’il n’y avait plus d’embauche en recherche.

Ils m’ont proposé de m’occuper de la valorisation des produits de la recherche : j’ai accepté mais c’était trop commercial, je n’avais pas du tout cette fibre-là. »

Puis le responsable des brevets chez Hoechst-France prit sa retraite. Valérie Corizzi le remplaça : « Ça m’a emballée, ça m’a tout de suite plu. »


Dessin : Laurent Simon

Après vingt ans d’exercice du métier d’ingénieur brevet, en industrie et en cabinet de conseil, dont plusieurs passées à la tête d’une équipe, en 2014 elle crée son cabinet, PACT-IP.

Trouver la bonne stratégie

L’attrait de son métier ? Multiple : très riche, il touche à des domaines techniques très divers, avec une grande variété de rôles, en fonction des clients. Ceux-ci vont d’une petite start-up à une multinationale, la recherche publique aussi.

Une variété de contraintes matérielles, sous lesquelles élaborer autant de stratégies différentes. Le suivi d’une société ou d’un projet sur le moyen et le long terme.

« La gestion d’un litige : passionnant, une partie d’échecs. […] Trouver à plusieurs la bonne stratégie. Donner le bon conseil au bon moment. Fournir des conseils sur tout ce qui touche à l’innovation.

[…] On rencontre des inventeurs heureux, alors que leurs travaux viennent d’aboutir. On doit se projeter dans l’avenir pour essayer d’envisager tous les développements que leur invention pourra englober.

“ On s’endort avec un problème, on se réveille avec une solution ”

C’est absolument passionnant. Je suis stupéfaite par la beauté et la richesse de certaines inventions. »

La prégnance du métier ? « On s’endort avec un problème qui vous tourne en tête, on se réveille avec une solution. »

Le brevet dont elle est le plus fière ? Celui sur un procédé de purification du bleu de méthylène, une petite société ayant trouvé un procédé pour en ôter les contaminants métalliques.

La poursuite de l'excellence

Les exigences de ce métier : la poursuite de l’excellence, sans jamais se reposer sur ses lauriers, la remise en question permanente de ses propres connaissances.

Les avantages : le côté pluridisciplinaire, l’émulation continuée, à se frotter à la créativité des inventeurs, la variété des tâches, comme la formation de juniors ou l’encadrement d’une équipe : « On ne s’ennuie jamais, il y a peu de place pour la routine. »

Le cours de sculpture de Jean-Paul Luthringer, à l’X, chez elle fit germer une graine : peinture et céramique continuent d’être son espace de liberté, des moyens pour se ressourcer. Les oeuvres qu’elle produit sont superbes.

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