De la montagne Sainte-Geneviève au plateau de Saclay
C’était il y a presque 60 ans… Face à la nécessité de déplacer l’École polytechnique hors de Paris, un ambitieux concours d’architecture rassemble près de quatre-vingts candidats pour concevoir un campus sur le plateau de Saclay. En 1967, après plusieurs sélections, le projet innovant d’Henry Pottier est retenu, marquant un tournant dans l’histoire de l’institution.
C’est la « commission des 400 », formée pour étudier le passage de 300 à 400 élèves par promotion, créée en 1961, qui conclut à la nécessité d’un déplacement de l’École hors de Paris. Une évidence finalement, après les multiples extensions de son site du Collège de Navarre, dont certaines avaient conduit à la destruction des parties médiévales du site, en partie sous l’égide de Gustave Umbdenstock – architecte prolifique et professeur d’architecture à l’École. Le site du plateau de Saclay est proposé en 1963, choisi en 1964. S’ensuit une longue phase de programmation dirigée par Louis Armand (X1924), nourrie de voyages aux États-Unis qui permettront notamment de réfléchir à un modèle de campus français (HEC, Centrale et Polytechnique programment leurs déménagements à la même période). Puis en 1965 le concours d’architecture est lancé. Quatre-vingts architectes y répondent, une vingtaine de projets sont rendus et trois équipes sont déclarées finalistes.
En juin de l’année 1967, la maquette de la nouvelle École polytechnique est exposée aux Invalides.

À propos du choix des lauréats, on peut lire : « À Polytechnique, plus qu’ailleurs, l’architecture doit exprimer la modernité, mais aussi la puissance de l’École : les architectes primés ont répondu aux contraintes du concours qui imposait un ensemble “de grande tenue”. Le projet de Pottier n’est pas le plus monumental : Jacques Langlois et le groupe ACTUA imaginent de placer l’École au bout d’une longue avenue rectiligne qui débouche sur une immense cour d’honneur ; placée à droite de l’entrée monumentale, la haute tour de commandement domine le lac artificiel. »
En 1967, c’est le projet de Pottier qui est retenu. « Nous avons voulu que [le hall] soit non seulement imposant mais spécifiquement celui d’une école où les mathématiques et techniques règnent en maîtres », Henry Pottier (Arch. EP, titre 1, section 2, carton 4. « La nouvelle École polytechnique. Considérations architecturales » p. 6).

Esquisses intermédiaires qui illustrent la démarche de Pottier. © Fonds Pottier, Cité de l’architecture et du patrimoine
Plusieurs versions en sont développées et la proposition finale de Pottier se développe autour d’un cardo (axe principal nord-sud) et d’un decumanus (axe transversal est-ouest). Sur l’axe principal, le cardo, sont distribuées les fonctions des plus institutionnelles aux plus « domestiques », de la cour d’honneur au Bataclan jusqu’aux caserts. Le Grand Hall est le lieu de son intersection avec l’axe transversal, le decumanus qui relie les équipements sportifs aux laboratoires (« du corps à l’esprit »). Une organisation très rigoureuse dont l’enseignement – le Grand Hall – constitue le cœur et qui vise à créer un système ouvert, adapté aux évolutions futures de l’établissement.
Ressources :
- Au sujet de la planification du déménagement, la Sabix a fait un remarquable travail de récolte de documents et de synthèse ; le bulletin n° 65 de 2020 est disponible en ligne : https://journals.openedition.org/sabix/2613
- Christian Hottin : Les délices du campus ou le douloureux exil. L’architecture scolaire, essai d’historiographie internationale (Anne-Marie Châtelet et Marc Le Cœur dir.), numéro spécial de la revue Histoire de l’éducation, 2004, n° 102, mai 2004)





