David Morgant (86), l’engagement comme ligne de vie

Dossier : TrajectoiresMagazine N°743
Par Pierre LASZLO

À narrer son parcours et à dire cet homme, les clichés se bousculent : la cinquantaine sportive ; la probité candide ; l’obsession du bien public ; celle d’améliorer la condition des démunis. C’est ainsi — sa bonté toute lucide est désarmante. Comme sa parole, fluide, car constamment précise et amicale.

Constance de l’engagement

Lorsque je l’ai rencontré à nouveau, fin avril 2018, il s’apprêtait à faire bénéficier l’agglomération de Chaumont, 40 000 habitants, d’un prêt de la Banque européenne d’investissement (BEI), pour y monter une usine ultramoderne d’aéronautique. La position de la BEI est d’intervenir là où le marché est défaillant, en substitut des investisseurs privés. Après avoir débuté sa carrière à l’Agence française de développement (AFD), David Morgant fut, cinq ans durant, directeur général de l’Établissement public d’aménagement du Mantois Seine-Aval (Epamsa), une fonction où il côtoya de grands fauves du monde politique.

Être ou ne pas être… politique ?

Lui-même fut tenté d’entrer en politique, il se porta candidat aux élections cantonales, puis législatives en 2017, mais fut laminé par les professionnels. Ce chrétien convaincu se reconnaît à présent dans le pape François. Cet homme aux convictions et à l’action de centre gauche se sent représenté au mieux par Emmanuel Macron, alors que lui-même ne se vit confier aucun mandat pour porter les idées que le Pape et le Président illustrent. Il est peut-être déçu d’avoir raté le coche Macron, auprès du gouvernement duquel il pressent qu’il aurait pu apporter une solide expérience de terrain.

Son positionnement politique est en partie hérité : son père, pharmacien dans un bourg de 2 000 habitants du Pas-de-Calais, fut maire de sa commune et conseiller général.

 

“C’est en se donnant qu’on reçoit”

 

De l’X vers les sommets

Après des études faciles au lycée de Saint-Omer, David fut admis à Ginette. Ce fut dur, mais il ne cessa de progresser dans les classements. Collé à tous les concours en 3/2, il les réussit tous en 5/2, la Rue d’Ulm y compris. Puis il fit son service militaire, très formateur, dans l’arme blindée cavalerie. Dans la foulée de sa réussite au concours d’entrée à l’X, une famille amie lui octroya en vallée de Chamonix la révélation de la haute montagne, par l’ascension de l’Aiguille d’Argentière (3 901 m). Son plus beau souvenir d’alpinisme est d’avoir grimpé l’Aiguille verte (4 122 m), via le vertigineux (45-50°) couloir de glace Whymper menant à son sommet.

À l’École, il s’engagea dans l’action sociale de la Kès, dont l’instruction scolaire de détenus ; avec le souvenir glorieux de la révélation des nombres négatifs pour l’un de ses élèves. L’aumônerie, tenue par un père jésuite, lui laisse un autre souvenir fort. Sa scolarité fut bien occupée car, à Palaiseau, il prépara le concours d’entrée à l’ENA, préparation qui compléta utilement une formation, autant poly-azimuts que poly-scientifique.

L’engagement, toujours

Ensuite ? Le vaste monde, et l’aide aux déshérités. D’abord en Amérique latine, par une expérience à la base. Elle le changea du discours « vous êtes l’élite de la nation », dont on lui avait rebattu les oreilles sur le Plateau. « C’est en se donnant qu’on reçoit » devint sa ligne directrice. Puis au Sénégal, dans le cadre de l’Agence française de développement (AFD), le dialogue des cultures, cher à Léopold Sédar Senghor, mais que David Morgant ancra dans sa propre vie, personnelle et familiale.

De retour en France, ils élevèrent avec sa femme une famille franco-sénégalaise — et David opta pour la double nationalité. Sa philosophie de l’éducation ? Agir avec une constante bienveillance — qu’il pratique à l’envi et peut-être à l’excès, se demande-t-il — avec ses deux enfants, 14 et 10 ans en 2018.

Il eut aussi une initiative, qui fit du foin dans les médias : les « Dix jours sans écrans » — de télévision, jeux électroniques et téléphone. Ce défi — une réussite — fut organisé à l’école Elsa-Triolet, à Nanterre, réédité encore sous son impulsion en mai 2018.

Pour se maintenir en forme, il fait du sport, natation, vélo et alpinisme encore. Il trouve du plaisir aussi dans la lecture qui forme son écriture fluide, concise et précise.

Le personnage historique qu’il admire le plus est Jaurès, un tribun certes, un grand intellectuel aussi, qui néanmoins sut rester au plus près de son peuple.

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