Construire une science de l’homme. Antoine Raucourt, un polytechnicien engagé (1789-1841)
Au premier abord, l’ouvrage d’Hélène Vérin surprend, Antoine Raucourt (X1809) n’étant probablement connu que de quelques spécialistes, historiens des techniques ou des sciences sociales ou philosophes héritiers du positivisme. Heureusement, derrière le sous-titre Un polytechnicien engagé (1789-1841) émerge un personnage très impliqué dans les progrès de son métier d’ingénieur, comme dans les débats sociaux de son époque à la recherche d’un nouvel équilibre de la société française dans ces temps postrévolutionnaires. Tout au long de sa vie parfois chaotique d’ingénieur des Ponts et Chaussées, Raucourt a laissé une profusion d’écrits : des mémoires et traités scientifiques fondés sur ses expérimentations techniques, ainsi que ses cours de philosophie positive et le compte rendu des formations données dans ses actions sociales de philanthrope.
De ces écrits se dégage une sorte d’autobiographie dans laquelle Raucourt réconcilie les discontinuités de son parcours professionnel dans la cohérence d’une histoire intellectuelle linéaire guidée par la fondation d’une science de l’homme aussi légitime que les sciences physiques. L’ouvrage d’Hélène Vérin nous invite à une passionnante immersion dans les premières décennies du XIXe siècle, marquées par l’émergence de la société industrielle et l’effervescence intellectuelle et idéologique des nouvelles élites dirigeantes. Raucourt y a largement contribué, non comme théoricien mais comme praticien, à côté des utopistes, des saint-simoniens, des positivistes, avec son projet d’élaborer une « physique philosophique » de l’homme, à la fois science sociale fondée sur la stricte observation des faits et projet d’éducation nationale visant le développement de l’autonomie du sujet.



