« Conjuguer transformation financière et politique industrielle »        

Dossier : Vie des entreprises | Magazine N°817 Septembre 2026
Par Bertrand RAMBAUD
Par Benoît DESFORGES (X04)

Le private equity s’impose comme un levier clé pour accompagner la transformation des entreprises industrielles. Avec le Fonds France Nucléaire, Siparex soutient un tissu stratégique au cœur des objectifs de souveraineté et de décarbonation. Objectif : conjuguer performance financière
et renforcement durable de la filière.

De votre formation à Polytechnique au métier d’investisseur, qu’est-ce qui vous a conduit à rejoindre le Groupe Siparex et prendre la responsabilité du Fonds France Nucléaire ?

Benoît Desforges : Mon parcours s’inscrit dans une quinzaine d’années au sein de l’industrie nucléaire, notamment chez TechnicAtome, où j’ai occupé des fonctions à la fois stratégiques et opérationnelles au comité exécutif. Cette entreprise conçoit et fabrique notamment les réacteurs embarqués pour les sous-marins et porte-avions, avec des exigences extrêmement élevées. J’y ai exercé des responsabilités en développement, en stratégie, en commerce, mais aussi en direction d’un établissement réparti sur plusieurs sites, ainsi que dans les domaines techniques et d’innovation.

Avant cela, j’avais un profil d’ingénieur projet, puis une expérience en finance, ce qui m’a progressivement conduit à m’intéresser à la structuration économique des filières industrielles. Cette trajectoire m’a permis d’acquérir une vision complète de la chaîne de valeur nucléaire, de la conception à la réalisation, jusqu’au maintien en condition opérationnelle d’équipements critiques.

J’ai ainsi été immergé dans une filière qui a connu des cycles très contrastés, avec des phases de forte promotion, puis de retrait, avant de revenir aujourd’hui au premier plan. Cela m’a sensibilisé à un enjeu central : la solidité du tissu industriel. Du point de vue des grands donneurs d’ordre, la capacité à disposer d’acteurs compétents, capables d’investir et de se projeter dans la durée, est essentielle pour répondre à des enjeux de souveraineté.

Le lancement du Fonds France Nucléaire en 2021 s’est donc inscrit pour moi dans une forme de continuité logique. Rejoindre Siparex début 2022 m’a permis de passer du côté du financement, avec l’objectif d’accompagner ces entreprises. Notre approche consiste à conjuguer logique d’investissement et contribution à une politique industrielle, en soutenant des acteurs disposant de compétences clés pour la filière.

L’idée de créer un fonds dédié à la filière nucléaire est originale ; en quoi le FFN est-il différent des autres fonds, quelles sont ses caractéristiques et ses spécificités ?

B.D. : Le Fonds France Nucléaire se distingue par sa double lecture : il s’agit à la fois d’un outil de performance financière et d’un levier de politique industrielle. Il a été initié par EDF et l’État, dans un contexte où le nucléaire n’était pas encore redevenu central. L’idée était déjà de maintenir et d’investir dans un socle d’acteurs compétents, capables de traverser les cycles et de se développer.

Aujourd’hui, avec la relance du nucléaire, le contexte est profondément différent. Les objectifs sont considérablement renforcés, qu’il s’agisse de financement, de capacité industrielle, de consolidation ou de montée en puissance des acteurs. Le fonds cible des entreprises reconnues par la filière et par les grands donneurs d’ordre, afin de les accompagner dans leur développement.

Dans certains segments comme l’ingénierie, les enjeux portent sur la consolidation. Dans d’autres, composés de nombreux acteurs industriels, il s’agit d’accompagner la structuration et les investissements nécessaires. L’objectif est d’identifier les entreprises disposant des bonnes compétences et de les aider à accélérer leur trajectoire, en cohérence avec les attentes de la filière.

“ Accélérer la transformation des entreprises.”

Le premier fonds a investi dans onze entreprises et a démontré qu’il était possible de conjuguer politique industrielle et performance financière. Certaines ont été accompagnées sur l’ensemble du cycle, de l’entrée à la sortie, avec des résultats très positifs. Le second fonds s’inscrit dans cette continuité, avec un changement d’échelle significatif : il triple de taille, renforce les ressources et bénéficie d’un contexte désormais très porteur.

En quoi le développement d’une stratégie d’investissement sectorielle dans le nucléaire s’inscrit-il dans la plateforme de Siparex ?

Bertrand Rambaud : Siparex est une plateforme multi-stratégies combinant activités de financement en private equity, private debt, venture capital, et expertises sectorielles (nucléaire et transition énergétique), avec 4,3 milliards d’euros sous gestion. Le nucléaire s’inscrit naturellement dans cette organisation, notamment en raison de notre ancrage historique dans les territoires et de notre fort engagement dans les entreprises industrielles, qui représentent une part significative de nos investissements et de notre ADN.

L’initiative du fonds ne vient pas de Siparex, mais d’EDF et de l’État, qui ont lancé un appel d’offres à la sortie du Covid. Notre mission a été de remporter cet appel d’offres puis de structurer une équipe et un dispositif capables d’y répondre efficacement. Nous avons été particulièrement mobilisés, car ce projet s’inscrivait pleinement dans notre vision d’un capital-investissement au service de l’économie réelle et des filières stratégiques.

Le nucléaire est un secteur d’excellence français, avec un tissu d’entreprises souvent duales, capables d’intervenir sur plusieurs marchés et de porter des savoir-faire critiques. Il offre des perspectives de croissance importantes, avec des besoins d’investissement et de consolidation élevés. Le succès du premier fonds, puis le triplement du second, illustrent la pertinence de ce positionnement et la confiance croissante des investisseurs dans ce modèle.

En tant qu’ancien Président de France Invest et actuel Président de Siparex, quelle est votre vision du rôle et de l’importance du private equity dans le financement de l’économie ?

B.R. : Nous évoluons dans un contexte marqué par une succession de crises, qui rend l’environnement économique particulièrement complexe et instable. Pourtant, dans ce cadre, le rôle du private equity n’a jamais été aussi essentiel. Les entreprises doivent se transformer en continu, croître, atteindre une taille critique et souvent se projeter à l’échelle européenne pour rester compétitives. Notre rôle ne se limite pas à l’apport de capitaux. Nous intervenons comme des accélérateurs aux côtés des dirigeants, sans jamais nous substituer à eux.

Cela se traduit concrètement par un accompagnement dans les stratégies de croissance externe, par l’apport d’expertises sectorielles ou encore par une meilleure compréhension d’environnements spécifiques comme le nucléaire, qui implique des contraintes techniques, réglementaires et organisationnelles fortes. Le private equity joue également un rôle déterminant dans la transmission des entreprises, notamment dans un contexte de renouvellement générationnel.

Les entreprises accompagnées affichent des trajectoires de croissance significativement supérieures, ce qui contribue directement à la structuration du tissu économique, au renforcement de la souveraineté industrielle et à la compétitivité globale.

Où mieux qu’en France, pour conjuguer ces grands enjeux…

B.D. : La France dispose d’atouts majeurs, avec une industrie du private equity particulièrement mature à l’échelle européenne et une filière nucléaire reconnue pour son excellence. Le Fonds France Nucléaire illustre concrètement cette convergence entre financement privé et politique industrielle, au service d’enjeux de souveraineté, d’indépendance énergétique et de décarbonation.

Le second fonds réunit l’ensemble des grands donneurs d’ordre (EDF, Framatome, Orano, TechnicAtome, CEA, Andra) aux côtés d’investisseurs institutionnels. Cette configuration crée un effet de levier particulièrement puissant, attire des capitaux complémentaires et renforce les capacités d’accompagnement des entreprises. Elle permet également de favoriser les interactions et les synergies entre acteurs de la filière.

B.R. : Ce modèle, initié sous l’impulsion de l’État puis porté par des acteurs privés, constitue aujourd’hui un outil structurant et reconnu. Il démontre qu’il est possible d’aligner performance financière et ambition industrielle, tout en ouvrant progressivement le dispositif à une dimension européenne.  

Pour en savoir plus : https://www.siparex.com/

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