Company Project : innovation et réseaux au service d’une industrie circulaire

Company Project : innovation et réseaux au service d’une industrie circulaire

Dossier : Vie des entreprises | Magazine N°809 Novembre 2025
Par Jean-Baptiste SANDOZ

Face à l’urgence de transformer l’industrie vers des modèles plus sobres et circulaires, Company Project incarne une vision pragmatique et collaborative où le déchet devient ressource. Convaincu que la réussite passe autant par des innovations technologiques que par la création de réseaux associant industriels, institutions et chercheurs, Jean-Baptiste Sandoz plaide pour une économie circulaire de terrain, adossée à des indicateurs d’impact robustes et portée collectivement jusqu’à Bruxelles.

Selon vous, quels leviers technologiques et organisationnels sont aujourd’hui les plus déterminants pour accélérer la transformation de l’industrie vers des modèles pleinement circulaires ?

Pour accélérer la transformation de l’industrie vers des modèles pleinement circulaires, il est essentiel de considérer le déchet non plus comme une simple fin de vie, mais comme une véritable ressource. Si nous sommes capables de concevoir un objet, nous pouvons également le retraiter et le réindustrialiser, évitant ainsi d’extraire en permanence des ressources vierges. Le véritable changement de perspective réside dans la capacité à reconnaître la valeur de ce que l’on considère habituellement comme des rebuts. Dans cette dynamique, chacun a sa place : artisans, PME, comme industrie lourde participent ensemble à un écosystème de solutions complémentaires, car l’économie circulaire ne se limite pas à une seule voie, mais repose sur la pluralité et l’articulation de différents modèles.

Du point de vue technologique, certains leviers sont déjà bien identifiés, tels que la robotisation du tri, l’amélioration des lignes de lavage, l’extrusion ou encore le recyclage chimique. Cependant, l’essentiel ne se joue pas uniquement sur le terrain technique. Le principal moteur de l’économie circulaire est, selon moi, organisationnel : il s’agit de bâtir de véritables écosystèmes territoriaux où collectivités, industriels, artisans et chercheurs s’unissent, partagent leurs expertises et avancent ensemble. C’est dans cette capacité à fédérer des compétences et des énergies à l’échelle locale et régionale que réside le point de bascule : c’est ainsi que le passage à l’économie circulaire deviendra une réalité concrète et durable pour l’industrie.

Company Project a construit son modèle notamment autour de la transformation des déchets en ressources. Quels ont été les principaux défis techniques et organisationnels rencontrés pour industrialiser ces solutions et comment les avez-vous surmontés ?

Pour industrialiser la transformation des déchets en ressources, Company Project a dû relever plusieurs défis majeurs, tant techniques qu’organisationnels. Le premier enjeu a été de démontrer que l’économie circulaire ne se construit pas dans l’abstraction, depuis un simple bureau, mais trouve sa réalité sur le terrain, au contact des spécificités de chaque territoire. En effet, chaque région présente ses propres contraintes en matière de foncier, d’énergie, de logistique ou encore de culture industrielle, rendant illusoire l’idée d’appliquer partout une théorie uniforme.

Un autre obstacle, et non des moindres, réside dans la complexité administrative : en France, l’obtention d’une autorisation environnementale (ICPE) demande souvent plus d’un an, quand ce même processus est deux à quatre fois plus rapide ailleurs en Europe. Cette lourdeur administrative constitue un frein important à la réindustrialisation. Enfin, le facteur temps demeure un défi constant : convaincre les parties prenantes, mobiliser les financements, recruter et former les équipes puis réussir à aligner durablement tous les acteurs impliqués exige une énergie considérable.

Pour surmonter ces obstacles, il m’a fallu adopter une approche patiente et résiliente, avancer étape par étape, m’entourer de partenaires solides et rester constamment dans la recherche de solutions concrètes. J’ai aussi la chance d’être conseillé par des personnalités d’expérience telles que Dominique Perben et Romain Grau, dont le soutien et les conseils enrichissent la démarche de Company Project.

Quelles méthodes Company Project met-elle en œuvre pour développer et animer des partenariats efficaces avec les différents acteurs, publics, privés et associatifs dans l’économie circulaire ?

Pour développer et animer des partenariats efficaces, nous partons toujours d’un problème concret afin de fédérer les acteurs institutionnels, industriels, académiques, associatifs ou artisans les plus pertinents autour du projet, dans une vision à 360°. Cette dynamique intégrant trois dimensions majeures : l’économique, le social et l’écologique. Sur le plan économique, le déchet est considéré comme une véritable ressource, et l’enjeu du recyclage devient stratégique : en France, le manque de valorisation des déchets se traduit, par exemple, par le versement annuel de 1,5 milliard d’euros à Bruxelles au titre de la contribution plastique, des fonds qui pourraient utilement financer les filières du recyclage.

L’approche sociale est également centrale, puisque chaque projet porté par Company Project vise à créer des emplois locaux, à proposer des formations et à offrir des opportunités à des personnes éloignées de l’emploi. Enfin, l’impact écologique se manifeste concrètement par la réduction de l’enfouissement et de l’incinération, impliquant moins d’émissions de CO₂ et une meilleure préservation des ressources naturelles. Un exemple de cette démarche partenariale se trouve dans le Grand Est, où Company Project a constitué un consortium avec l’INSA Strasbourg, l’institut Carnot MICA et plusieurs industriels : ici, ce sont la recherche, la chimie, la technologie et le pragmatisme du terrain qui se rencontrent, donnant naissance à des projets concrets issus de cette logique de réseau.

Comment mesurez-vous l’impact environnemental et socio-économique des actions menées par Company Project, et quels indicateurs jugez-vous essentiels pour évaluer l’efficacité d’une démarche d’économie circulaire à grande échelle ?

Pour mesurer l’impact des actions menées par Company Project, nous nous appuyons sur une approche globale qui prend en compte à la fois les aspects environnementaux, sociaux et économiques. Sur le plan environnemental, nous évaluons notamment les tonnes de déchets évitées, le taux de circularité des matières, la réduction des émissions de CO₂ ainsi que les économies d’eau et d’énergie réalisées. D’un point de vue social, notre attention se porte sur la création d’emplois, le nombre d’heures de formation dispensées et l’insertion réussie de personnes éloignées de l’emploi.

Enfin, l’impact économique se mesure à travers le chiffre d’affaires généré par les matières premières secondaires et la richesse réinjectée au sein des territoires. Cependant, deux indicateurs me semblent particulièrement déterminants pour juger de l’efficacité d’une démarche d’économie circulaire : le taux de réintégration des matières recyclées dans l’industrie et le nombre d’emplois durables créés. Ce sont ces marqueurs qui témoignent véritablement de la transformation des déchets en ressources et de la création de valeur pour la société.

Selon vous, quelles propositions concrètes ou quelles pistes structurantes devraient être explorées ou mises en œuvre au niveau européen pour accélérer la structuration de l’économie circulaire et aboutir à des modèles industriels véritablement durables ?

Pour accélérer la structuration de l’économie circulaire et bâtir des modèles industriels réellement durables au niveau européen, il me paraît indispensable de dépasser le stade des discours et d’agir concrètement. D’abord, l’harmonisation des règles et des prix est essentielle : tant que l’exportation des déchets restera économiquement plus avantageuse que leur traitement local, il sera impossible de construire une économie circulaire solide.

Ensuite, l’accès aux financements doit être simplifié. Je défends l’idée de créer un Guichet unique digital européen, rassemblant les dispositifs tels que LIFE, FEDER, FSE+ et les aides nationales afin de faciliter les démarches, notamment pour les TPE et PME qui n’ont pas les moyens d’engager des spécialistes pour monter des dossiers complexes. Enfin, la formation à grande échelle s’impose : la transition nécessitera des profils variés, qu’il s’agisse d’ingénieurs, de chimistes, d’opérateurs qualifiés ou encore d’artisans. Sans l’engagement des femmes et des hommes qui porteront ces solutions, aucune avancée n’est possible.

En tant qu’Ambassadeur français du Pacte Climat à la Commission européenne, je transmets ce message à Bruxelles : l’économie circulaire est la clé, et je suis convaincu qu’elle représente le modèle industriel de demain. À l’heure actuelle, elle complète l’économie linéaire en valorisant les flux résiduels, mais elle doit rapidement devenir un pilier central de nos systèmes productifs et un moteur de la transformation économique mondiale.  

https://companyproject.eu/

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