Clipperton BANQUE D’INVESTISSEMENT DÉDIÉE À LA TECH EUROPÉENNE

Clipperton, banque d’investissement dédiée à la tech européenne

Dossier : Vie des entreprises | Magazine N°817 Septembre 2026
Par Thibaut REVEL (X93)

Polytechnicien (X93), Thibaut Revel a rejoint Clipperton en 2009. Fondée en 2003, la banque d’affaires s’est développée en se consacrant exclusivement au numérique, du logiciel à la deep tech. L’équipe réunit aujourd’hui près de 60 professionnels, principalement à Paris et en Allemagne, avec un ADN franco-allemand assumé. En 2025, Clipperton a franchi une étape supplémentaire en s’implantant aux États-Unis avec l’ouverture d’un bureau à New York, aujourd’hui animé par une équipe d’environ cinq personnes, appelée à grandir rapidement. Au sein de la banque, les profils sont volontairement variés (ingénieurs, écoles de commerce), avec un point commun : une appétence marquée pour la technologie et l’innovation, et le goût du terrain. Entretien.

Quel est, en quelques mots, le métier de Clipperton ?

Nous sommes une banque d’investissement dédiée aux nouvelles technologies. Concrètement, nous conseillons des entrepreneurs et leurs actionnaires sur les transactions qui structurent la vie d’une entreprise tech : les levées de fonds pour financer la R&D, tours d’accélération, entrée d’investisseurs plus matures, ou encore opérations de cession, de recomposition du capital ou d’indépendance financière.

Pouvez-vous citer quelques opérations emblématiques ?

Nos clients sont le plus souvent en B2B software ou en deep tech, donc pas toujours « grand public ». Parmi des dossiers récents, on peut citer Brevo, réussite française du SaaS que nous avons accompagnée à plusieurs reprises, ou encore Vade Secure, spécialiste de la protection des e-mails, sur sa cession à l’Allemand Hornet Security. Nous avons aussi conseillé Exotrail, acteur français des technologies « New Satellite ». Ces deux entreprises ont d’ailleurs été cofondées par des polytechniciens. Nous couvrons un spectre très vaste, du semi-conducteur aux marketplaces, et avons aussi conseillé par le passé des marques connues du grand public comme Leetchi ou Aramisauto.

Quelle est votre valeur ajoutée face à une banque généraliste ?

La spécialisation. Dans notre métier, on ne peut pas être excellent partout : comprendre un secteur, ses usages, ses cycles, ses acheteurs, suppose d’y consacrer du temps. Nous avons aussi grandi avec notre marché, en accompagnant des clients dès leurs premières étapes. Nous cherchons toujours à comprendre leur business, pas seulement à exécuter une transaction : la qualité du conseil tient à la lecture du modèle économique, des contraintes opérationnelles, et des trajectoires crédibles.

Les ingénieurs sont-ils à leur place en banque d’investissement et en private equity tech ?

Ils restent minoritaires dans ces métiers, historiquement très transactionnels. En revanche, dans les équipes spécialisées en technologie, on trouve davantage de profils scientifiques, parce qu’il faut savoir dialoguer avec des fondateurs souvent très techniques. La rigueur, l’aisance avec les chiffres, aident évidemment, mais l’essentiel est la capacité à s’intéresser vraiment aux sujets business et à adopter la culture de ses interlocuteurs. Depuis quelques années, avec la data et l’IA, les profils ingénieurs chez les entrepreneurs se sont renforcés : cette « culture commune » devient plus utile encore.

La finance d’entreprise est-elle éloignée de l’ingénierie ?

Oui. La finance d’entreprise, celle que nous pratiquons, est de la finance concrète : comprendre un compte de résultat, un bilan, des flux de trésorerie, et valoriser une société avec des méthodes éprouvées. Il ne faut pas confondre avec la finance de marché, plus quantitative, qui mobilise davantage de mathématiques. Dans notre activité, la difficulté tient moins aux équations qu’à la compréhension fine des moteurs de croissance et des risques d’exécution.

Qu’est-ce qui relève de la rationalité, et qu’est-ce qui tient à l’expérience ?

Les deux sont indispensables. Les chiffres financiers racontent beaucoup sur le potentiel d’une société : les marges, la dynamique commerciale. Mais une entreprise est aussi une aventure humaine. Deux sociétés peuvent présenter des tableaux proches ; la différence se fera souvent sur la qualité de l’équipe dirigeante, sa capacité d’exécution et la cohérence de sa vision. Cette dimension n’est pas scientifique, et pourtant elle est décisive quand on se projette sur l’avenir pour investir.

La France et l’Europe peuvent-elles faire émerger des leaders mondiaux ?

La France seule, c’est difficile ; l’Europe a des atouts, mais elle reste fragmentée. L’accès au marché américain et aux capitaux américains demeure déterminant pour devenir un leader mondial. Certaines entreprises nées en France s’installent tôt aux États-Unis, tout en gardant en Europe une base technique. Pour autant, le contexte évolue : la souveraineté numérique devient un sujet plus présent, et l’IA met en valeur des talents scientifiques que l’Europe sait former. Des trajectoires ambitieuses existent, même si l’écart avec les leaders américains reste important.

Comment voyez-vous l’évolution du marché tech ?

Je suis plutôt optimiste sur le potentiel européen, d’abord parce que les talents sont là. Le sujet, c’est de les retenir, pour que les projets se construisent et grandissent ici. L’axe franco-allemand, auquel nous croyons depuis longtemps, peut contribuer à faire naître des champions, même si l’exécution est exigeante entre deux marchés très différents. Sur le fond, l’IA est la grande révolution en cours : elle rebat les cartes, crée des gagnants et des perdants, et alimente une volatilité des valorisations, y compris dans des secteurs établis comme le logiciel. D’autres ruptures, comme l’informatique quantique, sont également porteuses, et l’Europe y dispose d’une excellence scientifique reconnue.

Qu’est-ce qui surprend le plus un entrepreneur lors de sa première opération avec vous ?

La découverte du monde des investisseurs et de ses codes (vocabulaire, attentes, manière d’évaluer un projet). Il faut apprendre à présenter sa vision avec les bons repères, à articuler ambition et preuves, et à se positionner intelligemment par rapport à des raisonnements fondés sur l’expérience passée des investisseurs. C’est formateur, mais parfois déstabilisant, surtout pour des fondateurs très ingénieurs.

Pourquoi le nom « Clipperton » ?

Clipperton est une île française du Pacifique Est, un atoll qui évoque une présence française dans un monde lointain, pas si éloigné du berceau californien de la tech. Un nom géographique et facilement mémorisable, pour une maison qui, tout en étant européenne, se projette naturellement à l’international.

Quel message adresser aux élèves de l’X qui hésitent entre une voie technique et la finance ?

Je crois qu’il faut écouter ses moteurs profonds. Les quotidiens et les satisfactions ne sont pas les mêmes : d’un côté, la profondeur technique et le long terme ; de l’autre, l’exposition au marché, aux décisions, et au rythme des transactions, avec une part d’adrénaline très spécifique. À 24 ou 25 ans, on ne sait pas tout de sa trajectoire, mais on peut déjà sentir ce qui attire vraiment. Le choix relève d’abord de la personnalité et de ce qui vous donne de l’énergie au quotidien.  

www.clipperton.com

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