In memoriam Claude Bebear

Claude Bébéar (X55), l’âme d’un chef

Dossier : Trajectoires | Magazine N°814 Avril 2026
Par Philippe DONNET (80)

Né le 29 juillet 1935, Claude Bébéar est décédé le 1er novembre 2025. J’ai eu la chance d’être proche de lui, pendant 45 ans, sur les plans personnel et professionnel. Claude est un enfant du Périgord, nourri de fricassées de cèpes et de salmis de palombes, mais aussi de « châtaignes » récoltées sur les terrains de rugby. Dès ses jeunes années se forgent donc à la fois un goût prononcé pour la gastronomie, associée à la convivialité, et un caractère bien trempé, le rendant apte à l’engagement, au combat et au commande­ment.

Claude a en effet toujours eu l’âme d’un chef. Il était un vrai chef, en toutes circonstances et en tous lieux. Il l’a été sur le terrain de rugby car, lorsqu’il intègre la promotion 55 de l’X, il en devient tout naturellement le capitaine du XV. Il l’a été pendant la guerre d’Algérie, comme commandant d’une compagnie de harkis, une expérience qui l’a marqué de manière indélébile, probablement fondatrice de son leadership humaniste. Il débute ensuite sa vie professionnelle en rejoignant une petite mutuelle d’assurances normande, recommandé par son camarade de promotion Philippe Sahut d’Izarn à son père, qui la dirigeait et qui voulait le « meilleur » pour lui succéder. Il en prend la direction générale après ses années d’apprentissage, et c’est le point de départ de l’extraordinaire épopée d’AXA, qui fut aussi une grande aventure humaine.

Charisme et bienveillance

Claude en fut pendant 25 ans le chef d’orchestre, le leader inspiré, et inspirant, incontesté, faisant toujours l’unanimité autour de lui. Et, sous son impulsion, la petite mutuelle régionale est devenue l’un des leaders mondiaux de l’assurance. De plus, grâce à lui, c’est tout le secteur de l’assurance qui est dépoussiéré. Car Claude n’était pas seulement un visionnaire, un précurseur, un innovateur, mais il était aussi un meneur d’hommes charismatique, capable de transformer ses visions en réalité, en emmenant les troupes dans son sillage. Sa capacité à entraîner, à motiver les femmes et les hommes était en effet exceptionnelle, en raison notamment de son humanité profonde, sincère sans être naïve, et de sa bienveillance, juste sans être complaisante.

Ainsi, bien avant tous les autres, il a défendu un capitalisme solidaire et inclusif, le seul défendable en vérité. Il aurait pu construire AXA autour de lui, et pour lui seul, mais il a fait le choix de partager le succès avec tant d’autres, tant il était animé d’un authentique esprit d’équipe. Sans avoir jamais été président du MEDEF, il fut considéré comme le parrain des entrepreneurs français, ayant été le créateur de « Entreprise et Cité » et de l’Institut Montaigne. Il est également l’auteur d’ouvrages d’une lucidité et d’une prémonition remarquables, Ils vont tuer le capitalisme et Le courage de réformer, dénonçant tout à la fois les dérives court-termistes et financières du capitalisme, et l’impuissance des politiques.

Un héritage immatériel considérable

Claude Bébéar s’est par ailleurs engagé avec détermination, sincérité et fidélité pour de nombreuses causes sociales, mais aussi pour soutenir, de manière indéfectible, notre École, ayant joué notamment un rôle déterminant dans la collecte de fonds de la Fondation et dans la création de la revue scientifique Polytechnique Insights. Il aura donc, au cours de sa vie, apporté beaucoup à notre communauté polytechni­cienne. Il nous appartient désormais d’honorer sa mémoire. L’enfant du Périgord était donc devenu un personnage important, reconnu bien au-delà des frontières de l’Hexagone, un grand patron qui ne transige pas avec ses convictions, mais il est toujours resté cet homme simple, accessible, disponible, généreux que beaucoup ont connu et aimé, un camarade unanimement apprécié, un ami fidèle.

Claude Bébéar, personne d’une dimension et d’une profondeur exception­nelles, ne disparaîtra jamais, tant son héritage immatériel est considérable. Il est sans aucun doute un exemple dont pourront utilement s’inspirer les promotions futures. Pour ma part, j’emporte tout ce qui nous rapprochait, son affection qui m’a accompagné pendant 45 ans, les expériences merveilleuses qu’il m’a offertes et les émotions que nous avons partagées. Ma gratitude, mon respect et mon admiration sont immenses. 

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