Chostakovitch, Hindemith, Liszt, Tchaïkovski

« Il y a des gens qui dansent sans entrer en transe et il y en a d’autres qui entrent en transe sans danser. Ce phénomène s’appelle la Transcendanse et dans nos régions il est fort apprécié. »
Jacques Prévert
Deux concertos pour violon
Quand Chostakovitch entreprend de composer son premier Concerto pour violon, à la fin des années 1940, il est dans le collimateur des autorités soviétiques. Aussi attendra-t-il la mort de -Staline pour une première exécution publique de ce qui est l’un des plus beaux concertos pour violon du xxe siècle. Il comporte quatre mouvements (structure inhabituelle) marqués par la situation du compositeur, depuis une ouverture sombre jusqu’à un finale burlesque, en passant par une passacaille poignante, un des plus beaux mouvements de -Chostakovitch, et un scherzo banal.
Hindemith est relativement peu joué et l’on découvre son Concerto pour violon dans l’enregistrement que viennent de réaliser la violoniste moldave Alexandra Tirsu – remarquable – et le Royal Philharmonic Orchestra dirigé par Vasily Petrenko. Hindemith s’est trouvé dans la même situation que Chostakovitch, à peu près au même moment : les autorités nazies avaient classé sa musique dans la catégorie « entartete Musik » (musique dégénérée) et son épouse était juive. Il dut fuir l’Allemagne pour les États-Unis. On ne trouve dans son Concerto, à la différence de Chostakovitch, aucune trace de ses préoccupations personnelles. C’est une œuvre bien construite, dont on peut espérer qu’elle soit plus souvent jouée.
1 CD Fuga Libera
La Symphonie Manfred de Tchaïkovski
Composée après la 4e symphonie, la Symphonie Manfred aurait pu être la 5e. Tchaïkovski l’a isolée de l’ensemble des symphonies, à juste titre, car elle est tout à fait singulière. Bâtie sur le poème éponyme de Lord Byron, elle constitue en réalité un autoportrait musical du compositeur, personnalité complexe et tourmentée, déchirée entre ses différents choix de vie. Écoutez la –Symphonie Manfred, dans la version que viennent d’en donner l’excellent Orchestre philharmonique de l’Oural (cité à plusieurs reprises dans ces colonnes) et son chef Dmitri Liss. Vous découvrirez dans cette œuvre monumentale des thèmes parmi les plus beaux de Tchaïkovski, une construction grandiose et minutieuse (il aimait les musiques à programme) et le résultat d’une sorte d’extraordinaire psychanalyse musicale.
1 CD Fuga Libera
Liszt – Études d’exécution transcendante
En composant ses Études d’exécution transcendantes, Liszt avait tout d’abord le dessein d’écrire des pièces qui requéraient une telle virtuosité que lui seul, éventuellement un très petit nombre d’autres pianistes, était capable de les jouer, ce qui lui permettait de démontrer en public sa capacité technique exceptionnelle. Mais il avait aussi des ambitions d’un autre ordre ; « transcendante » devait être également pris dans son sens philosophique-métaphysique. Car Liszt partageait avec son gendre Wagner, comme on le sait, une conception spirituelle de la musique.
En s’attaquant à cette œuvre hors du commun, le pianiste israélien Yoav -Levanon ne démontre pas seulement sa virtuosité proprement ébouriffante, qui aurait rendu Liszt lui-même jaloux. Il révèle, au-delà des notes, une dimension picturale et aussi émotionnelle de ces douze morceaux ; si bien que, subjugué d’abord par la virtuosité exceptionnelle de l’interprète, vous découvrirez peut-être ensuite, si vous êtes touché par la grâce, un je-ne-sais-quoi qui vous fera réfléchir. Une aventure musicale…
14 CD WARNER





