Chess Mates. Les copains d’échecs.
Bernard Malfroy-Camine est installé aux États-Unis depuis 1984, où il a mené une carrière de neurobiologiste et d’entrepreneur ; il connaît la côte Est d’expérience. J’ai dit au sujet de son précédent roman Kendall Square le plaisir que j’avais eu en le lisant, petite et grande histoires mêlées (voir La JetR n° 790).
Il récidive avec l’histoire de deux couples, pourrait-on dire, qui s’étale des années 60 à nos jours : un couple (le plus âgé) de deux copains d’enfance, l’un Noir l’autre Blanc, l’un faisant une carrière de policier et l’autre celle d’un délinquant en rédemption ; le second couple (jeune), où l’un, le narrateur du roman, est prof et l’autre une jeune Latino en ascension sociale ; ces deux couples se rencontrent de manière improbable autour d’un échiquier de plein air placé sur le circuit des coureurs de fond autour d’un lac de la banlieue de Boston.
Le texte d’environ 300 pages se lit aisément et on s’attache aux personnages, comme ce doit être dans un bon roman. Il est construit sous forme de courts à très courts chapitres, chacun attaché à une date précise ; on a affaire à ce qu’au cinéma on nomme un montage alterné (inventé ou du moins perfectionné par Griffith, dit-on) dans lequel les deux fils narratifs se rencontrent vers la fin dans un mouvement formel jouissif. En contrepoint de la description des destins individuels, l’auteur fait par touches l’histoire des USA sur les cinquante dernières années, les dates choisies correspondant chacune à un événement marquant, avec à chaque fois le dénombrement des meurtres par arme à feu – foutu deuxième amendement !
La fin est quelque peu pessimiste, tonalité qui n’était manifestement pas prévue à l’origine, mais la réélection de Trump est venue briser certains espoirs ; en même temps l’auteur rappelle avec sagesse que la vie est plus forte que tout. Publier, c’est prendre le risque de s’exposer : l’auteur s’expose en effet et on comprend, en toute empathie avec lui, qu’il est ce qu’on appelle une « bonne personne ».


