Cash Services : réinventer l’accès aux espèces à l’heure de la banque numérique

Dossier : Vie des entreprises | Magazine N°817 Septembre 2026
Par Olivier FOURNIER

Créée par BNP Paribas, Crédit Mutuel Alliance Fédérale* et Société Générale, la société Cash Services pilote le premier projet de mutualisation des automates bancaires en France. Son objectif est de préserver l’accès aux espèces tout en adaptant le réseau d’automates à l’évolution des usages. Son président, Olivier Fournier, revient sur les enjeux d’un modèle inédit qui conjugue innovation, proximité territoriale et efficacité économique.

Pourquoi les grandes banques françaises ont-elles créé Cash Services ?

Cash Services est la marque commerciale de 2SF, la Société des Services Fiduciaires. Cette structure a été créée par BNP Paribas, Crédit Mutuel Alliance Fédérale* et Société Générale pour prendre en charge la gestion de l’ensemble des automates bancaires de ces groupes. L’idée est simple : alors que l’usage des espèces, des chèques et plus largement du fiduciaire diminue depuis plusieurs années, il devenait nécessaire d’inventer un nouveau modèle capable de préserver l’accessibilité des services pour les usagers tout en maîtrisant les coûts d’exploitation. 

Quel problème cherchiez-vous à résoudre ?

Nous étions confrontés à une équation de plus en plus difficile. Les usages baissent régulièrement depuis plus de dix ans, avec une accélération très nette après la crise sanitaire. Dans le même temps, les coûts d’exploitation augmentent. Continuer à maintenir plusieurs réseaux parallèles d’automates dans les mêmes zones urbaines n’avait plus de sens. La mutualisation interbancaire permet de conserver un maillage dense tout en optimisant les infrastructures existantes. 

En quoi ce modèle change-t-il la vie des clients ?

Jusqu’à présent, un client pouvait retirer de l’argent partout, mais les autres services étaient réservés aux automates de sa propre banque. Désormais, un client BNP Paribas, Crédit Mutuel, CIC et Société Générale peut accéder à l’ensemble des services disponibles sur tous les automates Cash Services. Cela concerne les dépôts d’espèces (billets et pièces), de chèques, les opérations sur comptes ou encore certains services destinés aux commerçants. Nous multiplions ainsi les points d’accès sans coût supplémentaire pour les utilisateurs.

Comment s’est déroulé le déploiement de cette nouvelle infrastructure ?

Nous avons d’abord construit une plateforme multi-banque capable de dialoguer avec plusieurs établissements simultanément. Cette phase a duré près de dix-huit mois. Ensuite, nous avons mené des expérimentations grandeur nature avant de lancer le déploiement national. Nous sommes passés progressivement d’une vingtaine de sites migrés chaque mois à plus de trois cents aujourd’hui. À terme, nous aurons transformé près de 6 000 sites et environ 15 000 automates sur l’ensemble du territoire.

La ruralité constitue-t-elle un enjeu particulier ?

Absolument. Plus de 90 % des optimisations ont été réalisées dans les zones urbaines ou semi-urbaines où plusieurs réseaux se superposaient. L’objectif n’était pas de réduire l’accès aux espèces dans les territoires ruraux mais, au contraire, de préserver durablement ces implantations. Grâce aux économies réalisées dans les centres urbains, nous pouvons maintenir des services qui auraient parfois été fragilisés si chaque établissement avait continué à agir seul.

“ À l’heure du numérique, garantir l’accès aux espèces est un défi d’innovation et de proximité.” 

Travaillez-vous également avec les collectivités locales ?

Oui. Nous sommes régulièrement sollicités par des communes ou des associations de commerçants qui souhaitent installer ou conserver un automate bancaire. Nous réalisons alors une étude complète pour évaluer le potentiel du site, les besoins locaux et les conditions économiques du projet. Certaines implantations s’autofinancent naturellement. D’autres nécessitent un partenariat avec la collectivité concernée. Dans tous les cas, nous apportons une expertise complète, de la sécurisation du local jusqu’à la mise en service de l’équipement.

L’innovation reste-t-elle possible sur des automates bancaires ?

Bien sûr. Nous venons par exemple de lancer une innovation majeure destinée aux personnes malvoyantes. Jusqu’à présent, certaines opérations de retrait pouvaient être réalisées de manière autonome. Désormais, nous proposons également des services de dépôt de billets, de pièces ou de chèques accessibles avec accompagnement vocal et en toute autonomie. C’est une avancée importante en matière d’inclusion. Nous travaillons également sur les usages sans contact et sur l’utilisation du téléphone mobile comme moyen principal d’interaction avec les automates.

La cybersécurité est-elle devenue un sujet central ?

C’est évidemment une priorité absolue. Nous devons faire face à des menaces physiques mais aussi numériques. Les attaques contre les automates peuvent prendre des formes très diverses. Nous travaillons en permanence avec les constructeurs, les spécialistes de la sécurité et nos partenaires bancaires afin de maintenir les niveaux de protection les plus élevés possibles. C’est un domaine où il faut constamment anticiper et s’adapter.

Souhaitez-vous accueillir d’autres établissements bancaires dans votre dispositif ?

Notre priorité actuelle consiste à finaliser le programme de migration engagé avec nos partenaires fondateurs. Mais nous sommes convaincus que ce modèle apporte une réelle valeur ajoutée aux banques comme aux clients. Si d’autres établissements souhaitent rejoindre cette dynamique, nous serons naturellement prêts à étudier les possibilités de coopération. Plus le réseau est dense, plus les bénéfices sont importants en matière de proximité, de qualité de service et d’efficacité économique.

Comment imaginez-vous Cash Services dans cinq ou dix ans ?

Je vois une structure capable de gérer une part très importante du parc d’automates français tout en maintenant une qualité de service exemplaire. Nous poursuivrons le développement du sans-contact, de l’usage du téléphone mobile et de nouveaux services adaptés aux attentes des clients. Au-delà de la technologie, notre ambition reste la même : garantir l’accessibilité aux espèces et aux services bancaires partout où cela fait sens.

“ Mutualiser les automates, c’est conjuguer efficacité économique et inclusion territoriale dans la banque de demain.” 

Le cash a-t-il encore un avenir ?

Oui, même si les usages évoluent. Aujourd’hui encore, plus de 40 % des transactions sont réalisées en espèces. Le nombre de retraits diminue, mais les montants retirés restent relativement stables. Les tensions géopolitiques récentes rappellent également que les espèces jouent un rôle de sécurité et de résilience en cas de crise. Notre rôle n’est pas de décider de l’avenir du cash, mais de garantir que les citoyens et les entreprises puissent y accéder dans les meilleures conditions possibles. »

Votre modèle suscite-t-il de l’intérêt à l’étranger ?

Nous observons avec attention ce qui se fait dans plusieurs pays européens. Des modèles comparables existent déjà en Suède ou aux Pays-Bas, tandis que d’autres initiatives sont en cours en Belgique. Pour l’instant, notre priorité reste la France métropolitaine ainsi que les territoires ultramarins où nous poursuivons notre développement. L’international n’est pas un sujet immédiat car chaque pays possède sa réglementation, ses infrastructures et ses partenaires. Mais il est évident que les réflexions autour de la mutualisation des automates et de l’accès aux espèces dépassent aujourd’hui largement les frontières françaises.  

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