Axens : accélérer la transition bas carbone

Engagé dans la transition bas carbone, Axens mise sur l’innovation technologique des procédés et la circularité pour réinventer la chimie et l’énergie. Sous la direction de Quentin Debuisschert, le groupe combine performance industrielle et responsabilité environnementale, avec l’ambition d’être pionnier sur certains projets français et européens de production de carburants et produits chimiques bas carbone.
Accélérer la décarbonation est l’un des enjeux majeurs des secteurs de la chimie et de l’énergie. Quelle est la vision du Groupe Axens sur le sujet ? Et quelles voies privilégiez-vous ?
Nous constatons une augmentation de la demande en énergie à l’échelle mondiale, notamment en raison du développement économique de certaines grandes régions (Inde, Chine, Afrique…) et des aspirations des classes moyennes de ces pays à améliorer leur mobilité et leur qualité de vie.
En parallèle, nous sommes conscients que le dérèglement climatique se poursuit et sera créateur de déséquilibres environnementaux majeurs que nous devons absolument limiter pour les générations futures.
Trop souvent, on oppose des réalités telles que la nécessité de croissance économique, la préservation de notre planète et le bien-être des populations. Notre stratégie et nos décisions chez Axens intègrent ces trois dimensions de manière simultanée et notre approche écarte toute notion de hiérarchie ou de priorité exclusive.
Il existe un chemin de crête sur lequel Axens et ses 2 500 collaborateurs s’engagent pour combiner l’ensemble des enjeux et qui repose sur quatre axes :
- La sobriété énergétique et la lutte contre le gaspillage ;
- Le découplage, c.-à-d. notre capacité à mettre à disposition des citoyens des solutions répondant aux besoins énergétiques tout en réduisant significativement l’impact carbone des produits ;
- L’innovation technologique pour améliorer les outils de production existants du secteur de la chimie et proposer de nouvelles voies de production ;
- La neutralité technologique : nous croyons en une approche diversifiée, utilisant une gamme de solutions complémentaires et adaptées à des contextes spécifiques (réglementations, coûts, disponibilité des ressources, …), sans exclusivité ni opposition.
Quelles solutions concrètes privilégiez-vous ? une voie plus qu’une autre et pourquoi ?
Selon le principe de complémentarité technologique pour répondre de manière robuste aux défis de la transition énergétique, la réponse ne réside pas dans l’adoption exclusive d’une stratégie qui capitaliserait à 100 % sur une seule énergie ou sur une seule filière énergétique. Plus qu’un concept, il s’agit d’une approche complète et résolument pragmatique, d’une stratégie d’offre qui passe par la mise en place d’un large portefeuille de solutions technologiques complémentaires. Par exemple, nous n’opposons pas la mobilité thermique à la mobilité électrique et croyons que leur cohabitation est un moyen de lutter efficacement contre le réchauffement climatique, de conjuguer les notions de souveraineté énergétique en utilisant les ressources disponibles sur le territoire européen (biomasse ou électricité verte) et une offre de solutions adaptées aux capacités financières des citoyens.
La circularité est un élément essentiel répondant à nos enjeux. Les solutions de recyclage utilisées aujourd’hui ou en développement permettent de réduire l’intensité carbone des produits finaux mais aussi de valoriser, au sein des grandes zones de population, la mine secondaire reposant sur tous les matériaux ou produits usagés localement. Par exemple, l’utilisation de catalyseurs régénérés permet de réduire non seulement de 75 % le scope 1 des industriels de la chimie par rapport à l’utilisation de catalyseurs neufs mais de limiter le besoin à certaines ressources minières pour produire des catalyseurs neufs.
Considérez-vous que la filière traditionnelle du raffinage et de la Pétrochimie a un rôle important dans la décarbonation ?
Un enjeu majeur de la transition énergétique consiste à s’assurer que toutes les solutions mises en œuvre seront accessibles financièrement pour les consommateurs. Actuellement, dans le monde, nous faisons face à une inflation créatrice de tensions liées à la baisse du pouvoir d’achat et nous devons trouver un équilibre entre l’innovation nécessaire pour répondre aux défis environnementaux et la capacité des consommateurs à accéder à ces solutions sans compromettre leur bien-être économique.
Il reste clair que les molécules fossiles sont abondantes et à des prix raisonnables. Leur facilité de transport et de conversion à grande échelle, combinée à une forte densité énergétique, leur confère un avantage indéniable en termes de coût d’accès à l’énergie dans un contexte où la demande énergétique mondiale continue de croître.
En plus de lancer de nouveaux procédés de production bas carbone, nous proposons des solutions pour réduire l’empreinte carbone de la chimie existante. Cela inclut l’optimisation des unités, l’usage de l’IA pour renforcer l’excellence opérationnelle, la baisse des consommations énergétiques grâce à l’intégration thermique des procédés ou à l’usage de catalyseurs actifs, ainsi que l’électrification des procédés via une nouvelle technologie de fours électriques que nous lançons actuellement. Par ailleurs, le captage du carbone est une solution offerte aux acteurs industriels émetteurs de CO2 et limités dans les modifications qu’ils peuvent réaliser sur leurs procédés. Ces initiatives témoignent l’engagement d’Axens à transformer l’industrie chimique pour répondre au besoin d’accès à des produits performants tout en répondant aux défis environnementaux actuels.
Ces solutions soutiennent des objectifs ambitieux de décarbonation d’ici 2030 et au-delà. Nous les appliquons d’ailleurs dans nos usines de production de catalyseurs, avec une cible de -30 % de notre empreinte carbone d’ici 2030.
Pouvez-vous nous donner des exemples de procédés bas carbone et nous décrire les conditions de déploiement des technologies de la transition énergétique ?
Les dernières générations de procédés pour produire des carburants et polymères bas carbone ont fait l’objet de longs développements depuis 10 ans et les technologies sont aujourd’hui matures. Axens est en mesure de proposer sur le marché un portefeuille complet de solutions notamment dans le domaine des carburants d’aviation durable ou SAF (Sustainable Aviation Fuels), qui constituent un levier essentiel pour la décarbonation du secteur aérien. Notre approche est plurielle et couvre l’ensemble des voies technologiques reconnues :
- La voie dite HEFA (technologie VeganR), déployée avec succès en France et à l’international et qui repose sur la conversion d’huiles de cuisson usagées ou de graisses animales en SAF ;
- La production de molécules dites plateformes comme l’Éthanol à partir de biomasse (technologie FuturolTM) car elles peuvent alimenter des pools carburants essence et maritime, les sites pétrochimiques pour la production de bio-polymères ou la production de SAF (Technologie JetanolTM) ;
- La conversion de résidus de biomasse par gazéification et conversion du gaz de synthèse en SAF (technologie BioTFuelR) ;
- La production de e-SAF à partir d’électricité via hydrogène vert et de CO2 biogénique.
Concernant le recyclage des plastiques, Axens commercialise les technologies de recyclage chimique les plus avancées en termes de flexibilité (technologies RewindR).
Pour tous ces nouveaux produits et procédés, il est fondamental de créer un nouvel écosystème partenarial constitué de fournisseurs de matière première, de développeurs de projets, de partenaires financeurs et de clients intéressés par les produits nobles dérivés des procédés mais plus onéreux que la référence fossile.
L’engagement nécessaire de tous ces acteurs doit bien sûr reposer sur un contexte réglementaire fixant un cadre clair sur les exigences d’incorporation de matières bas carbone dans notre consommation et des mécanismes de prix qui sécurisent les marges des premiers projets industriels. Sans compter des politiques d’incitation et de soutien à l’investissement et l’assurance d’une concurrence équitable vis-à-vis des filières d’importation.
Au final, il est essentiel que des citoyens et consommateurs soucieux de soutenir ces nouvelles filières soient prêts à payer un premium sur le prix de leurs achats, en connaissance de la chaîne de valeur qui a conduit à ces produits ou carburants plus vertueux.
Certains projets industriels du groupe Axens ont été sélectionnés dans le cadre de France 2030. En quoi le groupe contribue-t-il à la souveraineté industrielle de la France et de l’Europe ?
Axens a adopté une approche duale sur le territoire national. D’une part, intervenir en tant que partenaire technologique de ses clients développeurs dans la mise en œuvre de solutions sous licence, et d’autre part en s’engageant sur des projets dits « Build Own and Operate » que nous allons construire et opérer en position de leader sur des technologies importantes et pour l’instant peu représentées en France. Notre stratégie est alignée sur les enjeux majeurs du pays et de l’Europe, autour de l’accélération de la transition énergétique, du renforcement de la souveraineté industrielle et énergétique, de la réindustrialisation des territoires et de la création d’emplois. De surcroît, nos technologies « Made in France », développées avec IFPEN et une majorité de partenaires français, pourront rayonner à l’international une fois démontrées à l’échelle commerciale sur le territoire national.
Actuellement, quatre projets SAF basés sur des technologies Axens sont en cours de développement en France : « BioTJet » (conversion de résidus de biomasse en SAF à Pau, piloté par la société Elyse Energy), « Take Kair » (production d’e-SAF à partir de CO₂ biogénique et d’hydrogène vert en Loire-Atlantique, piloté par EDF), NacreTM (production d’éthanol avancé à Pau, porté par Axens) et « ERA » (conversion d’éthanol avancé en SAF, porté par Axens). Dans le recyclage chimique des plastiques, notre technologie sera utilisée dans le projet REPETTATM (recyclage chimique de PET à Saint-Maurice-de-Beynost sur un site existant de Toray).
Par ailleurs, nous prenons une place sur la mobilité électrique autour de la thématique de la production de matériaux pour batteries en exploitant notre expertise en chimie minérale et métaux acquise sur les catalyseurs, pour produire des matériaux actifs de cathodes et recycler des batteries. Cela se concrétise autour de deux projets industriels en cours d’ingénierie : le projet MACARON s’inscrit dans la stratégie d’Axens de contribuer à la mobilité bas carbone au sens large et vise à produire à Saint-Saulve (Hauts-de-France) des matériaux actifs de cathode (« CAM ») pour fournir les gigafactories européennes de batteries pour véhicules électriques. MACARON est associé à un projet de recyclage de batteries par Hydrométallurgie mené par notre filiale recyclage Eurecat (projet « CATHANLOOP »). Il permettra à terme de reproduire de la CAM à partir de batteries usagées collectées en Europe, véritable mine secondaire à exploiter.
La mobilité électrique en Europe est l’un des piliers majeurs de la décarbonation et notre projet vise à accompagner la capacité des institutions à imposer un cadre réglementaire strict sur le contenu local des véhicules électriques, l’incorporation de batteries recyclées en provenance d’Europe et créer ainsi un écosystème et une nouvelle chaîne de valeur industrielle compétitifs. Au fond, il est question de contribuer à travers nos technologies à la création du nouvel écosystème de la transition énergétique.
LE GROUPE AXENS EN BREF
Axens est une ETI française internationale, leader dans la production de carburants propres, la chimie et la purification du gaz. Elle fournit une large gamme de technologies (procédés, catalyseurs et adsorbants, équipements spécialisés) sur ses marchés. En lien avec IFP Énergies nouvelles, son partenaire de recherche principal, Axens a engagé depuis 10 ans le développement d’une offre de procédés innovants pour faciliter la transition énergétique des sites existants et mettre à disposition du marché des technologies bas carbone centrées sur la production de carburants et produits chimiques bas carbone, la circularité des métaux et des plastiques, le captage du carbone et de nouvelles voies de traitement de l’eau. Axens est une filiale du groupe IFPEN.




