Magazine N°611 Janvier 2006 - Arts, Lettres et Sciences
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Rédacteur Jean SALMONA (56)

Articles du Dossier

Par Daniel Besse, dans une mise en scène de S. Hillel
Rédacteur : Philippe OBLIN (46)
Rédacteur : Laurens DELPECH
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Viennoiseries 0
Rédacteur : Jean SALMONA (56)
Rédacteur : Hubert LÉVY-LAMBERT (53)
Par Thomas Paris (91)
Rédacteur : Marc PHILIP (91)
Par Fabrice Pesin (92) et Christophe Strassel
Rédacteur : JR
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Madame Tussaud 0
Par Francis Hervé Traduits de l’anglais et présentés par Nicole Vallée -épouse Robert Vallée (43)
Rédacteur : JR
Par Patrice Raynaud, préface de Jean Tulard
Rédacteur : JR
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Ouï-dire sur la mort 0
Par Patrick Maugein (67)
Rédacteur : JR

Viennoiseries

L’hiver est triste, et j’ai vingt ans.
In Rêve de Valse, musique d’OSCAR STRAUS.

Wiener Musik

En France, les valses viennoises sont souvent considérées comme une musique d’une autre époque, réservée au patinage artistique et au concert du jour de l’An. Mais si vous allez à Vienne, vous pourrez y voir des groupes de jeunes valser sur la terrasse du Volksgarten aussi impeccablement que les bourgeois en habit et robe du soir dans le foyer de l’Opéra. Cette musique entraînante, de plaisir pur, Robert Stolz, qui en fut le pape incontesté de 1898 à 1975, en a enregistré avec le Berliner Symphoniker et le Wiener Symphoniker un florilège en un coffret1 où figure l’essentiel des compositions de la famille Strauss (Johann père et fils et Joseph), y compris polkas et marches (dont la Marche Radetsky rendue célèbre par le roman de Joseph Roth), et les valses de Lanner et Ziehrer. On pourra regretter qu’Oscar Straus (un seul s), qui composa pour les films de Max Ophuls, Franz Lehar, Kalman, soit sousreprésenté, mais il y a là, à un moment où l’Occident est gagné par la morosité et la mélancolie – et pas seulement en musique – un témoignage de cette joie de vivre qui fut, il y a un siècle, la marque de la vieille Europe.

Pour se faire plaisir

Le Festival de Salzbourg 2004 a permis de redécouvrir la musique d’Erich Korngold, élève de Mahler et Zemlinski, plus connu aujourd’hui par les musiques de film qu’il écrivit entre 1938 et 1946 à Hollywood où il était exilé, que par sa musique de chambre et ses oeuvres symphoniques. Un disque récent présente quatre oeuvres enregistrées live au Festival, dont la Suite pour deux violons, violoncelle et piano, la musique de scène de Beaucoup de bruit pour rien, et le Concerto pour violon et orchestre (qui fut créé par Heifetz), avec Benjamin Schmid et le Philharmonique de Vienne dirigé par Seiji Ozawa2. Ces pièces très élaborées, rigoureusement tonales, qui doivent beaucoup à Tchaïkovski, Brahms, Mahler, laissent entrevoir ce qu’aurait pu être la musique austro-allemande du XXe siècle si l’École de Vienne n’avait pas entraîné ses disciples dans une impasse.

Sous le titre French orchestral miniatures, l’Orchestre Philharmonique de Bohême, dirigé par Douglas Bostock, a enregistré des pièces de musique française du XXe siècle, parmi lesquelles Le peintre et son modèle de Georges Auric, Petite Suite d’Albert Roussel, Félicie Nanteuil de Jacques Ibert, Pièce brève sur le nom d’Albert Roussel, de Poulenc, Trois Rag Caprices de Darius Milhaud3. Musique charmante, sans prétention mais finement écrite, qui fait passer le plaisir avant l’innovation et qui, quoi qu’en disent les académistes contemporains, aura marqué la musique française de la première moitié du siècle dernier, plus que des oeuvres plus ambitieuses… et plus ennuyeuses aussi.

C’est aussi pour se (et nous) faire plaisir que Jean-Marc Apap, le violoniste jazzman et tzigane comme devraient l’être tous les violonistes (n’est-ce pas Ivry Gitlis, Gidon Kremer, Itzhak Perlman?), a enregistré à l’alto trois des Suites pour violoncelle seul de Bach4. Ce n’est pas seulement la différence de timbre qui fait de ces adaptations des pièces originales : le jeu de l’archet permet à l’alto une vélocité et une régularité plus difficiles à atteindre avec le violoncelle. Et Apap, tout en ne s’écartant pas d’un pouce de ce qui est écrit, swingue comme Grappelli. Bach, grand amateur de transcriptions, aurait aimé, c’est sûr, de même qu’il n’aurait pas renié l’arrangement pour alto et quatuor à cordes des chorals Nun komm, der Heiden Heiland et An Wasserflüssen Babylon, qui complètent le disque.

DVD musicaux

Les DVD musicaux sont, pour peu que l’on dispose d’un bon équipement vidéo et hi-fi, l’aboutissement suprême de ce que la technique fait pour l’art : à la différence du concert, les musiciens jouent pour vous seul, personne ne tousse, et l’on peut voir sur le visage des interprètes se dessiner chaque note. Nous citerons trois DVD récents qui constituent un bon échantillon de ce que l’on peut faire de mieux dans trois registres différents.

En matière d’archives, sous le titre Francis Poulenc et ses amis, sont présentés le Concerto pour deux pianos et orchestre, enregistrement historique de 1962 par Poulenc et Jacques Février avec l’Orchestre National dirigé par Georges Prêtre, le Concerto pour orgue, cordes et tympans par Jean-Jacques Grünenwald et l’Orchestre Philharmonique dirigé également par Georges Prêtre, la Sonate pour flûte et piano par Jean-Pierre Rampal et Robert Veyron-Lacroix, des Chansons par Gabriel Bacquier5, etc. La technique vidéo n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui, ni la mise en images, mais les interprètes – mythiques – font de ce disque un incunable pour les amoureux de la musique de Poulenc (on peut voir, enfin, comment Poulenc voulait que l’on jouât l’andante mozartien du Concerto pour deux pianos).

Les Paladins, l’opéra de Rameau, a été enregistré live en 2004 au Châtelet par William Christie et ses Arts Florissants dans la mise en scène de José Montalvo, avec la distribution qui enthousiasma la critique l’an dernier6. C’est un régal des sens : voix, costumes et décors, chorégraphie, tout est parfait, et l’on voit chaque détail, chaque jeu de scène, grâce à une mise en images raffinée, mieux qu’aucun spectateur n’a pu l’apercevoir.

Le Quatuor Alban Berg a fait des Quatuors de Beethoven, à la fin des années quatre-vingt, en même temps qu’il les jouait en tournée (concerts inoubliables à Paris en 1989) un enregistrement qui, depuis, est resté la référence absolue. Voir les Alban Berg jouer cinq de ces quatuors (5, 6, 8, 9, 16) au Wiener Konzerthaus vous situe en un improbable nirvana : aucune inflexion ne vous échappe, chaque échange de regards se traduit instantanément dans la phrase musicale. Les dieux sont là, devant vous, dans votre salon, magiciens attentifs et chaleureux, vous essuyez une larme, c’est le bonheur total.

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1. 12 CD RCA Red Seal.
2. 1 CD OEHMS OC 537.
3. 1 CD Scandinavian Classics 220530-205.
4. 1 CD ZIGZAG ZZT051103.
5. 1 DVD EMI 42. 6. 1 DVD OPUS ARTE OA 0938 D.

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