Magazine N°583 Mars 2003 - Arts, Lettres et Sciences
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Vérités sur les 35 heures

Quand Jean Bounine a annoncé la sortie de son livre sur les “35 heures”, certains d’entre nous lui ont dit : “Tu retardes. Aujourd’hui les jeux sont faits ! C’est considéré comme une “conquête sociale” sur laquelle on ne reviendra pas ; et puis, il faut le reconnaître, ça va dans le sens de l’histoire. ”

Mais d’autres – dont je suis – ont formulé un avis inverse qui tient en 3 arguments :

1) Au temps des discussions sur les projets de loi Aubry, les débatteurs n’ont énoncé sur les conséquences de cette loi en gestation que des pronostics : les uns euphoriques, les autres catastrophiques, en tout cas tous incertains. Or, aujourd’hui on peut apporter des faits certains, car les premières conséquences sont arrivées. J. Bounine cite 21 témoignages de chefs d’entreprise, qui ne sont pas des grincheux chroniques et dont certains ont même trouvé intérêt à regarder de plus près leur organisation interne à l’occasion de la RTT. Ils racontent simplement ce qu’ils ont vécu et continuent à vivre.

2) En fait de conquête sociale, la loi des 35 heures est ressentie par la majorité des ouvriers et employés comme un plafonnement drastique des heures supplémentaires dont ils ont besoin pour rembourser leurs crédits ; pour d’autres, c’est un serrage de vis qui a raccourci les pauses café et accéléré les cadences.

3) Dans le sens de l’histoire, les 35 heures ? Dans moins de dix ans, chacun sait que l’évolution démographique obligera la population active à travailler nettement plus.

faire demi-tour que Jean Bounine a écrit son livre : il est plutôt en avance qu’en retard.

Curieusement, les chefs d’entreprise qu’il a interviewés ne se plaignent pas beaucoup de l’accroissement immédiat de leurs prix de revient. C’est peut-être pour ne pas paraître grippe-sous, mais cela leur paraît secondaire par rapport à la détérioration du climat de leur entreprise, sur deux points très sensibles :

a) La polarisation sur la durée du travail alors que ce qui compte aujourd’hui, surtout dans les activités de services, c’est le résultat du travail. Le salarié n’est plus un pousseur de brouette, payé au temps passé, mais un “ chargé de mission ” dont on attend le maximum d’esprit créatif. C’est ce qui fait dire à Michel Hervé, chef d’entreprise et ancien député socialiste : “ Je crains que les 35 heures procèdent d’une logique périmée. ”

b) La dévalorisation du travail par rapport au loisir, surtout chez les cadres, est le deuxième grand souci. Bounine cite Bernard Kouchner déclarant au Parisien en juillet dernier : “ Personne n’a jamais défendu devant moi les 35 heures, sauf des cadres supérieurs qui en étaient, eux, très heureux ”… car ceux-ci ont les moyens de bien employer leurs quatre semaines de loisir supplémentaires en y consacrant le meilleur de leur créativité. L’énergie dépensée dans le travail s’en ressent.

Outre les témoignages des 21 chefs d’entreprise rencontrés qui, je le répète, ne s’enferment pas dans la simple complainte, mais expliquent plutôt comment “ ils s’en sont tirés ” (chacun à sa façon), l’auteur consacre une trentaine de très bonnes pages à “ ce qui se voit ” et “ ce qui ne se voit pas ” (ou pas encore) dans les effets des 35 heures. Ce qui se voit incite à l’optimisme : “ Les difficultés sont passagères ”, “ Tout s’arrangera avec quelques assouplissements ”, “ L’esprit d’entreprise reprendra le dessus. ”

Ce qui ne se voit pas, Bounine le voit et le fait voir : ce qui ne le rend pas pessimiste mais combatif. Les Français, dit-il en substance, ne sont pas des imbéciles, ils comprennent déjà – comme les communistes en 1946 – qu’il va falloir “ retrousser les manches ”, et lâcher les rênes à ceux qui ont envie d’entreprendre. Dès les premiers signes de recul de l’économie française, l’usine à gaz des 35 heures sera démantelée. On réalisera qu’au lieu d’apporter les 400 000 emplois annoncés, elle en a apporté au mieux 40 000 dans le secteur privé, pour un coût total à la charge des contribuables de 10 milliards d’euros. Ça ne tiendra pas.

François Dalle a donné à l’ouvrage une préface substantielle, fortement inspirée par la vaste étude sur la résorption du chômage qu’il a conduite, avec Bounine en 1986, à la demande du chef de l’État. Dans cette préface, il explique clairement comment les gouvernants sont passés à côté des solutions préconisées dans cette étude et ont échoué lamentablement sur la plage des 35 heures. Mais pour lui, comme pour Jean Bounine, rien n’est définitivement perdu : la loi des 35 heures est réversible

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