Magazine N°715 Mai 2016 - Expressions
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Une rencontre avec Yazid CHIR, président de NQT

J’ai souhaité rencontrer Yazid Chir pour le connaître et pour l’interroger sur la possibilité d’élargir le parrainage au bénéfice des jeunes moins diplômés.

Né à Saint-Ouen d’un père chauffeur de taxi et d’une mère garde d’enfants, après un parcours scolaire qui l’avait conduit jusqu’à un BTS de micromécanique, il a occupé différents emplois dans l’industrie.

Passionné d’informatique, il a, au cours d’un voyage aux États-Unis, découvert la technologie du cloud computing et à son retour en France, en 1998, il a créé B2B sa première entreprise. En 2006, celle-ci, qui employait une centaine d’ingénieurs, a été rachetée par Orange où il a été nommé responsable de la prospective cloud.

Il s’est remis à son compte en 2012 en s’associant à Albert Szulman qui venait de créer la start-up Be-Bound, promotrice de l’accès à l’Internet mobile pour les utilisateurs de smartphone dans les zones géographiques non couvertes par les réseaux Internet.

En 2005, élu président du MEDEF 93, il entreprend avec son délégué général, Raynald Rimbault, de mobiliser les entreprises du département sur l’emploi des jeunes hauts diplômés de Seine- Saint-Denis.

Il raconte son entretien avec Jean-Luc, un jeune Français d’origine centrafricaine, né à Saint-Denis, titulaire de deux masters qui, ne trouvant pas d’emploi de son niveau, efface ses diplômes de son CV pour postuler à des jobs alimentaires.

« Quand je l’ai rencontré, il avait perdu toute confiance en lui. Il avait honte devant les amis de son quartier et devant sa famille qui s’était saignée pour lui payer des études supérieures. »

Avec Raynald Rimbault, ils s’engagent sur l’idée du parrainage, un cadre d’entreprise qui prend en charge un jeune diplômé, non pour le recruter mais pour le conseiller et le faire bénéficier de son réseau. Ils lancent une expérience avec 200 jeunes diplômés de niveau bac + 4 et plus en mobilisant les entreprises du département.

L’expérience aboutit au-delà de leurs espérances, avec 60 % de recrutements en six mois dans un département où, d’après une étude de l’Observatoire des discriminations, il y avait jusqu’à cinq fois moins de chances que dans la moyenne des départements d’obtenir un entretien d’embauche.

« Au-delà des chiffres, il s’agissait surtout de la masse d’estime de soi des jeunes, de la quantité de fierté dans les familles, du volume d’espoir diffusé dans la société. » Début 2006, encouragés par le préfet et par Laurence Parisot qui présidait le MEDEF, ils créent NQT.

UNE SOLUTION AU CHÔMAGE DES JEUNES MOINS QUALIFIÉS ?

Avec l’alternance, le parrainage est un moyen efficace de mettre les jeunes en contact avec les entreprises : j’ai eu personnellement l’occasion de vérifier que, moins un jeune est qualifié, plus son accès à un premier emploi nécessite qu’on vienne le chercher, qu’on le prépare, qu’on l’introduise et qu’on l’accompagne dans sa recherche.

Le parrainage mis en œuvre par NQT s’adressant à des jeunes de niveau bac + 4 et plus, j’ai interrogé Yazid Chir sur la possibilité d’abaisser ce seuil.

Il a répondu qu’il fallait servir en priorité ceux qui avaient fait l’effort de conduire des études supérieures longues. En province, NQT a baissé le seuil à bac + 3 mais, selon les estimations de Pôle Emploi, l’effectif parrainé par NQT ne représente qu’une fraction du flux annuel de jeunes diplômés de niveau bac + 4 provenant des quartiers sensibles de la région parisienne.

Il y a aussi le fait que NQT, dont le financement est assuré à 50 % par des fonds publics (subventions de l’État et des collectivités locales, taxe d’apprentissage), doit s’adapter aux exigences des entreprises qui, par leur mécénat, financent l’autre moitié.

Cela conduit à s’interroger sur l’opportunité d’un renforcement des dotations publiques qui permettrait de financer une collaboration active de NQT avec les agences de Pôle Emploi dans la perspective d’une mise en œuvre systématique du parrainage au profit des jeunes ayant terminé leur scolarité entre bac et bac + 3.

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