Magazine N°579 Novembre 2002 - Arts, Lettres et Sciences
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L’information dans notre vie

L’auteur a eu un choc en lisant dans Le Monde du 27 juin 2001 une déclaration de Christian Pierret : “ Le Net est la chair et le sang de la République. ”

Ayant réfléchi depuis longtemps au processus qui conduit de l’information à la compétence et à la bonne conduite de nos affaires, il a jugé utile, sans intention polémique, de tirer au clair les possibilités des nouveaux moyens d’information et la limite des profits qu’on peut en attendre.

Son livre met d’abord un peu d’ordre dans la diversité des types d’informations, en distinguant prioritairement celles qui relèvent du “ codifiable ” et du “ quantifiable ” et celles qui ont un contenu plus mou, plus déformable, avec en plus très souvent une certaine dose d’affectivité.

Les premières ont été magistralement servies par les nouvelles technologies, malgré quelques graves difficultés de compactage et de synthèse.

Les deuxièmes ont profité encore plus que les premières de l’explosion des capacités de transmission, mais peuvent souffrir de graves lacunes à l’émission et plus encore à la réception.

L’auteur nous fait prendre conscience que la “ théorie de l’information ”, fruit des travaux de Shannon et de ses successeurs, ne traite que de la transmission de l’information. Malgré ses résultats remarquables, elle n’empêche pas les émetteurs d’avoir des intentions, très diverses et non affichées, quant à la cible qu’ils visent et à l’effet qu’ils veulent produire sur les récepteurs : soit les documenter objectivement, soit leur plaire, soit les inquiéter, soit les convaincre…

Ces intentions ne réagissent pas seulement sur la forme (langage) et le contenu de l’information, mais sur le volume de sa diffusion (qui est la clé du bourrage de crâne).

De son côté, le récepteur attentif ne se contente pas de voir des taches lumineuses ni d’entendre des sons isolés. À moins qu’il ne s’arrête à l’émotion instantanée provoquée par ces taches et ces sons, il doit les percevoir, les localiser dans son champ de connaissances déjà acquises et les mémoriser. Le cerveau humain ne réalise ces opérations qu’à la vitesse d’une dizaine de “ shannons ” (unité d’information) par seconde. Cette vitesse est à comparer au débit des moyens actuels de la transmission qui est 1 000 fois à 10 000 fois plus élevé et ne constitue donc pas le goulet.

Certes l’avantage des grands débits reste considérable, car ils permettent d’accroître énormément la diversité des informations accessibles et l’étendue du champ de recherche du récepteur.

Malheureusement, autant le récepteur passif – ne cherchant que l’émotion fugitive – est comblé par la fécondité des émetteurs “ push ”, autant le récepteur actif, qui veut tirer (pull) une information précise de la masse d’informations emmagasinées, est mal aidé dans sa recherche ; soit parce que le magasin n’est pas rangé en fonction de ses besoins, soit parce que les moteurs de recherche sont rudimentaires. Or, en nous décrivant les performances limitées de “ l’intelligence artificielle ” et la non-rentabilité des systèmes experts sur mesure, l’auteur nous fait comprendre que la recherche documentaire exigera encore longtemps l’intervention de cerveaux humains agiles à rebondir d’un souvenir sur un autre, sans refuser pour autant l’aide du “ Net ”.

Dans les derniers chapitres de son livre, l’auteur nous parle des effets pratiques d’une information abondante – même correctement digérée – sur la conduite de notre vie. Sur ce chapitre, il est très éloquent : rien que des compliments pour l’information opérationnelle des entreprises ainsi que pour l’information réglementaire, juridique, normative.

Encore que la facilité de les enrichir donne envie à l’émetteur de les complexifier de plus en plus (la déclaration d’impôt sur le revenu, comparée d’une décennie à l’autre en est une belle illustration). Nous risquons donc un jour l’étouffement.

Ce jour est déjà arrivé pour les informations à contenu mou et déformable bénéficiant d’un diffuseur “ push ” vigoureux. Difficile, pour le récepteur sans défense d’y distinguer le vrai du faux, ou la place du “ non-dit ”.

L’impact de cette information est généralement proportionnel à la puissance de son haut-parleur ; et les contradictions apportées par la diversité des émetteurs conduisent au scepticisme plus qu’à la vérité.

L’auteur propose alors au récepteur quelques remèdes de bon sens aux risques de submersion ou d’intimidation. Il est moins confiant sur la façon d’endiguer la complexité des règlements et des organisations : car depuis des siècles le complexe a toujours vaincu le simple.

L’ouvrage se termine par quelques pages savoureuses sur les graves déformations dont ont souffert les informations économiques, telles que l’indice de productivité, le PIB, le taux d’inflation, où le Net – il faut le reconnaître – n’a aucune responsabilité.

Voilà donc un ouvrage qui, sans prophétie ni polémique, facilite la compréhension d’une évolution sociotechnique entourée d’un certain flou et d’un excès de lyrisme. Sa présentation est un peu austère, avec quelques pages assez techniques qui ne visent pas tout à fait le même lectorat que les pages terminales – plus conformes au titre L’information dans notre vie. Mais le style est clair, le vocabulaire précis, et le lecteur est bien payé du petit effort qui lui a été demandé.

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