Magazine N°738 Octobre 2018 - Arts, Lettres et Sciences
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Hors des sentiers battus

La souffrance sécrète du noir, l’inconnu engendre la lumière.

Christian Bobin, Autoportrait au radiateur

 

 

Paresse d’esprit ou souci d’optimiser ? Nous nous cantonnons volontiers à l’écoute d’œuvres qui nous sont familières, jouées par des interprètes que nous connaissons bien. Et pourtant, déroger à cette règle de précaution peut nous apporter, parfois, des plaisirs insoupçonnés.

Fin de siècle

Vous ne connaissez sans doute pas la pianiste russe Anna Zassimova. Vous connaissez Scriabine mais pas les compositeurs Peter et Georgy Catoire, Rebikov, Kalinnikov, et peut-être pas non plus Liadov ni Medtner. Au tournant des xixe et xxe siècles, à l’orée des cataclysmes qui allaient bouleverser l’Europe, ces compositeurs choisissent non de rompre avec le passé, comme le fera l’École de Vienne, mais de bâtir sur l’héritage de Chopin et Tchaïkovski une musique d’un extrême raffinement, empreinte de la
nostalgie d’un monde en train de disparaître. Écoutez la brève Méditation de Peter Catoire, la grande Sonata Reminiscenza de Medtner, écoutez aussi la Sonate n° 3 de Scriabine : tout l’esprit russe est là, marqué par le regret tchékhovien du temps qui passe et de ce qui aurait pu être. Anna Zassimova, qui a réuni des pièces de tous ces compositeurs en un CD, possède cette technique d’acier propre à l’école russe de piano mais aussi un toucher lumineux et subtil dans la lignée de Richter et Gilels.

1 CD HÄNSSLER

Le percutant, l’exubérant Fazil Say n’a pas fini de nous étonner : il nous avait déjà surpris dans l’intégrale des Sonates de Mozart puis en accompagnateur, il nous surprend plus encore là où nous ne l’attendions pas, dans Debussy (Préludes, livre 1) et Satie (Six Gnossiennes, Trois Gymnopédies). Dans les Préludes de Debussy, il fait preuve d’une finesse d’interprétation, d’un soin extrême de la couleur qui rappellent Samson François. Quant aux pièces de Satie, il les joue sans affectation, comme des miniatures linéaires hors du temps, dans une atmosphère de temple zen. Avec ce -nouvel enregistrement, Fazil Say se confirme comme l’un des pianistes majeurs du xxie siècle. 

 1 CD WARNER

Concertos

Le jeune violoniste allemand Tobias Feldmann vient d’enregistrer, avec l’Orchestre philharmonique de Liège dirigé par Jean-Jacques Kantorow, les concertos de Sibelius et de Rautavaara. À écouter son interprétation du Concerto de Sibelius, un des dix concertos majeurs des xixe et xxe siècles et l’un des plus beaux, interprétation lyrique, habitée, on s’étonne de ne pas avoir entendu plus tôt ce musicien de haut lignage. Quant au Concerto de Rautavaara, autre compositeur finlandais récemment disparu, c’est une œuvre originale du xxe siècle, polytonale, entièrement bâtie sur des recherches de timbres et tout à fait accessible à des oreilles réticentes à la musique contemporaine, que l’on écoute avec plaisir et intérêt et qui parvient à émouvoir. Signalons au passage la musicalité et l’homogénéité exceptionnelles de l’Orchestre de Liège, autre heureuse découverte. 

1 CD ALPHA

Dans le paysage musical français, Saint-Saëns est un mystère. Compositeur prolifique, pianiste prodige et virtuose, personnage officiel couvert d’honneurs, il a traversé quatre régimes politiques, de 1835 à 1921, sans changer un iota à sa manière, qui est restée ancrée dans la plus pure tradition de la musique romantique du xixe siècle ; et il est aujourd’hui très joué aux USA et au Royaume-Uni, très peu en France. Bertrand Chamayou vient d’enregistrer les Concertos pour piano 2 et 5 avec l’Orchestre national dirigé par Emmanuel Krivine, deux œuvres qui font appel à une technique pianistique transcendante et qui auraient pu être composées par Liszt (qui appréciait l’interprète Saint-Saëns) ; alors que le 5e Concerto, par exemple, a été écrit en 1896, deux ans après la création du Prélude à l’Après-midi d’un faune, de Debussy, un an après le Menuet antique de Ravel. Ces deux pièces archiclassiques et cependant superbes constituent une bonne approche de l’œuvre d’un compositeur auquel pourrait s’appliquer la formule célèbre de Gide répondant à la question : « Quel est le plus grand poète français ? Victor Hugo, hélas ! » 

1 CD ERATO

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