Magazine N°705 Mai 2015 - Solidarité
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Des élèves de l'X auprès des apprentis d'Auteuil

Tous les ans, des élèves de l’X choisissent de faire leur stage de première année chez les Apprentis d’Auteuil dans le cadre d’un partenariat de onze ans.
Rencontre avec Louis Duperier (2013) et Félix Roy (2013) sur le site des établissements Saint-Antoine, à Marcoussis, et témoignage de Mathieu Morel (2005), ancien stagiaire.

Cet après-midi-là, le cours de français de Bruno Fouquet commence tout juste. Les élèves en première bac pro du lycée professionnel Saint-Antoine (Marcoussis, 91) étudient Le Rhin, lettres à un ami, de Victor Hugo. Pas toujours facile d’identifier dans cet extrait les métaphores, énumérations, chiasmes et autres figures de style.

« N’hésitez pas à solliciter les polytechniciens, ils sont là pour vous donner un coup de main », rappelle aux élèves le professeur. effectivement, voilà déjà deux mois que Louis Duperier et Félix Roy viennent en aide au quotidien aux jeunes du lycée ou de l’internat Saint-Antoine.

La raison ? Un stage de longue durée dans le cadre de leur première année d’études à l’École polytechnique.

REPÈRES

En 2004, Jean Delacarte (47) avait proposé au général de Nomazy la création de stages permettant à des élèves de l’X de rencontrer et d’accompagner des jeunes en difficulté. La coopération a commencé avec quatre stages, il devrait y en avoir dix-huit cette année, preuve de l’intérêt que leur porte l’École.
Travail en équipe, gestion des conflits, respect et écoute de l’autre, exercice de l’autorité, connaissance d’un milieu différent du leur, tout cela leur apporte une expérience précieuse pour leur future carrière.

Créer une rupture

« Tous les jeunes de première année doivent effectuer un service civil ou militaire de six mois, explique Sophie Guichet, responsable des stages à l’X. Ceux qui choisissent le stage civil peuvent le faire dans différents organismes du secteur social ou caritatif, dont les Apprentis d’Auteuil.


Louis Duperier et Félix Roy, stagiaires de l’École polytechnique, en stage au lycée professionnel Saint-Antoine.

Le but est de créer une rupture avec l’univers scolaire dans lequel ils ont baigné jusque-là en tant qu’élèves. »

« Ce stage nous permet de nous ouvrir au monde réel, confirme Louis, 19 ans, à qui l’on donnerait quelques années de plus à entendre sa voix de baryton. Je voulais faire un stage dans le domaine éducatif parce que, pour moi, c’est le pilier d’une société.

En venant ici, je voulais aussi connaître une autre éducation que la mienne. Mon choix s’est donc porté sur la fondation que je connaissais depuis longtemps car mes grands-parents sont donateurs. »

Les deux jeunes stagiaires passent de table en table pour aider les élèves. Leur seule présence suffit parfois à les motiver. C’est le cas de Jérémy qui n’avait pas l’air très concerné par le cours au début de l’heure. Depuis, il a posé son sac et s’est plongé avec Louis, dans l’étude du texte d’Hugo. « Les trois quarts des élèves de la classe ont de gros retards scolaires, souligne l’enseignant.

“ Ce stage nous permet de nous ouvrir au monde réel ”

Quand je m’attarde auprès d’un élève, il y a immédiatement un flottement. Là, j’avance dans le cours et les stagiaires peuvent reprendre les choses individuellement avec ceux qui n’ont pas compris.

Ces jeunes étudiants de Polytechnique sont aussi un exemple vivant de réussite pour nos jeunes qui ne l’ont pas toujours connue au cours de leur scolarité. »

Un partenariat pérenne

En 2014, on a fêté les dix ans du partenariat avec l’École polytechnique. « En 2004, nous avons été le premier établissement à accueillir des jeunes de Polytechnique, se souvient Denis Dugord, directeur du lycée horticole et paysager de Saint-Antoine.

“ Cela m’a appris à être humble, à ne pas avoir de préjugés sur les autres ”

Ils sont très polyvalents. Ils peuvent à la fois faire du soutien scolaire, monter un projet avec un enseignant, donner des cours d’informatique et intervenir à l’internat le soir.

Ils sont très attendus et font vraiment partie des équipes. Cela leur demande un effort d’adaptation, mais cela les enrichit humainement. Ils découvrent une réalité sociale qui leur servira plus tard personnellement et professionnellement. »

Trouver la bonne distance

« Au cours des premiers mois, ils sont toujours en doublon avec un enseignant ou un éducateur, souligne Frédéric Beron, chef de service éducatif du lycée horticole et paysager. Il faut leur laisser le temps de prendre leurs marques, de trouver la bonne distance et l’autorité nécessaires avec des jeunes qui ont parfois le même âge qu’eux. »

Félix échange avec Bruno Fouquet, enseignant.
Félix échange avec Bruno Fouquet, enseignant.

« Ils jouent un rôle d’éducateurs à part entière au sein de l’équipe, ajoute Grégory Le Bras, tuteur d’un des deux stagiaires. Au début, nous leur donnons des conseils sur la bonne posture à adopter. Nous les prévenons que les jeunes vont inévitablement tester leur autorité et qu’ils doivent rester fermes, poser un cadre dès le départ. Ils doivent être enseignants en classe, puis éducateurs le soir. Mais ce sont des jeunes qui s’adaptent vite. Ils sont très à l’écoute, très demandeurs. »

« C’est un des stages civils les plus enrichissants pour nos étudiants, note Sophie Guichet. Ils apprennent beaucoup de choses à la fois au niveau éducatif, scolaire mais aussi relationnel et humain. Nous choisissons donc des jeunes solides, capables de s’adapter à des situations difficiles.

Lorsque je vais les voir après quelques mois de stage, ce ne sont plus les mêmes. Ils ont mûri, gagné en confiance. Bref, ils ont grandi. »

Dix ans après

Les stagiaires viennent en aide aux élèves.
Les stagiaires viennent en aide aux élèves.

Mathieu Morel (2005), qui fut stagiaire en 2005, témoigne : « J’ai effectué mon stage d’octobre 2005 à avril 2006 au collège Saint-François des établissements Notre-Dame (28). Je faisais principalement du soutien en maths, français et anglais en classe et le soir à l’internat.

Le stage a d’abord été un choc pour moi. J’avais 19 ans et j’avais passé deux ans à préparer le concours d’entrée de l’École polytechnique, dans un environnement fermé, très centré sur moi-même.

À Apprentis d’Auteuil, je suis passé d’un coup de l’autre côté du miroir à essayer d’aider des élèves en difficulté. Ce qui m’a le plus marqué ? Le côté humain de cette expérience. Il faut être à l’écoute, s’adapter, gérer des conflits, être dans une position d’autorité.

Cela m’a appris à être humble, à ne pas avoir de préjugés sur les autres. Je ne connaissais des jeunes en difficulté que l’image négative que peuvent en donner généralement les médias.

Là, j’ai vu qu’ils pouvaient être studieux et patients individuellement et avoir des comportements très différents en groupe. »

UN APPORT MUTUEL

Jean Delacarte dresse le bilan de cet accord avec l’X : « Au départ, ce passage à Auteuil a été pensé comme utile à nos jeunes camarades ; mais bientôt, il apparut qu’il était profitable à la Fondation, à ses jeunes, à son encadrement ; que ce soit dans les lieux de vie avec l’équipe éducative, ou en classe avec les enseignants, les X apportent une aide très appréciée. »

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Le présent article est tiré du n° 196 (février-mars 2014) du magazine À l’écoute, bimestriel édité par Apprentis d’Auteuil.

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