Magazine N°740 Décembre 2018 - Trajectoires
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Dégivrer les avions très vite et à moindre coût

Rencontre avec Ruben Toubiana (2011), fondateur de De-Ice

Ruben Toubiana est le fondateur de De-Ice, une start-up qui a conçu un dispositif révolutionnaire de dégivrage électrique pour l’industrie aéronautique.

Ruben Toubiana, fondateur de De-Ice

Quelle est l’activité de De-Ice ?

De-Ice Technologies, fondée en 2015, développe une solution de dégivrage électrique pour l’industrie aéronautique, qui met fin aux retards liés aux opérations de dégivrage, sans utilisation de produits chimiques. Avec un poids de moins de 50 kilogrammes pour un jet d’affaires long-courrier, le système peut être installé au sein de la structure de l’aéronef sans impact sur son profil aérodynamique ou sa performance et permet un dégivrage en dix minutes, pour un coût réduit de plus de 50 %, et une efficacité énergétique dix fois supérieure aux solutions chimiques actuelles.

Comment est venue l’idée ?

J’ai eu un voyage retardé de trois heures à cause d’un dégivrage. Actuellement, les avions sont dégivrés au sol par application de glycol à l’aide de véhicules spécialisés, ce qui est un procédé coûteux et qui cause de longs retards.

Avec Alex Bratianu, mon cofondateur, nous avons imaginé un système électromagnétique innovant, capable de remplacer les produits chimiques. Comme le concept nous a semblé prometteur, nous avons suivi le cours New Enterprises au MIT, qui nous a permis de développer une ébauche de stratégie commerciale.

Quel est le parcours des fondateurs ?

Après l’X et une brève expérience en M & A, j’ai obtenu un Master of Finance au MIT. Alex a un bachelor en Chemical Engineering de McGill et le Master of Finance du MIT et il a été consultant en stratégie chez Deloitte Consulting.

De-Icing

Qui sont les concurrents ?

Hormis le glycol actuellement utilisé, nous n’avons pas de concurrent direct. Quelques méthodes alternatives de dégivrage ont été explorées par le passé, comme les revêtements superhydrophobes ou les nanotubes de carbone, mais celles-ci restent loin d’une commercialisation potentielle.

Quelles ont été les étapes clés depuis la création ?

En 2015, le cours New Enterprises nous a amenés à interviewer des acteurs des secteurs aéronautique et réglementaire pour comprendre leurs attentes sur les contraintes réglementaires à respecter. Puis, le MIT nous a poussés à nous lancer à plein temps, en nous aidant d’une bourse et d’avantages en nature. Deux années ont été employées à mettre au point notre technologie et à obtenir des lettres d’intention signées de nos clients. Cela nous a permis de lever un premier financement auprès de fonds d’investissement américains de premier plan à l’été 2017. Aujourd’hui, nous approchons de la fin du cycle de recherche et développement et nous nous préparons à la certification de notre produit.

Comment crée-t-on une start-up industrielle à moins de 30 ans ?

Cela demande beaucoup de temps, d’énergie et une motivation sans faille – quelques points pour lesquels commencer jeune est un avantage. Cela demande aussi de l’expertise dans de nombreux domaines tels que la fabrication, la réglementation, l’intégration aux aéronefs, etc.

C’est ce qui nous a poussés à nous entourer d’experts sur tous ces sujets. Par exemple, l’ex-CFO de JetBlue, un VP à Virgin Galactic, deux professeurs au MIT, ou encore le chairman of the board du MIT font partie de notre advisory board. C’est en faisant régulièrement appel à leur aide et à leur expérience que nous avons pu surmonter les obstacles inhérents à la création d’une start-up dans le secteur aéronautique.

Et comment entraîne-t-on des investisseurs sur de tels projets ?

Il faut d’abord cibler les efforts sur les venture capitalists qui peuvent avoir un appétit pour le niveau de risque et les problématiques propres à ce type d’entreprise.

Une fois les bons interlocuteurs choisis, il nous a fallu du temps pour leur vendre le projet et construire une relation de confiance. La méthode consiste à entrer en contact en amont de la levée de fonds, afin d’identifier tôt ce qui sera attendu de la start-up au moment de lever et de partager des mises à jour régulières qui permettent aux investisseurs d’être conscients du progrès réalisé, des problématiques et de l’opportunité que le marché représente.

Dans notre cas, cela s’est traduit par des premières rencontres un an avant le début de notre levée de fonds et par de fréquents voyages sur la Côte ouest pour entretenir l’intérêt de nos futurs investisseurs. Ces efforts ont payé, puisque notre levée de fonds ne nous a pris que trois mois, depuis la décision d’ouvrir notre capital jusqu’au closing.

Pourquoi les grands groupes ont-ils du mal à réaliser des innovations comme celle de De-Ice ?

Tout d’abord, la prise de risque est peu encouragée en grand groupe. Notre projet implique un niveau de risque (réglementaire, technologique, commercial, etc.) qui n’est pas bien récompensé en grande entreprise. Cela décourage les équipes, plus inquiètes de la réaction du management en cas d’échec que motivées par un succès potentiel.

Ensuite, mener à bien un tel projet nécessite de l’agilité au cours du cycle de développement et de commercialisation. Les grands groupes ne peuvent pas rivaliser avec l’habilité d’une start-up, capable de prendre des décisions et de s’adapter rapidement.

En revanche, les grands groupes disposent de moyens, d’expérience, et d’une main-d’œuvre spécialisée qu’une start-up n’a pas. Ils ont aussi la connaissance des systèmes complexes qu’ils conçoivent (par exemple, Airbus et ses avions commerciaux) où sur lesquels ils ont travaillé (par exemple, Safran qui s’apprête à intégrer ses générateurs électriques auxiliaires au Boeing 737 Max).

Au final, la combinaison des atouts d’une start-up et d’un groupe spécialisé constitue l’équipe idéale pour amener une innovation comme la nôtre sur le marché : alors que nous permettons la création et le développement du produit, un groupe industriel bien choisi pourra nous aider à accélérer son intégration aux aéronefs.

Tu es passé par l’X et le MIT, qu’as-tu apprécié chez l’une et chez l’autre ?

À l’X, les bases analytiques et pluridisciplinaires du cursus m’ont permis d’acquérir un socle de connaissances et une méthodologie à toute épreuve. Au MIT, la diversité des profils et le fait que de nombreux cours soient basés sur des projets concrets m’ont apporté une vision pratique. Par ailleurs, la quantité de ressources, le niveau d’implication des professeurs et l’effervescence générale créent les conditions idéales pour lancer un projet comme De-Ice.

Et qu’est-ce qui pourrait être amélioré à ton avis ?

Le parcours à l’X pourrait inclure plus de programmes proposant aux étudiants de réaliser des projets concrets, plutôt que de résoudre des problèmes théoriques. En ce qui concerne l’entrepreneuriat, l’infrastructure se développe rapidement à l’X, ce qui est très prometteur pour l’avenir ! 

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