Magazine N°740 Décembre 2018 - Expressions
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Hakim MOAMAH (2016)

Robin STEIGER (2016)

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Par Claire HÉDON
Par Hakim MOAMAH (2016)
et Robin STEIGER (2016)

ASK et X-Solidarités, générations d’X engagés

Le mardi 9 octobre 2018, dans un petit amphi de l’École, a eu lieu une série de témoignages, organisée par l’action sociale de la Kès (ASK) et son grand frère X-Solidarités. Nous avons eu le plaisir d’accueillir trois anciens (des promos 75, 95 et 2011), venus nous présenter leurs parcours et réflexions pleines d’espoir, ayant eux-mêmes orienté leur carrière ou leur vie personnelle vers l’engagement associatif.

Kudakude
Kudakude réserve des places de théâtre, qu’elle attribue à des associations partenaires.

Dans une ambiance intime, décontractée et ouverte, une vingtaine d’élèves se sont retrouvés autour d’un apéritif pour rencontrer ces anciens, ce qui a rendu l’échange d’autant plus intéressant et émouvant.

Nous souhaitons communiquer à la communauté polytechnicienne un petit compte rendu de ce qui nous a le plus marqués. Nous espérons qu’il suscitera votre intérêt, qu’il vous fera découvrir de belles associations, et qu’il vous encouragera à assister aux futures rencontres X-Solidarités ou ASK organisées par les X2017 !

Connais-toi toi-même

Hakara Tea (95) postule à la sortie de l’École pour devenir consultant dans un cabinet de conseil en stratégie. Son principal objectif : gagner assez d’argent pour rembourser les frais universitaires de son année d’études à Stanford. Il s’engage pour trois ans dans ce cabinet, à travailler 70 heures par semaine. C’est grisant, mais épuisant et il ne s’épanouit pas dans la réorganisation et la restructuration de grands groupes européens.

Arrive alors ce qu’il déclare être la meilleure chose qui lui soit jamais arrivée : il est licencié. Ses indemnités de licenciement lui permettent de finir de rembourser ses études, et il décide de faire le point sur sa vie, à 27 ans. Un peu perdu, il fait le choix de revenir à ses racines et à ses origines cambodgiennes. Il lui tient à cœur de visiter le pays de ses parents et il rejoint l’association Pour un Sourire d’Enfant, qui agit au Cambodge pour sortir les enfants de l’extrême misère et les former à un métier. Dans la continuité de cet engagement, il est le premier à rejoindre la toute nouvelle fondation Passerelles numériques, dont le but est de former de jeunes Cambodgiens défavorisés pour qu’ils deviennent techniciens d’informatique, à l’époque où mettre trois ordinateurs en réseau était un défi dans ce pays.

Mais malgré son investissement dans tous ces projets plus humanitaires, Hakara n’arrive toujours pas à se sentir heureux. Ce qui semble a priori paradoxal s’explique par le caractère démesuré de son investissement, générateur chez lui d’un stress excessif. Il ne parvient pas à trouver un équilibre soutenable, d’autant plus qu’il n’a plus la même énergie à 35 ans qu’à 28. Il découvre alors la méditation et cherche comment continuer à avancer dans la vie. Progressivement, il se rend compte que la peur du regard des autres et sa constante recherche d’approbation l’empêchent de se satisfaire de ses actions. C’est le point de départ d’un travail sur lui-même, qui l’amène à prendre en compte ses propres limites, et à accepter le fait qu’il n’a pas besoin de mériter les preuves d’amour de son entourage pour les recueillir. Pour autant, il accepte le fait d’avoir besoin des autres, et continue d’apprendre à mieux gérer cet aspect de sa personnalité. Un bel exemple, qui nous enseigne que l’engagement social et militant seul ne fait pas nécessairement le bonheur.

Enfin, Hakara nous a également inspirés parce qu’il a réussi à capitaliser sur ses acquis du conseil pour les mettre au profit de projets d’envergure qui lui étaient chers. Les documents Excel qu’il remplissait ne servaient plus à maximiser la valeur ajoutée pour les actionnaires de ses clients, mais à optimiser l’impact des projets et le bien-être des acteurs qui y participaient.

Rencontre avec la grande pauvreté

Pierre-Yves Madignier (75) est venu avec Marie-Aleth Grard pour nous partager l’importance de s’appuyer sur les savoirs des plus pauvres sur des sujets aussi complexes que l’école. Il concilie une belle carrière chez EDF avec une vigoureuse action sociale pendant de nombreuses années. À l’École, en accompagnant un ami, il se retrouve pour la première fois de sa vie dans une cité difficile. Pierre-Yves est bouleversé : il découvre ce que l’on appelle la grande pauvreté. Il consacre par la suite beaucoup d’énergie pour lutter contre celle-ci. Il adhère à l’association Agir Tous pour la Dignité Quart Monde, qui œuvre non pas pour la réduction de la misère mais bien pour son éradication. Pierre-Yves nous transmet par son témoignage des valeurs qui promeuvent la dignité de chacun et bannissent le mépris, qui créent du lien social et brisent l’isolement. Son engagement prend alors une autre dimension lorsqu’il devient de 2010 à 2015 président du mouvement ATD Quart Monde.

Cet antique nous inspire. D’abord, car il a réussi à concilier sa carrière et son engagement en choisissant de réduire son temps de travail au sein de son entreprise et en en assumant les conséquences. Ensuite, nous trouvons intéressante l’utilisation qu’il a faite de son statut de polytechnicien. Au cours de discussions concernant des réformes sociales, il a pu mettre à profit l’attention qui lui était prêtée par les politiciens pour faire entendre la voix du quart-monde auprès de François Fillon ou François Hollande.

 

“Chacun peut agir à son échelle et joindre l’utile à l’agréable
en alliant engagement social et passion personnelle”
 

Tous au théâtre

Florent Facq (2011), le plus jeune de nos intervenants, s’est beaucoup investi dans le binet théâtre et a eu l’envie de partager sa passion plus largement. Il déplore la transformation moderne du théâtre d’un lieu de vie riche et cosmopolite en objet de consommation réservé à un public privilégié, qui arrive pile à l’heure et repart juste à l’issue du spectacle. Après être passé par le corps des Ponts, il investit donc le temps libre à sa disposition pour fonder Kudakude.

Cette association réserve des places pour différentes pièces de théâtre, qu’elle attribue à des associations partenaires, travaillant avec des publics ayant un accès difficile aux théâtres parisiens. Kudakude met parallèlement en vente d’autres places pour les mêmes spectacles qui financent cet accès. Tous bénéficient ensuite d’échanges privilégiés avec les équipes de réalisation ainsi que de discussions et débats animés par les membres de l’association.

La preuve vivante que chacun peut agir à son échelle, que l’on peut joindre l’utile à l’agréable en alliant engagement social et passion personnelle. Il nous montre aussi que l’on n’a pas besoin d’attendre de longues années avant d’avoir un vrai impact.

Le grand frère X-Solidarités

Nous n’aurions pas pu récolter ces témoignages sans l’existence d’X-Solidarités. Un peu de pub donc, pour ce groupe d’anciens qui a pour objectif de promouvoir toutes formes de solidarités à l’œuvre dans notre société : action caritative, économie sociale et solidaire, aide humanitaire, mécénat, accompagnement social, aide au développement.

Cette association se propose d’être à la fois un lieu de discussion et de confrontation d’idées et une plateforme de rencontre et d’échange entre les différents membres de la communauté polytechnicienne.

Pour reprendre le début de l’article, X-Solidarités, c’est l’ASK après l’X. C’est aussi la preuve que notre engagement solidaire peut commencer dès maintenant ou dans dix ans, mais que nous serons soutenus et encouragés dans notre démarche dans tous les cas. 

À propos des intervenants

« Alain Goyé (85) et Hakara Tea (95) : le Cambodge au cœur », Magnan des 150 ans, https://bit.ly/2qMC3zT 

« Les pépites », La Jaune et la Rouge n° 719, novembre 2016 : https://bit.ly/2PUQ6Sb

« Pierre-Yves (75) et Marie-Laurence Madignier (75), un foyer engagé », Magnan des 150 ans : https://bit.ly/2qLkAb8

« L’expérience artistique comme vecteur de cohésion sociale », Florent Facq, Portraits d’X, Facebook AX : http://bit.ly/2B4fpckFlorentFacq

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