1979-2016, chronique d’un déni climatique… et d’un basculement du monde
Cet ouvrage décrit, de manière subtile et pudique, l’évolution de l’auteur à propos du réchauffement climatique – on perçoit, année après année, sa prise de conscience d’un phénomène qui apparaît progressivement comme le motif dans le tapis, au cœur même de ses recherches.
C’est justement parce que Louis Géli est un chercheur, dans un domaine impacté par le réchauffement, que son propos est à la fois légitime et percutant. Loin d’être comme d’autres un simple plaidoyer militant – ce qu’il n’est pas – l’ouvrage est autoportant par le témoignage même qu’il constitue, fondé sur une expérience professionnelle, dans sa peau de chercheur, et non sur une théorie abstraite.
L’ouvrage est vivant, animé par des expéditions océanographiques, cette foi en la science qui reste intacte chez l’auteur mais s’ouvre chez lui à une conscience géopolitique de l’impact humain sur la Nature : une conscience de l’Anthropocène dirait-on – mais vécue sur le terrain, celui des océans. Et de la part d’un chercheur en sciences dures, de formation scientifique, pas un historien ni un sociologue militant ni un climatologue – cette dernière science ayant tendance hélas à rester abstraite, ce qui n’est pas le cas de l’océanographie.
La narration est originale par son caractère d’expérience personnelle donc, mais aussi par son style spontané et sa construction en années, à l’avancement inexorable. Oui, à propos du réchauffement, sans doute savait-on depuis longtemps, comme certains nous l’assènent : mais c’est mieux de le comprendre rétrospectivement ainsi, de comprendre pourquoi et comment on en prenait conscience.

