1966, année mirifique
Après La littérature, ça paye (2024) et Déshonorer le contrat (2025), notre académicien et « collégien » préféré sort en ce début d’année son 33e livre. S’appuyant sur l’année 1817 décrite par Victor Hugo dans Les Misérables, il y explique dans une longue préface pourquoi il a choisi de consacrer un pavé de plus de 500 pages écrites en petits caractères à l’année 1966, qui semble n’être qu’une année lambda au milieu des trente glorieuses et non une annus mirabilis. Mais passez votre chemin, m’a-t-il expliqué lors d’une présentation privée de son livre, il ne faut jamais lire les préfaces, ce ne sont que des modes d’emploi dont la lecture est inutile. Soit !
Nous voilà donc amenés à revivre jour après jour cette année 1966, année charnière qui commence, selon Antoine, à l’automne 1965 avec la mise en ballotage du général de Gaulle par François
Mitterrand et se termine avec les prémices de Mai 68, dont il fait remonter l’origine à la réforme de la licence par Christian Fouchet, gentiment appelé Christ-hi-han par Le Canard.
Année culturelle avec Malraux au ministère de la Culture, des ouvrages d’Althusser, Aragon, Barthes, Foucault, Lacan, Mauriac, Perec ou Sartre en librairie, Au hasard Balthazar de Robert Bresson, Pierrot le Fou de Jean-Luc Godard ou La Grande Vadrouille de Gérard Oury au cinéma, et le lancement, décrié par les grands intellectuels, du Livre de poche, dont deux volumes de La Recherche, marquant, selon Antoine, le début de la sortie de Proust du ghetto !
Année de développement industriel avec l’inauguration de l’usine marémotrice de la Rance ou celle de l’usine d’enrichissement de Pierrelatte par Pompidou.
Année des affaires avec la disparition de Ben Barka, Barthes contre Picard, Foucault contre Sartre, Althusser contre Lacan ou Hannah Arendt et Treblinka.
Année de changements sociétaux avec les cheveux longs, illustrés par un autre Antoine, la minijupe, décriée par Françoise Giroud, la croissance exponentielle du nombre de télés, de bagnoles et d’étudiantes, l’autorisation donnée aux femmes mariées d’avoir leur compte en banque et le dépôt de la proposition de loi Neuwirth, que l’on chérit encore, tout en déplorant ses effets sur notre natalité, ce qui, comme disait Bossuet, fait sans doute rire Dieu !


