Magazine N°559 Novembre 2000 - Arts, Lettres et Sciences
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Les limites de la connaissance

Quel est l’objet de notre connaissance et comment connaissons-nous? Telles sont les questions fondatrices de la philosophie.

Les grands penseurs se sont constamment interrogés sur ce sujet en appuyant leur réflexion sur le corpus des connaissances empiriques du moment. Les réponses ont oscillé depuis les Grecs entre des “ idéalismes ” de type platonicien dont le prototype est représenté par le mythe de la caverne et des doctrines “ réalistes ” dont on peut trouver l’enracinement chez Aristote.

Malgré les grandes révolutions intellectuelles qu’ont été successivement l’avènement du raisonnement logique des Grecs, l’invention de la méthode scientifique au XVIe siècle, les tentatives de classement systématiques du monde du XVIIIe et l’essor extraordinaire de la technologie scientifique du XIXe siècle, il n’en demeure pas moins qu’à l’aube du XXe siècle les réponses aux questions fondatrices rentraient plus que jamais dans les deux catégories devenues inconciliables qui opposaient l’esprit et la matière ou encore la philosophie à la Hegel et la science dite exacte.

C’est le grand mérite des Limites de la connaissance de reprendre le problème au début du XXe siècle et de nous guider à travers les fantastiques constructions intellectuelles scientifiques des cent dernières années pour dresser un panorama détaillé de l’état du débat sur la question de la connaissance.

Quelles sont les conséquences de notre nouveau rapport au monde imposé par la mécanique quantique et la non-commutativité des observables ? Quelles limites impose le théorème de Gödel ? Le chaos est-il équivalent à l’inconnaissabilité ? Le rêve d’un monde calculable de Leibniz s’est-il réalisé grâce à la formalisation des mathématiques ?

Toutes ces questions sont analysées par Hervé Zwirn avec beaucoup de minutie et dans un style dense qui font de ce livre une référence et un point de départ vers les multiples horizons que l’on a souvent l’habitude d’aborder sous forme de monographies. Les différents chapitres peuvent être lus indépendamment, mais c’est ensemble, avec le recul nécessaire, qu’une synthèse générale apparaît et que les croisements des disciplines se font jour pour nous faire admirer la conclusion provisoire : la science du XXe siècle nous ramène à l’homme de Protagoras, mesure du monde.

C’est la science elle-même qui indique et calcule ses limites et non une doctrine exogène qui les impose par principe. Ces limites s’inscrivent dans l’ancienne région frontière entre le sujet connaissant et l’objet “ en soi ”. Mais ces deux concepts sont devenus flous et les abandons successifs des absolus comme l’espace-temps de Kant comme condition “ a priori ” de la connaissance ou la notion même d’observable indépendante de l’observateur justifient une nouvelle forme de discours sur la connaissance, moins systématique et finalement plus subtile.

Ce sont les éléments de cette nouvelle grammaire rigoureuse de la philosophie de la connaissance qu’Hervé Zwirn nous propose de découvrir et qui nous permettent de comprendre que l’on est définitivement passé de l’ère des grands systèmes de pensée au temps des jardiniers des idées.

La science fondamentale nous réconcilie avec nousmême et s’éloigne du discours de la technologie ou de l’idéologie triomphante et c’est tout à l’honneur de l’esprit humain cher à Jean Dieudonné

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