Magazine N°712 Février 2016 - Polytechniciennes

La passion des mathématiques

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Au lycée, j’aimais autant les sciences (surtout les mathématiques) que la musique ; je suivais des cours de piano et d’alto au conservatoire de Nice. Mais j’avais conscience de ne pas avoir le niveau pour devenir musicienne professionnelle.

La carrière d’ingénieur du son me paraissait un bon compromis, et une classe préparatoire était une façon de prendre le temps de décider d’une orientation professionnelle.

Malgré une prépa de type « familial » (au lycée Masséna à Nice), j’ai trouvé les débuts très durs. Je travaillais beaucoup mais les résultats ne suivaient pas.

Il a fallu plusieurs mois pour qu’enfin j’obtienne la moyenne à un contrôle de maths, mon meilleur souvenir de prépa.

Enseignants et chercheurs

Un court stage à l’X en acoustique m’a convaincue que le métier d’ingénieur du son n’était pas pour moi.
La fin de la scolarité à l’X consiste en un stage de recherche de trois mois ; j’ai décidé de l’effectuer dans un laboratoire de météorologie, car ce sujet m’a toujours intéressée et cela me permettait de tester la recherche très « appliquée ».
J’en suis sortie avec la certitude que, finalement, les mathématiques fondamentales m’intéressaient le plus.

J’ai eu la chance d’intégrer l’X en trois-demi (non sans mal car, à l’époque, il y avait un « petit oral » et un « grand oral »). On passait d’abord un an au service militaire, une coupure totale. Le retour à la vie étudiante à l’X n’a pas été facile.

Mais je me rendais compte que la plupart de mes enseignants étaient des chercheurs de très haut niveau, et cela m’a donné envie de mieux connaître leur métier. J’ai suivi de manière occasionnelle le « séminaire des élèves » qu’organisait le Centre de mathématiques de l’X.

Au cours de ma scolarité je me suis de plus en plus orientée vers les mathématiques. Mes choix de thématiques se sont faits au gré des rencontres et des conseils de professeurs.

De la météo aux équations

J’ai suivi un DEA (M2 actuellement) de mathématiques à Paris-VI, choix fait suite à des discussions avec l’un de mes enseignants de l’X, Jean- Yves Chemin, qui enseignait aussi dans ce DEA.

Puisque je m’intéressais à la météorologie, il m’a proposé un sujet de stage de DEA lié à cette matière. Puis j’ai rédigé une thèse d’analyse mathématique d’équations de la mécanique des fluides géophysiques, et des équations de Navier-Stokes.

Recrutée au CNRS, j’ai continué à travailler sur ces questions, tout en élargissant mon champ de recherches à des sujets de nature plus fondamentale d’analyse mathématique.

J’ai ensuite obtenu un poste de professeur de mathématiques à l’université Paris-Diderot (Paris-VII), poste que j’occupe toujours. Je pense avoir commencé à penser à ce métier à l’X. Auparavant, j’ignorais que l’on pouvait exercer cette profession en mathématiques.

Une grande liberté

Le métier de chercheur ou d’enseignant- chercheur offre une grande liberté. Certes, les heures de cours et les activités administratives nécessitent des horaires fixes, mais la recherche s’organise de manière très personnelle.

“ On fait les mêmes mathématiques partout dans le monde, ce qui est très enrichissant ”

On peut, surtout en mathématiques, travailler chez soi, dans le métro, dans la salle d’attente d’un médecin. Mes recherches, souvent menées en petits groupes de 2 ou 3 personnes, sont ponctuées de séminaires où l’on rencontre des collègues travaillant sur des sujets voisins.

On voyage très régulièrement, en France mais aussi un peu partout à l’étranger : on fait le même type de mathématiques partout dans le monde, ce qui est très enrichissant.

Il faut persévérer

La persévérance est une qualité fondamentale. Il ne faut pas se laisser décourager par les difficultés, par l’absence de bons résultats scolaires. En mathématiques certains concepts, très difficiles au premier abord, finissent, à force de les manipuler, par devenir des objets familiers.

Il ne faut pas se laisser impressionner par des camarades qui semblent comprendre beaucoup plus vite, qui réussissent des exercices apparemment insurmontables : dans la recherche en mathématiques, mieux vaut mettre plus de temps et comprendre en profondeur, que raisonner le plus vite possible et risquer des erreurs.

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