Magazine N°702 Février 2015 - Expressions
L'envers du décor

Donner son avis sur le socle commun

Le savoir nécessaire qui devrait être acquis en fin de scolarité obligatoire a fait l’objet de nombreux projets depuis quarante ans.
La décision, prise il y a dix ans, de définir et de mettre en oeuvre un socle commun de connaissances et de compétences n’a pas été appliquée. Le principe a été réaffirmé en 2013. Une consultation nationale, lancée en septembre dernier, devrait conclure à la fin de l’année 2015.

En classe
En classe de quatrième ou troisième, certains ne possèdent ni les bases de calcul,
ni celles de la géométrie. © CHLOROPHYLLE - FOTOLIA
 

Chaque année en France, environ 150 000 jeunes, soit 20 % d’une classe d’âge, terminent leur scolarité obligatoire sans aucune qualification. Dans les faits, la plupart d’entre eux présentent de gros déficits en expression écrite et orale et ils ne maîtrisent pas les bases du calcul.

“ Un immense écart entre les programmes et les connaissances de base ”

Ce taux d’échec est trop élevé pour être expliqué par une moindre aptitude à apprendre chez ceux qui en sont les victimes.

Accompagnant des élèves en difficulté, nous pouvons témoigner qu’en classe de quatrième ou de troisième certains ne possèdent ni les bases du calcul, ni celles de la géométrie, de sorte qu’il est impossible de combler un immense écart entre l’enseignement du programme et ces élèves auxquels il faut apprendre à compter et à mesurer.

Des réformes avortées

Il y a longtemps qu’est posé le problème d’un « savoir nécessaire » qui devrait être acquis en fin de scolarité obligatoire. Il l’a été une première fois en 1975 lorsque la loi Haby a institué le collège unique.

Il a été relancé en 1985, puis repris en 2004 dans la principale proposition du rapport de Claude Thélot (65) qui concluait un Débat national sur l’école.

UN DÉCALAGE INVISIBLE

Ruth, une jeune fille d’origine africaine, élève appliquée de troisième, affiche un très faible niveau en mathématiques, mais une note de 20 sur 20 en arts plastiques. Elle est arrivée au collège sans avoir acquis les bases de l’enseignement primaire et, depuis la sixième, elle a assisté aux cours de maths sans que jamais le système éducatif ne se préoccupe du décalage entre ce qu’elle savait et ce qu’on lui enseignait.

Cela s’est traduit, en 2005, par la loi Fillon qui a institué un Socle commun de connaissances et de compétences réparties en sept domaines. La réforme a rencontré une telle opposition de la part de l’ensemble des corps enseignants qu’elle n’est pas entrée en application.

De nouvelles propositions

Après les élections de 2012, la nouvelle majorité a pris acte de ce blocage, mais aussi de la permanence du taux d’échec en fin de scolarité obligatoire. En 2013, la loi de refondation de l’école, présentée par Vincent Peillon, a réaffirmé le principe d’un socle commun et institué un Conseil supérieur des programmes (CSP) pour redéfinir son contenu et formuler des propositions pour sa mise en œuvre.

Afin de prévenir un nouveau rejet, le Conseil a recommandé une consultation nationale de la communauté éducative, consultation qui a débuté en septembre 2014 et qui doit se prolonger tout au long de l’année 2015.

Les cinq domaines de la culture commune

Le premier domaine est celui des langages pour penser et communiquer : « Maîtriser la langue française, pratiquer une langue étrangère, savoir utiliser les langages scientifiques, s’exprimer et communiquer. »

En classe
Penser et communiquer. © CHLOROPHYLLE - FOTOLIA

Le second est celui des méthodes et des outils pour apprendre : « Maîtriser les techniques usuelles de l’information et de la communication, maîtriser les techniques et les règles des outils numériques, acquérir la capacité de coopérer et de réaliser des projets, organiser son travail pour l’efficacité des apprentissages. »

Le troisième concerne la formation de la personne et du citoyen : « Développer la sensibilité, la confiance en soi et le respect des autres, comprendre la règle et le droit, développer le jugement, développer le sens de l’engagement et de l’initiative. »

“ Un projet qui remet en cause les méthodes ”

Le quatrième domaine est celui de l’observation et de la compréhension du monde : « Se poser des questions et chercher des réponses ; expliquer, démontrer et argumenter ; concevoir, créer et réaliser ; comprendre et assumer ses responsabilités individuelles et collectives. »

Le cinquième, enfin, est celui des représentations du monde et des activités humaines : « Se situer dans l’espace et le temps ; comprendre les représentations du monde ; comprendre les organisations du monde ; concevoir, créer, réaliser. »

Une remise en cause radicale

Il est possible de trouver des correspondances entre les programmes actuels de français, de maths et de langue vivante et ceux des langages du premier domaine, mais aucune matière ne correspond au deuxième. Même défi dans le troisième, pour enseigner le développement de la personne et l’engagement du citoyen.

On peut imaginer la réaction des enseignants confrontés à ce projet qui bouleverse les programmes et appelle une remise en cause des méthodes.

Une consultation nationale

Le Conseil supérieur des programmes a prévu de consacrer l’année scolaire à une consultation nationale. Il convient d’être attentif à cette démarche, car un tel changement ne concerne pas seulement les corps enseignants, mais aussi la communauté éducative à laquelle participent tous les élèves et leurs parents.

NEUF MATIÈRES EN SIXIÈME

Dans un bulletin de la classe de sixième, on trouve énumérées les matières du programme : le français, l’histoire et géographie, les mathématiques, la première langue vivante, les sciences de la vie et de la terre, la technologie, l’éducation physique et sportive, les arts plastiques, l’éducation musicale, soit neuf matières enseignées par neuf enseignants différents, chacun ayant reçu une formation et titulaire d’un diplôme qui le qualifient dans cette matière.

 

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