Magazine N°727 Septembre 2017 - Le Grand Magnan 2017
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Polytechnicien et officier parachutiste

L’auteur a choisi la carrière des armes dans l’infanterie, choix aujourd’hui rare pour un polytechnicien. Il évoque ici ses premières années qui lui ont permis d’être envoyé régulièrement en opération extérieure.

Comme ma famille ne comporte aucun militaire, mon expérience de l’armée se limitait au stage de première année à l’École, soit une formation initiale à Barcelonnette, deux mois de formation à l’École des fusiliers marins à Lorient avant le stage de formation humaine et militaire au commando Hubert à Saint-Mandrier.

Puis en deuxième année, j’eus la chance d’encadrer l’incorporation des 2009 à La Courtine. Ces périodes ont nourri ma décision de rejoindre la « Grande Muette ». En 2010, alors que la plupart de mes camarades rejoignent une école d’application, je rejoins mon « école d’appli », l’École de l’infanterie, fraîchement déménagée à Draguignan.

La formation assez dense se concentre sur le sport, le tir et la tactique pour le volet opérationnel, sur la gestion des militaires du rang et des sous-officiers pour le volet des ressources humaines.

DU GABON À LA RCA

À l’été 2011, jeune lieutenant, je rejoins le 8e Régiment de Parachutistes d’Infanterie de Marine (RPIMa), situé à Castres dans le Tarn.

Le parcours classique de l’officier direct dure trois ans en tant que chef de section, incluant si possible une projection (c’est-à-dire une intervention hors de frontières) et une phase de formation initiale (les « classes »), cette durée équivalant à celle du grade de lieutenant avant le passage au grade de capitaine (durée réduite à deux ans pour les Polytechniciens).

“ En novembre 2012, je suis projeté à Bangui, sur le camp de M’Poko ”

Lors de ma préparation à ma nouvelle affectation, le chef de corps m’annonce mon départ aux classes dès mon arrivée au régiment. En octobre 2011, je prépare donc cette incorporation avec la base arrière de la 2e compagnie, projetée au Gabon. Le contexte apparaît défavorable, puisque les cadres savent qu’ils manquent une projection et que, lorsque les classes se termineront, la compagnie sera à peine rentrée, repoussant la prochaine projection.

Les aléas de la programmation me sourient puisque je rejoins une autre compagnie avec ma section de jeunes recrues, la 1re compagnie, dont la projection en République centrafricaine (RCA) est prévue en novembre 2012.

La préparation tactique se focalise alors sur le pays, ses environs et les missions possibles, telles que l’évacuation de ressortissants.

En novembre 2012, je suis donc projeté avec ma compagnie à Bangui, sur le camp de M’Poko. Rapidement, les consignes me sont données, comme le rythme de la mission. La section monte la garde, prend l’alerte, patrouille en ville, s’instruit et se repose.

Durant les quatre mois de mission, une à deux tournées de province (TP) sont prévues, d’une durée d’une semaine dans les villages de province, en autonomie complète avec la section.

Les recrues étant encore jeunes, l’effort est maintenu sur l’instruction à travers la réalisation d’un certificat technique élémentaire (CTE).

Le rythme s’alourdit alors, pour les cadres comme pour la troupe, mais la capacité opérationnelle s’en trouve augmentée.

« TOURNÉES EN PROVINCE »

La première TP est préparée avec soin, la section partant avec les vivres, le soutien logistique et médical pour une semaine. Mais la chaleur, la poussière et l’état des routes ralentissent nos véhicules. Après un long déplacement, la section s’installe dans un village dans un terrain vague.

Commencent alors les différents échanges. Les infirmiers partagent avec les soutiens sanitaires locaux, les groupes partent patrouiller dans les environs pendant que j’échange avec le chef du village et ses adjoints.

“ Tensions, missions imprévues, adaptation perpétuelle, imposent une remise en question permanente ”

La semaine s’écoule et se termine par le traditionnel match de football entre militaires et locaux, la manifestation attirant l’ensemble des villages aux alentours.

Au retour de la TP, des incidents éclatent à Bangui, à l’ambassade, après l’avancée dans le pays de la coalition rebelle, la Séléka. Le rythme de la mission change brutalement, comme la posture.

La garde est alors montée dans les points névralgiques et des renforts sont envoyés depuis le Gabon. La mission prend tout son sens, le risque d’évacuation de ressortissants restant élevé. Pendant plusieurs semaines, le quotidien devient plus rustique, le confort est oublié et la fatigue s’installe progressivement.

Après un retour au calme, la section repart en TP pour la seconde fois et termine son CTE avant le retour en France.

LA RCA, DE NOUVEAU

En 2013, je rejoins avant l’été la Compagnie de Commandement et de Logistique (CCL) comme officier adjoint en raison de mon passage au grade supérieur. En novembre 2013, les tensions en RCA poussent la Force à déclencher des renforts.

Je suis alors à nouveau projeté en RCA mais cette fois en tant que « soutien » et non en tant que « mêlée », qui reste mon cœur de métier. La projection est alors bien plus lourde en moyens, le départ se fait par voie maritime avec nos véhicules de Toulon au Cameroun, puis par voie ferrée jusqu’à la frontière avec la RCA, puis par voie routière à travers la RCA.

Le convoi voyage plus de trois jours à travers l’immensité du pays, les villages pour la plupart étant abandonnés suite aux multiples exactions. Le trajet se révèle difficile pour les véhicules, la tension et la vigilance du personnel restent maximales après la mort début décembre 2013 de deux parachutistes de la première compagnie.

Arrivés à Bangui, les spécialistes travaillent alors sans relâche, dans la réparation et l’entretien des véhicules, dans les ravitaillements comme dans l’évacuation de civils.

Je m’adapte rapidement aux différents domaines de spécialité ainsi qu’au travail interarmes. L’ambiance dans le camp est électrique, le rythme des patrouilles et la tension générale restant élevés. Je retrouve mon ancienne section éreintée par la mission, attristée par la mort des camarades.

Adrien Chavanne (07) commandant la 3e Compagnie du 3e RPIMa à Carcassonne.
Depuis le 28 juin 2016, Adrien Chavanne (2007) commande la 3e Compagnie du 3e RPIMa à Carcassonne.

Les deux compagnies du 8e RPIMa cumulent plusieurs mois de mission à mon arrivée et, si le rythme des patrouilles ne faiblit pas, les capacités logistiques du camp en sont fortement réduites.

La capitale est également marquée par le conflit, la population accepte difficilement la présence de la force. Le quotidien amène son lot de tensions, de missions imprévues, d’adaptation perpétuelle, qui imposent une remise en question permanente.

DU 8e RPIMa AU 3e RPIMa

Enfin, en janvier 2014, je repars en France pour poursuivre mon cursus de formation, abandonnant ma compagnie avant la fin de la mission, me préparant à ma future fonction de commandant d’unité.

En juillet 2014, je rejoins le département de la Réunion au 2e RPIMa en tant que chef de section. J’effectue pendant plusieurs semaines une mission sur l’île Éparse Juan de Nova (dans le canal du Mozambique) avec un détachement de 14 militaires. Le cadre paradisiaque et les tortues permettent d’oublier temporairement la « Centraf’ ».

En 2015, je deviens officier adjoint de la CCL et responsable de l’île Éparse Europa.

J’effectue également un détachement d’instruction opérationnelle (DIO) de quatre semaines en Zambie, période enrichissante par l’échange avec un pays africain possédant un passé colonial britannique.

Depuis le 28 juin 2016, j’ai l’honneur de commander la 3e Compagnie du 3e RPIMa à Carcassonne. J’ai effectué deux mandats dans le cadre de la mission « Sentinelle » en région parisienne et serai prochainement projeté avec ma compagnie.

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